Argentine info n° 21

jeudi 1er mars 2007, par frank

Argentine info 21

(Fin de rédaction : Buenos Aires, 01.03.07)

BUTs de ce bulletin :

- donner des infos directes, de la base, sur le mouvement des piqueteros, les précaires et les chômeurs.

- connaître les effets du néo libéralisme à partir d’un pays qui a vingt ans d’avance sur l’Europe occidentale puisque (par une série de phénomènes balkaniques et de colonisation soviétique en partie expliqués sur ce site, voir « Bulgarie 25 = 100) une partie de l’Europe est assez proche des conditions capitalistes de l’Argentine actuelle - la Bulgarie, la Roumanie -.

- voir et analyser sans d’oeillère conseilliste ou d’une quelconque religion antisyndicale et idolatrice d’une spontanéité apolitique qui tombe souvent dans les manies d’une stratégie révolutionnaire planétaire digne du marxisme révolutionnaire le plus classique.

- échapper - parce que cela n’existe pas pour les piqueteros - aux visions intellectuelles de cette même stratégie militaire appliquée à une prétendue Amérique Latine de gauche du Venezuela à l’Argentine, dont le seul point commun est d’être une bonne base pour faire fructifier quelques millions d’euros (des lecteurs seront-ils concernés ?) et utiliser de temps en temps un vague anti Etats-Unis de façade tout en maintenant des liens privilégiés avec des multinationales européennes. (Ce serait aussi vain que de se réjouir de l’utilisation de l’esperanto par le Vatican, signe de sa conversation à l’anarchisme ?)

- informer des liens qui se tissent, lentement et faiblement, entre les exploités de plusieurs pays proches de l’Argentine (voir dans les bulletins précédents une motion de la rencontre de février 2006 à Montevideo).

Pour un panorama synthétique et les problèmes actuels du pays, voir le sommaire du bulletin n° 15 (01.09.06, pour un plan socio-économique détaillé, voir le N° 4).

Il existe dans tous les bulletins publiés une complicité de Maria Esther Tello.

Contenu de ce numéro

1) Luttes en cours

1 - 1 Jorge Julio López

1- 2 Les peuples originaires ne sont pas muets

1 - 3 Scioli et piqueteros anarchistes, une curieuse alliance de campagne

1 - 4 « Esclave ou ennemi » Tactique typique du gouvernement

1 - 5 Le sociologue Francisco Ferrara et la situation paysanne

2) Les nantis et les autres

2 - 1 Le coût nécessaire pour ne pas être pauvre
2 - 2 “Esclave ou ennemi [du gouvernement K]” ? “La maman a dit qu’elle n’avait pas de ressources pour la nourrir : à Entre Rios une enfant de 12 ans est morte vu le cadre de dénutrition

1) Luttes en cours

1 - 1 « Jorge Julio López : Contre l’oubli et le silence. Que la terreur ne devienne pas en toi une habitude et que l’indifférence ne s’installe pas en toi. » Andrea Benites-Dumont (www.lafogata.org: 13/02/07)

«  Trop de mois depuis la disparition de Jorge Julio López ; des mois durant lesquels les menaces contre les témoins se sont accrues, l’enlèvement de Luis Gerez, relâché au bout de 48 heures sans qu’il y ait eu une seule arrestation ni pour ce fait ni pour les tortures qu’on lui a infligées ; des menaces contre Victoria Donda, née en captivité ; Héctor Bustos militant des droits de l’homme de Venado Tuerto, a été séquestré 13 jours et soumis à des torturés, de multiples brûlures dont une croix gammée appliquées au fer rouge sur la poitrine ; Jorge Salcedo militant de la Ligue des Droits de l’homme de Mendoza, tortures dans des locaux de la police... Voici où nous en sommes durant ces mois de séquestration et de disparition de Jorge Julio López. [...]

On constate aujourd’hui que les hommages rendus depuis les instances
gouvernementales, déplorés par le passé, sont acceptés. Maintenant les violations des droits de l’homme du passé sont exorcisées dans des adieux, des musées, des monuments. Actuellement les droits de l’homme sont assurés par l’Etat, par un gouvernement, [...] qui partage [le pouvoir] avec des personnages actifs durant la dictature qui n’ont été ni envoyé à la retraite ni expulsés [de leur fonction ...]

