CGT-e info n° 18

samedi 31 mars 2007, par frank

CGT-e info n° 18

(Fin de rédaction 31.03. 07)

Evocation globale socio économique voir n° 2

Résumé bref !

- Agressivité des multinationales espagnoles dans le pillage du tiers monde et de l’Amérique Latine
en particulier (héritage des conquistadores) ;

- Stagnation et baisse du niveau de vie, avec perte des acquis, pour la majorité des salariés ;

- Rideau de fumée sur la répression franquiste et la récupération de la mémoire historique.

Contenu de ce bulletin :

1) luttes en cours

1 - 1 Delphi Automotive Systems licencie

1 - 2 Victoires de la CGT dans le bâtiment et dans le Métro

1 - 3 Le 8 mars a été célébré

2) Sacré pays

2 - 1 Mercadona vu d’en haut et d’en bas

2 - 2 Surréalisme quotidien

3) Récupération de la mémoire historique

3 - 1 User et abuser de la mémoire

3 - 2 Révision refusée de condamnations à mort franquistes.

1) luttes en cours

1 - 1 Delphi Automotive Systems licencie
Coup dur pour les travailleur-ses du secteur automobile espagnol.

Faute d’avoir pu la vendre comme il l’espérait, le groupe américain Delphi a annoncé fin février 2007 la
fermeture de sa principale usine en Espagne, celle de Puerto Real, près de Cadix. Delphi Automotive Systems est basé à Troy (Michigan, Etats-Unis), mais est aussi présent en France (Paris, Doubs), à Tokyo et São Paulo. Delphi Automotive Systems est un leader mondial de l’électronique mobile et des équipements automobiles. Delphi emploie environ 198.000 personnes et possède 196 unités de fabrication, auxquelles s’ajoutent 43 opérations en commun, 53 bureaux de vente et de services clients et 32 centres techniques, le tout dans 43 pays.

Le site de Cadiz - Puerto Real fabrique des directions, des amortisseurs et des roulements à billes, et emploie 1.600 salariés. La décision de fermeture de l’usine a été présentée aux représentants syndicaux, et un dispositif policier a été mis en place autour de l’usine pour prévenir des débordements.

Delphi, qui espère sortir cette année du régime américain des faillites, le fameux Chapitre 11, avait initialement pensé vendre le site à Platinum Equity. Des négociations ont été menées depuis plusieurs mois avec ce fonds d’investissement, qui devait acheter l’ensemble de la division de Delphi spécialisée dans les systèmes de direction et de transmission. Mais dans les dernières tractations sur un accord-cadre de vente, les dirigeants de Platinum Equity ont visiblement refusé de reprendre le site de Cadix, qui pâtit de « coûts opérationnels élevés » et perd de l’argent depuis cinq ans. Selon la direction de Delphi, il n’y avait désormais pas d’autre solution que de fermer l’usine et de négocier avec les représentants des salariés un accord « cohérent avec les ressources financières limitées du groupe ».

En Espagne, c’est évidemment le choc. Car ce sont 1.600 emplois directs mais aussi 4.000 indirects qui sont menacés. Le 1er mars 2007, à Cadiz, a eu lieu une manifestation à l’appel des travailleur-ses en lutte, soutenus par l’intersyndicale CGT, UGT et CCOO.

La section CGT de Delphi doit, depuis peu, faire face à la désaffection de ses "partenaires" syndicaux. L’UGT (proche des socialistes du PSOE), comme les CCOO (proches des communistes) entendent négocier avec la direction. La CGT et le Comité de grève, de leur côté, veulent poursuivre la mobilisation pour défendre les 1600 emplois.

La CGT et le Comité de grève proposent pour les semaines à venir, entres autres, une autre manifestation à Cadiz et à Madrid et la mise sur pied d’un camping de grévistes devant les murs de l’entreprise. Cette pratique de camping est une pratique courante en Espagne : il y a quelques années les salarié-es de SINTEL avaient fait de même dans le centre de Madrid durant plus d’un an.

(info communiqué par le SI de la CNT-f)

1 - 2 Victoires de la CGT dans le bâtiment et dans le Métro

Succès des trois jours de grève des ouvriers poseurs de cloisons (tabiqueros) de la province de Cáceres (Extrémadure), suivie par près de 90 % des travailleurs du secteur. Les revendications sont multiples comme l’application stricte des conventions collectives (congés payés, primes, cotisations sociales, etc.). Les patrons de la région refusent tout dialogue.