Pour conclure, on ne devrait pas avoir à faire de longs exercices de mémoire pour trouver des voies de lutte et de résistance à l’impunité. [...] Les disparus ne vivent pas dans les monuments ou les musées. Au contraire ils sont tués une nouvelle fois avec les génocidaires graciés, les tortionnaires en activité dans les forces de répression, la Justice, la hiérarchie ecclésiastique. Les disparus ne sont pas une décoration pour des programmes électoraux, jamais on n’a permis que ce le soit, ni leurs mères, ni leurs enfants, ni leurs camarades ne l’ont accepté, nous ne l’acceptons pas.

C’est pourquoi les profondes consignes unificatrices engagées et belles de
« Apparition en vie, contre l’Oubli, contre le Silence, pour la Justice », vont continuer à opposer la dignité à la lâcheté, au conformisme, à l’indifférence. Les disparus aujourd’hui s’appellent Jorge Julio López
.”

1- 2 Les peuples originaires ne sont pas muets

"Madres del Monte" campent devant la residence de Kirchner (Página 12, 01.02.07)

Des paysannes de la province de Santa Cruz (celle de K) protestent à El Calafate [région de tourisme huppé] contre le déboisement d’espèces régionales. Les manifestantes Elsa Gerez, Saturnina Sequeira, Juana Arias et Delma Aranda font partie de "Madres del Monte" [mères de la montagne], et s’opposent au déboisement indiscriminé qui détruit la principale ressource des populations de la région. Ces femmes habitent à Algarrobal Viejo, [...] et sont membres du Mouvement paysan de Santiago del Estero (MOCASE) et, avec le soutien de l’organisation écologiste Greenpeace, ont fait plus de 3.500 kilomètres pour planter leur tente et protester à El Calafate.

Leaders guaranis à Iguazú (Rebelion, 02.02.07)

Le jeudi 18 et le vendredi 19 janvier les peuples originaires de la province de Misiones ont pu pour la première fois depuis la privatisation de María Julia Alzogaray [ministre de Menem], accéder librement et gratuitement au Parc Nacional Iguazú. C’est le début d’une lutte pour récupérer des territoires ancestraux et des droits foulés aux pieds, d’après les intéressés.

Plus de 200 ans sont passés, et les ancêtres et les guides spirituels de la Nation guarani - opiguas - sont revenus pour visiter les cataractes d’Iguazú, considérées par ce peuple comme un lieu sacré, de rencontre des quatre éléments naturels : Ñandesy yvy (Mère terre), Yuytu (air), et Guazu (grande eau) et Huaraz tata (feu de soleil). [...] Ils ont été expulsés de ce territoire, occupé durant des millénaires et où ils demeurent des vestiges de leurs villages, surtout de leurs cimetières, par les propriétaires d’entreprises de scieries, après qu’ils aient été réduits à l’esclavage pour abattre les arbres de leurs montagnes. La création du Parc Nacional d’Iguazú a consolidé cette expulsion, Fondamentalement à cause de la conception rétrograde que dans les parcs on ne devrait protéger que la flore et la faune, sans présence humaine des propriétaires ancestraux de ces patrimoines. [...] »

Les représentants de la Nation guarani d’Argentine, Brésil, Bolivie, Paraguay et Uruguay, en liaison avec le gouvernement argentin vont élaborer des plans à court, moyen et long terme de récupération, conservation et protection de la biodiversité naturelle, des ressources biologiques et non biologiques, des connaissances ancestrales.

Chaco des peuples originaires coupent des routes pour réclamer des terres pour leurs communautés (Página 12, 07.02.07) Des groupes d’indiens wichís, tobas et mocovís ont coupé aujourd’hui la circulation de 12 routes nationales et provinciales à cause de la non application d’un accord avec le gouvernement local en août 2006 de mise à disposition de terres. Cet accord avait été signé entre le gouvernement provincial, l’Institut de l’Aborigène Chaqueño (Idach) et 12 aborigènes qui avaient fait trois semaines de grève de la faim.

1 - 3 Scioli et piqueteros anarchistes, une curieuse alliance de campagne [La Nación, célèbre quotidien de droite, 16.02.07]

[Bon résumé donné en chapeau “Le candidat a visité des projets sociaux à Florencio Varela [petit faubourg de La Plata, population en majorité pauvre]. Ils lisent Malatesta et Bakounine, mais ils appuient le maire de Florencio Varela, Julio Pereyra [pro K, voir l’article lui-même]. Ils disent vouloir "une transformation révolutionnaire", mais ils militent aussi pour le secrétaire général de la présidence [du pays], Oscar Parrilli. Ils lutent pour "une réalité qui sorte du moule classique", mais ils soutiennent officiellement la candidature de Daniel Scioli comme gouverneur de Buenos Aires.]

Ces curieux militants sont les piqueteros du “Mouvement de Unidad Popular” (MUP), un groupe d’origine anarchiste qui a rejoint le kirchnérisme en 2005 et qui participe aujourd’hui au peloton d’organisations sociales "officialistes" [pour le pouvoir en place].

Le MUP a reçu hier un appui pour le changement : le candidat a vu leurs projets productifs piqueteros au club “La Patriada” [la grande patrie], de Florencio Varela, pour sa première sortie dans la banlieue de Buenos Aires après le feu vert explicite à sa candidature de la part du président Kirchner.

Scioli a parcouru les installations du club ; s’est laissé photographier avec des centaines de jeunes portant un t short avec le visage d’Ernesto "Che" Guevara ; a distribué des baisers ; a visité des stands de confitures et de pains faits maison, et est même arrivé à suspendre pendant quelques minutes un match de football pour tirer une faute, avec une chaussure du candidat volant sur sa suite ;

"Rien n’a changé. J’ai toujours appuyé les causes sociales", a dit Scioli à [“La Nación”, sur le groupe. Les référents piqueteros ont été plus sincères. "Il est indéniable qu’il y avait des préjugés réciproques avec Scioli. Mais le nom n’a pas d’importance, sauf le projet de construire un pouvoir", a reconnu Federico Martelli, leader du MUP et ex secrétaire de AUCA, groupement qui dabas les années 90 se définissait comme "anarchiste et avec une tendance révolutionnaire".

Le MUP, cependant, est né loin du pouvoir. Avec sa base à La Plata, seulement 100 militants, le groupe a été créé en mai 2001. A ce moment là, ils disaient avoir trouvé une synthèse "anarchiste, socialiste et de pensée nationale". Ils se considéraient, naturellement, apartidaires.

Avec le temps ils ont gagné des adeptes, ont accompagné des mouvements de protestation et pris des mesures avec d’autres mouvements dures. Ils ont fini par représenter plus de deux mille piqueteros, parmi les chômeurs, les coopérateurs et les étudiants. En 2004 ils se sont unis au combatif Frente Popular Darío Santillán.

L’idylle belligérante s’est terminée lorsque ils ont été séduits par la politique kirchnériste. En 2005, le MUP a demandé une entrevue à Parrilli et, convaincu d’avoir une occasion, il a commencé à travailler directement pour lui. "Après 10 ans exilés du pouvoir, nous avons noté des points d’accord et nous avons décidé d’accéder à de nouveaux espaces", rappelle Martelli.

Le groupe a abandonné le Front combatif et a élaboré une stratégie d’intégration [de contención] dans le schéma officiel, avec le soutien des fonctionnaires proches. Maintenant l’intégration est effectuée et le recrutement électoral a commencé.

C’est dans ce but que le MUP est déjà entré dans le “Frente de Unidad Popular [front d’unité populaire]” (FUP), qui regroupe une trentaine d’organisations sociales dans tout le pays. En plus de Parrilli, il est dirigé par le secrétaire légal et technique de la Présidence, Carlos Zannini. L’objectif commun est de construire un pouvoir en dirigeant des secteurs, en occupant des espaces et en recevant la bénédiction présidentielle.