Métro de Barcelone, confirmation du poids de la CGT Depuis une vingtaine d’années, le syndicat CGT est majoritaire. Les résultats des élections syndicales du 20 décembre 2006 donnent : CGT 8 délégués (au lieu de 7), Commissions 6, UGT 5, 3 syndicats corporatistes en ayant 8 au total. La CGT du métro de Barcelone n’a pas signé les dernières conventions collectives pour trois
raisons : décision des adhérents, conditions régressives des propositions, accord du syndicat. On remarque que les listes syndicales la CGT ont été rénovées et les résultats n’ont pas changé, ce qui montre que la présence de la CGT ne tient pas à des individus. Les adhérents sont passés en quatre ans de 200 à 330.

1 - 3 Le 8 mars a été célébré sur plusieurs plans dans Rojo y Negro de mars : un spécial Rojo y Negro de 12 pages et un memoria libertaria.org de 4 pages consacré à Mujeres Libres 1937 - 2007, concept présent également dans la première page du spécial Rojo y Negro « Femmes libres : la lutte de tous les temps 1937 2007. Faisons de l’utopie une réalité. 8 mars : jour international de la femme travailleuse » Le numéro traite des soins à la personne en soulignant la précarité du travail domestique encore plus forte pour les immigrantes, souvent condamnées à soigner sans pouvoir s’occuper de leurs propres familles.

La page internationale aborde les femmes de Chiapas qui racontent que les travaux ménagers nous empêchent souvent de sortir, parce que nous devons nous occuper des enfants, des animaux et de beaucoup d’autres choses et les hommes ne nous aident presque pas, ou bien ils
doivent remplir leur engagement dans la lutte. De plus, nous ne pouvons pas sortir toute seules, parce que nous courons le danger d’être violées en chemin et surtout la nuit. Il y a des camarades, hommes et femmes, qui se moquent de nous, cela ne nous aide pas et ne fait que nous décourager [...] Le machisme existe, on ne peut le nier, mais nous en tant que femmes nous voulons être respectées. C’est pour cela nous nous sommes organisées.

Ces propos rapportés par Paqui Ruiz durant les journées des 30, 31 décembre 2006, 1 et 2 janvier 2007 à Oventic sont accompagnés de cette conclusion : l’admiration pour la lutte de ces femmes dignes, reconnaissant la triple
humiliation dont elles souffrent : la pauvreté, le fait d’être indigènes et d’être femmes, mais qui
affirment être rebelles contre tous ceux qui refusent le droit des femmes.

Paz Oyó explique son licenciement dans une boîte de télécom, GSS Line, à Madrid. Elle y est déléguée CGT depuis 2002, date de son embauche. À son arrivée il y avait deux délégués de la CGT et les Commissions en avaient 8. Paz exigea de l’entreprise d’avoir un local syndical en dénonçant le cas de trois déléguées des Commissions, permanentes depuis trois ans. Aux élections
syndicales de 2005, la CGT a obtenu la majorité au comité d’entreprise. Dans une entreprise du même groupe, GSS Venture, pour les élections syndicales, après mille embûches de la direction, les résultats ont été que les Commissions sont passées de 9 à 5 délégués et la CGT en a obtenu 8. La direction a envoyé une lettre de licenciement à Paz le 12 décembre 2006 pour absence injustifiée de cinq jours. Or il s’agissait des élections syndicales dans l’entreprise, ce qui avait été notifié à celle ci, qui avait d’ailleurs signé les documents à ce propos. Il est possible que la couleur de peau de Paz ait un certain rôle.

Rosa Azurmendi explique les conditions de travail à VW Navarra, environ 4.000 travailleurs, dont 300 femmes, 7,5 %, 40 travaillent dans les bureaux. La direction de Volkswagen refuse constamment des congés pour les mères accompagnant leurs enfants chez le médecin, le choix des horaires pose problème lors de l’application du droit à la réduction de la journée de travail pour maternité. Nous subissons le mépris par rapport à nos capacités professionnelles en étant accusé par la direction - et même par certains camarades hommes - de présenter un taux élevé d’absentéisme, une situation dont elle seule est responsable et qui nuit à notre santé. Nous subissons également l’absence d’une planification préventive lors des grossesses, en n’étant pas situées à des postes de travail adaptés à notre état. Cela va contre l’article 26 de la loi de prévention des risques du travail [...] On ne donne pas de bleus adaptés à notre silhouette car il n’y a que des tailles pour hommes. Les bleus sont souvent trop grands et en plus la partie de devant avec les bretelles fait obstacle à nos mouvements.