A Florencio Varela, hier, le groupe a reçu l’autorisation du candidat du Président à Buenos Aires. "Il faut s’occuper d’entreprises comme celle-ci", a dit Scioli pendant sa visite. Martelli, en attendant, n’est pas gêné par les contradictions et par les critiques. Il a modifié sa vision anarchiste : il préfère maintenant négocier et construire des alliances. "Il faut soutenir le projet national", insiste-t-il. Hier, Scioli l’a séduit. "Je vais tout faire pour honores la confiance de Kirchner", dit-il avec emphase devant le regard des piqueteros.

Juan Pablo Morales

Commentaire personnel : le style caustique convient parfaitement pour les ex anars et pour le candidat du Président en plein retournement de veste comme les montrent les autres échos journalistiques de cet événement « libertaire » :

« La Patriada touche “des micro crédits du ministère du Développement social de la Nation » (17.02.07). “Scioli se rapproche du mouvement transversal [= kirchnérisme], « el norte digit@l”, 14.02.07 Le vice président participera au congrès de la « Federación Tierra y Vivienda » du leader piquetero et membre du gouvernement Luis D’Elia [leader également de la CTA] le 22 février. Le 24, au stade Arsenal, pour le lancement d’un nouveau local, il accompagnera Emilio Pérsico du Mouvement Evita [voir le bulletin précédent] et verra des projets productifs = piqueteros] du groupe de Pérsico à La Plata. »

Pour mieux comprendre l’humour à propos de Scioli, voici des extraits de sa biographie

Né en 1957 à Villa Crespo, Buenos Aires, études de commerce, en 1986, il débute une excellente carrière de conducteur de hord-board (plusieurs titres de champion du monde dans différentes catégories). Un célèbre accident en 1989 en présence du président Carlos Menem [« el mufa » celui qui porte malheur] et perte d’un bras, mais il reprend la compétition et gagne encore. Cadre supérieur dans une entreprise suédoise d’électroménager “Electrolux”, (qui se retire en 1983), en 1989, il est nommé distributeur de la marque et en 1993, il devient le directeur.

En 1997, il est candidat du parti justicialiste (à fond pour Menem) à Buenos Aires et il est élu député. Ministre du Tourisme et des Sports du gouvernement national du président Duhalde [pas mal de casserole au cul pour des millions de dollars détournés, ainsi que toute son équipe, dont Scioli lui-même] en 2002. En 2003, grand coup de barre de Scioli il accepte d’être le vice président du candidat Kirchner. Plutôt terne dans ce rôle depuis sa désignation.

Conclusion personnelle : Scioli, le type idéal du changement révolutionnaire pour les piqueteros anarchistes !!

1 - 4 « Esclave ou ennemi » Tactique typique du gouvernement K

« Esclavo o enemigo » [esclave ou ennemi] est la définition que donnent en privé les kirchnéristes aux différentes personnes et groupes qui les intéressent. Voyons l’applications au cas de Simeca [Sindicato Independiente de Mensajeros y Cadetes, syndicat indépendant de messagers et de coursiers à pied, Prensa De Frente, 30.05.06]

Simeca dénonce les manoeuvres du ministère du Travail. Le kirchnérisme, la patronale, la CGT et les motards K

Après avoir suivi et rempli pas à pas toutes les formulaires nécessaires pour obtenir la représentativité syndicale, le 16 mai 2006, Simeca (membre de la CTA) annonce « qu’un fonctionnaire kirchnériste du ministre du Travail Carlos Tomada a une activité de lobby en faveur de l’ASIM, les motards cégétistes plus connus pour leurs bombages pour le président Néstor Kirchner que pour défendre les intérêts des travailleurs. »

Résumé sur les organisations de base manipulées par K

Rappel Patria Grande, nº 6, 24.08.06

L’éditorial est un cantique de losanges du gauchisme de K avec cette belle fin sur les politiciens du passé “Ce gang [runfla] de délinquants utilisant les espaces de représentation ont négocié, en se remplissant les poches à fond en défendant leurs intérêts personnels, en vendant le patrimoine Nacional, en vendant aux enchères les ressources naturelles et en édictant des lois en faveur de l’impunité. C »est cette classe politique corrompu et vendue, qui transforme la politique en un mot entaché de défauts pour la majorité. Ils ont plongé notre nation dans le néo libéralisme avec leurs lois de trahison et d’esclavage (comme la réforme du travail). Réconcilier la politique avec les gens et arriver à ce que les “personeros“ [représentants du parti péroniste classique] de la vieille politique sombrent dans les ordures de l’histoire, telle est notre volonté, et aussi notre objectif.”