Un des derniers articles s’intitule « l’alliance syndicalistes et prostituées » un bref historique
souligné des cas où des syndicats aident des prostituées : le FNV en Hollande, la CTA et
l’organisation Ammar en Argentine [un témoignage contraire de Sonia Sánchez, de cette même
association vis-à-vis de la CTA dans « Argentine info n° 15 - témoignage d’août 2006 tirée de lavaca ». La conclusion est L’hétaire a toujours compté sur le soutien, l’appui et la solidarité de la CGT, surtout du Secrétariat de la femme, tout en sachant que c’est un pari difficile et que les débats dans les organisations sont complexes. Tous nos remerciements.

La dernière page est consacrée à une interview : Empar López, nouvelle responsable du Secrétariat de la femme : je suis de Valence et adhérentes à la CGT depuis 10 ans, je travaille comme avocate dans un centre public de suivi intégral des immigrants. Je suis une militante comme les autres qui veut agir et qui n’a pas tout le temps qu’elle désirerait avoir, consciente de la grande
responsabilité qu’entraîne le poste de secrétaire de la femme au niveau confédéral, tout en faisant
partie du secrétariat permanent du comité confédéral.
[Réponse à la question de la situation de la femme sur le marché du travail aujourd’hui] Franchement mauvaise, surtout en tenant compte du fait que le taux de chômage est le double de celui des hommes, que nous les femmes nous subissons plus fortement les contrats intérimaires et à temps partiel, d’où un problème pour la lutte syndicale puisque nous sommes dans une situation non protégée et de plus grande vulnérabilité. Nous touchons moins que les hommes pour les mêmes travaux, on nous discrimine pour le simple fait d’être femmes (enceintes, avec des enfants, avec des personnes dépendantes), la division sexuée du travail subsiste. C’est nous les femmes qui travaillons dans le domaine domestique et les soins à la personne, des travaux non rémunérés ni reconnus socialement. C’est la même chose dans des secteurs fortement non régularisés (le travail sexuel). [...]

Je suis une personne extrêmement optimiste, bien que j’aie les pieds sur terre. [...] Nous avons suffisamment d’outils pour continuer à faire face au système patriarcal. Je considère que nous sommes fortes et conscientes de tout ce qu’il faut conquérir, et que nous n’allons rien avoir par l’inspiration divine, les droits et leur application se tienne à la lutte. Et dans ce Syndicat, nous le savons bien.
Memorialibertaria.org a eu une excellente idée de rappeler brièvement des biographies de militantes anarchistes importantes dans la vie syndicale entre 1900 et 1930, comme Antonia Maymón, institutrice rationaliste et naturiste aragonaise.

Pour faire écho au problème de la prostitution il est bon de voir, Diagonal n° 47, 1/ 14 février 2007, l’interview de Joan Cantarero, auteur de Los amos de la prostitución en España [les maîtres de la prostitution en Espagne] qui a trouvé des liens entre l’extrême droite et la prostitution dans la région de Valence. On trouve des avocats au service des patrons de maisons closes, qui travaillaient déjà pour des militaires impliqués dans la tentative de coup d’état du 23 février 1981.

Les propriétaires de maisons closes ont formé une association ANELA (association nationale des chefs d’entreprise de « Locales de Alterne », maisons closes) dont une bonne partie des dirigeants militent également à l’extrême droite.

Rojo y Negro donne une page à la seconde rencontre nationale pour les droits des immigrants, différents responsables d’associations s’expriment, dont Madiop Diagne de la CGT, sur
des points précis :

- Renforcement de la communication dans le réseau qu’ils ont formé ;

- Coordination juridique ;

- Stratégie : la fragmentation des possibilités de régularisation entraîne des replis individuels, ce qui, ajouté à la précarité, nuit aux possibilités de mobilisation massive ;

- Élaboration d’un calendrier de manifestations contre les centres de rétention ;

- Préparation d’une cartographie des immigrants pour la préparation d’une « journée sans immigrants » ;

- Calendrier de manifestations spécifiques : 8 mars (jour de la femme travailleuse), 24 mars (manifestations nationales pour le logement), 1 mai (jour de travailleurs), 27 mai (élections municipales).

Un article présente les trois recours qu’a déposés la Fédération de l’éducation de la
CGT contre la Loi organique d’éducation (LOE) contre l’enseignement religieux dans les secteurs
de l’école, du primaire et du secondaire. La CGT considère que l’enseignement de la religion viole
la constitution en vigueur en s’appuyant sur des accords pré constitutionnels avec le Vatican quioctroie un caractère de privilèges à la religion, au point d‘en faire une matière à l’égal des autres,et ceci dans un pays non confessionnel. Pour la CGT, l’enseignement de la religion ne doit pas être inclus dans le programme normal, car c’est incohérent dans un Etat non confessionnel. [...] Les élèves qui n’assistent pas au cours de religion ne peuvent continuer à être marginalisés, écartés dans les établissements scolaires publics, et même dans des établissements privés financés par des fonds publics. [...] D’autres par la présence de signes, de symboles religieux dans les établissements scolaires est quelque chose d’absolument habituel qui continue à provoquer des affrontements inutiles entre les familles, les enseignants et les élèves, et cela dans une société que nous prétendons fondée sur la tolérance et la liberté.

La manifestation nationale du 24 mars contre la spéculation financière et pour des logements pour tous est ainsi commentée dans rebelion (25.03.07) « des dizaines de milliers de gens ont manifesté dans tout le pays pou un logement digne et accessible »

Plusieurs milliers de personnes, 50.000 selon les organisateurs, à Madrid, avec des slogans chantés comme "Espe, espe, especulación" ou "Qué pasa, qué pasa, ¡que no tenemos casa !" [Qu’est-ce qui se passe, on n’a pas de maison]. Et on a vu des pancartes avec "Seguimos en la puta calle por una vivienda" [On est dans cette putain de rue pour un logement], "Vender estos pisos, a estos precios, pues va a ser que no"[vendre des appartements à ce prix-là, ça va pas se faire] ou "Se
alquila tu vida" [On loue ta vie].

Dans 25 villes (Barcelone, Saragosse, Séville, Jerez, Santander, Murcie, Cáceres, Salamanca, La Corogne, Vigo, Oviedo, Gijón, Huesca, Majorque, Tenerife, Badajoz ou Cáceres,etc.), il y ait eu des manifestations similaires. En effet, selon un porte-parole de la plateforme pour un logement digne, il existe 3 millions de logements vides sans usage social », il faudrait qu’il y ait un impôt sur ses biens et des locations publiques d’immeubles pour satisfaire les besoins. D’après le dernier recensement de la population et des logements de 2001, il y a 3.091.596 logements vides,auxquels il faut ajouter 3.351.300 résidences secondaires, donc un total de 6.442.896 logements inemployés ou fort peu.

Le même porte-parole a indiqué que le droit au logement correspond à la constitution, article 47. De plus, il y a une escalade exorbitante des prix, entre 1987 et 2005 : 250 %.

2) Sacré pays

2 - 1 Mercadona vu d’en haut et d’en bas Une année ne suffit pas contre les abus

contre le travail à Mercadona (A-infos, 23.03.07) C’est le 23 mars 2006 qu’a commencé la grève au centre logistique de Mercadona à Sant Sadurní d’Anoia, province de Barcelone. En septembre 2006,les grévistes - une quarantaine - ont transformé leur grève en protestation partielle un jour par semaine. À l’heure actuelle, plus de 20 plaintes ont été déposées contre l’entreprise et d’autres vont l’être. Des rapports de l’inspection du travail dénoncent Mercadona. Pour des atteintes au code du travail. La CNT-AIT appelle à une manifestation contre Mercadona, le 31 mars à Barcelone

Mercadona, une machine bien graissée : la chaîne de supermarchés pèse 19 % dans les investissements de l’industrie agroalimentaire (El País, Miguel Olivares, 18.03.07)

La tache d’huile est l’image qu’utilisent toujours les responsables de la chaîne de supermarchés Mercadona pour expliquer leur stratégie de croissance et d’implantation nationale. Mais après avoir dépassé les milles boutiques dans 46 provinces de 15 communautés autonomes ; lorsque le chiffre d’affaires annuelles est de 12.158 millions d’€, plus de 2 milliards en vieilles pesetas, et que les effectifs de 57.000 travailleurs fixes dépassent la population de la ville de Cuenca, la tache Mercadona est devenu une machine bien graissée, une locomotive qui entraîne un quart des investissements de l’industrie agroalimentaire espagnole.