Visiblement, le fait que des poids lourds de la corruption soient avec K (Scioli, Barrionuevo, Romero de Salta, Alak de La Plata, etc.) n’est pas gênant. Bref, on apprend le lancement d’un nouveau mouvement de piqueteros pro K « Libres del Sur », avec l’adhésion le 15.08.06 à La Plata de « Federico Martelli del MUP, del Frente Transversal”.

Attention, le travail de base avec les pauvres et les indigents, bien des revendications sont tout à fait acceptables, voire admirables. Mais c’est l’orientation politicarde et manipulatrice de bas étage qui émascule l’orientation générale : quelle émancipation peut jaillir de mouvements vendus à un pouvoir bourgeois, néo libéral et maffieux ??

Une nouvelle façon de faire la politique : des organisations sociales dans la gestion de l’Etat (Rebelión, 08.02.07)

[...] Encore que ce phénomène d’incorporation dans les rangs du kirchnérisme ne s’est pas produit dans toutes les organisations piqueteras - le Polo Obrero et la Corriente Clasista y Combativa, entre autres, sont en dehors de ce courant et ont choisi de maintenir leur tendance à l’opposition [les termes sont bien définis, il n’a pas de coupure nette avec le gouvernement] [...] Parmi ces organisations devenues maintenant “officialistes” on trouve la Federacion Tierra y Vivienda (FTV terre et Logement), conduite par Luís D’Elía, el mouvement Barrio de Pie, avec à sa tête Jorge Ceballos et le Mouvement Evita, qui a comme figure la plus visible Emilio Pérsico, actuel vice chef de cabinet du gouverneur de la province de Buenos Aires, Felipe Solá [un redoutable manipulateur néo libéral].

"A la différence d’autres mouvements sociaux incorporés au projet du président Kirchner, le nôtre a fait ce choix, avec la conviction qu’il représente les forces de changement dans notre pays, et sans créer de disputes internes. C’est ce qui nous a permis de croître en tant qu’organisation et de mener à bien, dans les structures de l’Etat, les points essentiels de notre programme", dit Pérsico dans une interview à APM. Dans ce sens, Pérsico a souligné que, dans la province de Buenos Aires - la plus importante dans la surface, l’économie et la politique du pays - le gouvernement a inclus dans chaque ministère un espace institutionnel chargé de gérer des aspects du programme des mouvements sociaux, surtout dans les domaines de la santé, l’éducation, le logement et la création d’emplois véritables, et grâce à ce que ce dirigeant en même temps fonctionnaire public a caractérisé de grande importance : la participation active de militants des organisations sociales dans la détermination, la gestion et l’application de ces programmes gouvernementaux. [...] c’est « le meilleur instrument pour obtenir un nouveau type d’Etat, qui met l’accent sur la récupération de ce dernier comme agent de construction sociale et politique et avec une pratique claire de distribution de la richesse."

Rappel : un extrait du tract du 1 mai 2006 du « Frente Popular Darío Santillán

La famine, la pauvreté et le chômage -sujet dont les grands médias complices du gouvernement ne disent rien - constituent le problème le plus grave de la société argentine et demandent des solutions urgentes.

Une centaine d’enfants meurent quotidiennement de faim et par manque de médicaments élémentaires (déclarations du syndicat des journalistes de la province de Buenos Aires, fin 2005). 365 jours par an, donc plus de 30.000 pour 2006, surtout des pauvres et des Indiens du nord (wichis, aymaras, etc.).

Pérsico parle d’ « un nouveau type d’Etat [...] agent de construction sociale et politique et avec une pratique claire de distribution de la richesse. » Il ne manque plus que l’homme nouveau et le socialisme réel pour que les travailleurs argentins soient enfin émancipés !!!