Roig a partagé une prime extraordinaire de 43 millions d’€ parmi les travailleurs au vu des bons résultats de 2006. Juan Roig, président et propriétaire de Mercadona, admet que le modèle de rapports avec ses fournisseurs "est la clé du succès" de la chaîne de distribution. [Il s’agit de pression entre le fournisseur et « inter fournisseurs » pour garantir les prix] Les louanges sont intarissables, même la politique vis-à-vis des employés ! Visiblement le journaliste, le correcteur et le chef de rédaction censurent la réalité sociale ! Pour le futur de nombreux pays sont visés : le
Portugal, la France, l’Italie, le Maroc, pour commencer.

2 - 2 Surréalisme quotidien

Une place importante a été donnée au métro de Madrid dans le dernier bulletin. La réalité de ce mois signale trois blessés légers lors du déraillement d’une rame du métro (El País, 16.03.07) Il s’agit de la ligne 7 (dont il a été beaucoup question). La cause se proviendrait de boulons défectueux d’un convoi de la série 2000 [des entreprises Construcciones y Auxiliar de Ferrocarriles (CAF), Bombardier et Siemens], au moment du freinage en arrivant à la station. Tandis que la Communauté de Madrid [de droite] attribue les pannes métro au sabotage, les syndicats pensent qu’elles sont la conséquence d’un entretien insuffisant et du manque de personnel du métro de Madrid.

91 ouvriers "esclaves" libérés et 17 patrons arrêtés (rebelion, 17.03.07)

C’est le résultat d’une opération de la Garde civile, avec des informations de la population, dans différentes localités de Navarre (comme Arguedas, Milagro, Tudela, Valtierra, Olite, Murchante, Fitero, Valtierra et Cintruénigo). Les patrons allaient chercher leurs travailleurs dans des gares et des auberges de Lisbonne et Porto. Ils les obligeaient à autoriser les patrons à toucher leur salaire pour eux. Tous ces travailleurs sont portugais, sauf 8 espagnols, 2 Angolais, 1 un mozambicain et 1 Polonais ; fortement déracinés, avec une culture infime (lorsqu’ils ne sont pas directement des analphabètes fonctionnels) et, dans de nombreux cas, victimes de problèmes d’ordre familial. [...] Ils vivaient dans des conditions pénibles, en fait, ils devaient faire leurs besoins sur la voie publique parce que la résidence fournie par les patrons n’a pas de toilette [... Ils étaient] dans des conditions de semi indigence, avec un seul vêtement, le même qu’ils utilisaient pour les travaux des champs. Ils étaient payés six euros de l’heure, 9 heures par jour, six jours par semaine, le patron l’intermédiaire ne laissaient aux travailleurs que 10 ou 15 € par semaine, avec de la nourriture et une cartouche de cigarettes. Cela suppose que le patron touchait 300 € par semaine par travailleur exploité, qui de plus n’était pas inscrit à la sécurité sociale.

3) Récupération de la mémoire historique

3 - 1 User et abuser de la mémoire 24 mars 2007 [31 anniversaire du coup d’état militaire argentin] Claudia Korol (Indymedia, 25.03.07) Un texte argentin fort à propos pour ce qui va suivre ensuite.

Il y a ceux qui prétendent parquer la mémoire dans un tiroir caisse [corralito]. Le “corralito” était le mécanisme choisi par le pouvoir, lors de cette lointaine année 2001, pour geler les avoirs déposés dans le système financier. Maintenant, c’est également le pouvoir qui réutilise ce système pour geler l’accumulation de rébellions que contient la mémoire. Les grilles déterminent quand,combien et comment se rappeler. De qui se souvenir et qui oublier. Quelles victimes et quels parents de ces victimes seront récompensés par la mémoire officielle, et qui seront les oubliées ou ceux traités de sinistres, s’ils insistent pour prendre parti en faveur du corps social, où continue à battre un coeur subversif.

Il y a ceux qui prétendent parquer la mémoire jusqu’à la domestiquer. Pour qu’elle regarde en arrière, mais pas trop ... et qu’elle ne regarde pas non plus vers le présent. Qu’elle pleure les disparus et fassent disparaître ses rêves, qu’elle les dilue - c’est une façon de faire disparaître -. Qu’elle les dissolve dans des illusions light d’amélioration cosmétique de la domination.

Il y a ceux qui séquestrent la mémoire dans les bureaux du pouvoir. Ceux qui négocient la mémoire, en faisant passer du toc comme de l’or et l’anti impérialisme comme des paiements ponctuels au FMI.

Il y a ceux qui frelatent la mémoire. Ce sont les champions des droits de l’homme, qui n’entrent pas dans le parlement pour déroger les grâces [accordées aux génocidaire] ... parce qu’ils préparent des discours appris de mémoire, jusqu’à les user.

Il y a ceux qui placent la mémoire à un taux fixe. Qui disent : nous allons jusqu’à ce niveau. Au-delà, les intérêts sont inférieurs à l’attente.

Il y a ceux qui arnaquent la mémoire en offrant des hommages aux résistances du passé, et qui regarde de l’autre côté lorsque les revendications ouvrières ou populaires se multiplient de Santa Cruz à Salta [du sud au nord], sans réponse, ou pire, en considérant comme réponse les menaces, la persécution et la répression.

Il y a ceux qui découpent la mémoire jusqu’à la rendre inoffensive. Une mémoire transgénique, incapable de fertiliser la terre arrosée par ceux qui n’avaient jamais accepté d’appeler leur utopie « capitalisme sérieux ».

Il y a ceux qui placent la mémoire dans un vase, pour décorer les ambitions personnelles et dissimuler leurs corruptions systématiques.

Mais il est également l’autre mémoire, qui ne plie pas, qu’on ne peut aliéner dans les fauteuils des bureaux officiels. La mémoire qui considère que la seule façon d’apparaître vis-à-vis les disparus, c’est de continuer à lutter pour la liberté. C’est multiplier les batailles pour l’emploi, pour le salaire, pour l’éducation, pour éliminer la violence contre les femmes, pour la terre, pour l’eau, pour les biens de la nature, pour la vie.
C’est la mémoire qui nomme les utopies avec les noms des émancipations qui nous manquent. L’émancipation face à exploitation capitaliste, elle l’appelle socialisme. L’émancipation face à la domination patriarcale, elle l’appelle féminisme. L’émancipation face à l’oppression des cultures originaires de nos peuples, elle l’appelle identité. L’émancipation face à la destruction de la
nature et de l’humanité, elle l’appelle anti-impérialisme. L’émancipation des liens reproduisant
l’obéissance, disciplinant les corps et les sentiments, domestiquant les passions jusqu’à les faire disparaître, elle l’appelle encore la révolution. C’est la révolution qui fait de la vie quotidienne le lieu privilégié de la rébellion. C’est la révolution qui attaque la routine quotidienne. C’est la révolution qui pétrit en même temps les résistances et les projets, la poésie et les actes. C’est elle qui se relève après toutes les défaites, et qui s’asseoit pour coudre les lambeaux des drapeaux déchirés. Non pas pour les garder dans un musée des mémoires immaculées, mais pour repartir avec à la bataille.

3 - 2 Révision refusée de condamnations à mort franquistes. Le refus, en décembre 2006, déjà signalé de réviser les sentences contre Delgado et Granado en 1963 a été expliqué par les juges (texte en castillan et commentaire d’Antonio Martín Bellido sur ce site http://test.fondationbesnard.
org/article.php3 ?id_article=508)

L’intérêt est que trois juges sont contre, mais deux sont pour. Autrement dit, trois franquistes contre deux démocrates. En résumant très brièvement, les juges franquistes ne voient pas de raison à une révision parce que les deux témoignages des responsables d’attentats (ayant entraîné la condamnation à mort de Delgado et Granado) ne sont pas valables à cause de différences de détail, le délai écoulé, le refus d’un camarade de venir en Espagne pour témoigner à cause du manque de sécurité, et surtout le fait qu’un des deux responsables soit demeuré en Espagne. La contre argumentation des deux autres juges détruit complètement la position de leurs collègues en insistant sur la nécessité de révision contre des procès iniques.

Deux détails me semblent intéressants à ajouter au débat. Dans le précédent bulletin, il est question de témoins de la répression franquiste qui refusent de déposer par écrit à cause de la peur de nouvelles répressions. Donc, le camarade qui refuse de revenir en Espagne est loin d’avoir tort.

Enfin, il est évident que refuser une révision, c’est entériner, justifier la valeur de la justice franquiste. Mais alors pourquoi les juges en question ne se sont-ils pas opposer à l’acceptation dans d’autres pays de réfuter les procès de la période stalinienne, parfaitement légaux selon les lois alors en vigueur. Et un peu plus en arrière, pourquoi ne pas demander le respect des procès hitlériens, des juges camarades de combat de nombreux franquistes.

En Espagne comme en Argentine, l’argument de ne pas revenir en arrière, de remuer pour rien des faits survenus il y a 30 ou 70 ans, est toujours dans la bouche des complices des assassins.

C’est pourquoi nous devons connaître et analyser le passer récent.

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