Conclusion entre Pérsico et ses congénères et nous, il y a un fossé profond. La revue humoristique Barcelona, (une solution européenne pour les problèmes des Argentins) (16.02.07, p. 4) offre une réponse indirecte à Pérsico : « Les opérateurs de tourisme exigent du gouvernement qu’il « maintienne l’exclusion sociale » pour ne pas perdre « l’attirance pour les bidonvilles » des touristes. » déclaration de la Chambre des agents, guides et profiteurs de l’or récupéré aux étrangers (cagadores [les chieurs]) »

1 - 5 Le sociologue Francisco Ferrara et la situation paysanne (lavaca, 15.01.07)

Auteur d’un livre fondamental sur la campagne argentine en 1973, il a repris son étude à partir de la situation actuelle. Les ligues agraires du passé ont été décimées par la dictature ;

« Ce furent des années terribles, durant lesquelles les gens ne voulaient pas parler, ni se retrouver ni se voir. »

Commentaire : une évidence pour l’interroger et une découverte pour les jeunes lecteurs argentins. La défaite est amère, l’assassinat des amis est une cicatrice intime, l’abandon d’autres est peu compréhensible et les services secrets faisaient peser leurs menaces (30.000 disparus, trois fois plus relâché après tortures et dégradations physiques et psychiques). D’où un repli individuel, la phase d’euphorie de la démocratie, la claque en pleine gueule des lois d’amnistie et de grâce pour les assassins, la bulle de consommation frénétique et décembre 2001 comme nouveau coup de pied au cul, tout cela est dur à gérer pour ceux qui ont été militants dans les années 1970. Mais un certain nombre est toujours sur la brèche.

“[...] D’où vient la renaissance des mouvements paysans ?
- Le système génère les conditions de ce contrecoup. Jamais auparavant le système n’a réduite la vie, empoisonné l’air, la terre, les rivières, en abusant des engrais chimiques. Jamais on n’a connu une agression aussi intense, jamais on n’a connu un tel degré de concentration de la terre, jamais on n’a établi un degré de monoculture aussi fort que celui imposé par le modèle du soja. [...] Dans ce militantisme, la vie est beaucoup plus en jeu qu’en ville parce qu’on vit en groupes, que se rencontrer implique partager toute une tournée où on mange une grillade, on parle, on prend du maté. En ville, on milite quelques heures et on revient chez soi. Il n’y a pas une influence aussi intense, où les enfants courent autour de la femme qui tue un poulet. La vie et l’activité politique forment un tout et c’est comme avant. C’est une caractéristique visible pour le MOCASE de Santiago del Estero, l’APENOC de Córdoba, le réseau Puna de Jujuy, l’ACOCAL de Salta, la ceinture de vergers de la banlieue de Buenos Aires, l’Unión de Trabajadores Sin Tierra de Mendoza.

- Et qu’est-ce qui a changé ?

Un tas de choses, comme un éventail de réponses et de possibilités de travail pour ces mouvements. La question du prix a changé pour la commercialisation, par exemple. Si le Mouvement agraire de Misiones vende son maté en utilisant les canaux du système, il n’en voit pas les bénéfices. Il y a deux étranglements, un, le stockage dans les moulins de maté, et l’autre la vente dans les grandes surfaces : passer par l’un ou l’autre implique de disparaître ou de livrer totalement sa production. Donc, ils ont crée leur propre système de distribution. Ils ont détecté à Buenos Aires quelques trois milles copains, après ils travaillent avec divers groupes dans les universités. C’est comme ça qu’ils arrivent à vendre en dehors des grandes surfaces. Un autre exemple, les vendeurs de chevreaux de Córdoba, qui se sont rendu compte que quand on venait leur acheter des chevreaux, les meilleurs étaient vendus, et cela impliquait une sélection génétique. A chaque fois leur troupeau s’appauvrissait. Ils ont fait un effort terrible pour éviter ça, un travail dur dur de prise de conscience, parce que c’est beaucoup plus facile de vendre à quelqu’un qui vient avec sa camionnette que de faire des réunions, préparer des stocks collectifs, réaliser certaines activités. [...]

Mais il faudrait faire une réserve en ce qui concerne l’effet que le gouvernement provoque quand il prétend incorporer ces mouvements.

- Comment répondent-ils dans ces cas précis ?

- Le Mouvement paysan indigène a accepté la direction du Programme social agro élevage. Ils disent qu’ils ne vont pas se faire enculer, mais ils commencent à avoir un bras de fer imprévu au départ. Il faut voir qu’ils sont capables d’y arriver. Leur argument est que cela leur permet de se développer dans une certaine quantité de lieux auxquels ils ne pourraient accéder autrement. Le Mouvement Agraire de Misiones, par exemple, a appuyé Rovira [élections fin 2006], le candidat officialiste qui cherchait la réélection indéfinie. Quand on parle avec les gars de ce mouvement ils disent qu’il y avait autant de merde d’un côté que de l’autre, que Rovira était aussi mauvais que les Puerta ou Macri [droite dure] qui se cachaient sous la soutane de Piña. A vrai dire il n’y avait pas de choix idéologique pur et claire, alors ils ont répondu selon leurs intérêts et leurs besoin et qu’il était possible que le secteur officialiste financerait un grand séchoir à maté. [...]

2) Les nantis et les autres

2 - 1 Le coût nécessaire pour ne pas être pauvre est de 914 pesos par famille, et pour ne pas être indigent, 425 pesos (Página 12, 09.02.07). En théorie 1 euro vaut 4 pesos, mais en fait l’échelle des prix ne suit pas celle de l’Europe, la viande est meilleure marché, les laitages sont plus cher et le poisson presque absent.

Une famille type (un couple avec deux enfants) a eu besoin de 914,30 pesos en janvier 2007 pour ne pas passer sous le seuil de la pauvreté. Et, à l’autre extrême, ses revenus devaient dépasser 425,25 pesos pour ne pas tomber dans l’indigence. [...]

De plus, le coût du panier minimum de l’indigence (425 pesos) souligne le retard des subsides des plans “Jefes de Hogar” [chef de foyer], bloqués à 150 pesos depuis leur création en avril 2002. Entre septembre et janvier, l’index des prix s’est élevé de 3,7 %, mais le panier des articles élémentaires est a augmenté de 8,6 %. Certains articles dépassent largement ces pourcentages. Pour les quatre derniers mois, les légumes sont passé à plus 21 % et les fruits, 15 % ; en particulier, les tomates 73 %, les carottes 67 %, citrons 42 %, oranges 26 %, pommes 26 %. Quant à la viande, elle a augmenté en gros de 6 % pour les bas morceaux et de 11 % pour les meilleurs, avec un saut de 14 % pour le poulet. Les différentes huiles se bornent à 13 % et les laitages 4 %.

2 - 2 “Esclave ou ennemi [du gouvernement K]” ? “La maman a dit qu’elle n’avait pas de ressources pour la nourrir : à Entre Rios une enfant de 12 ans est morte vu le cadre de dénutrition” (Clarín, 23.02.07, p. 39)

Ce quotidien note sobrement que dans cette province la pauvreté a augmenté de 40 % entre début 2000 et mars 2003, selon le recensement de 2001, sur 1.156.799 habitants, 66 % sont sous le seuil de la pauvreté (dont - je suppose -) 33 % dans l’indigence. Le journal indique également d’autres mort d’enfant dans les provinces de Santiago del Estero, Tucumán voir Mémoire d’un saccage] et Buenos Aires.

Remarque personnelle : belle sobriété dans ce canard de droite, critique du gouvernement ! En fait, la classe moyenne et l’oligarchie partagent la vision que les indigents sont des sous-hommes (pour reprendre le vocabulaire nazi bien connu dans l’extrême droite argentine dans les années 30 et 40) ou des perdants (pour faire usage du terme néo libéral qui signifie la même chose en pratique). Quant aux différentes églises et sectes judéo-chrétiennes, leur charité est presque toujours orientée vers les croyants, non vers les pêcheurs, les ignorants.

Quel que soit la couleur du gouvernement argentin, les gosses des pauvres crèvent.