Argentine info n° 23

dimanche 15 avril 2007, par frank

Argentine info n° 23

(Fin de rédaction 16.04.07)

Pour une présentation avec les photos, voir la version PDF)

BUTs de ce bulletin :
- donner des infos directes, de la base, sur le mouvement des piqueteros, les précaires et les chômeurs.
- connaître les effets du néo libéralisme à partir d’un pays qui a vingt ans d’avance sur
l’Europe occidentale puisque (par une série de phénomènes balkaniques et de colonisation soviétique en partie expliqués sur ce site, voir « Bulgarie 25 = 100) une partie de l’Europe est assez proche des conditions capitalistes de l’Argentine actuelle - la Bulgarie, la Roumanie -.
- voir et analyser sans d’oeillère conseilliste ou d’une quelconque religion antisyndicale et idolatrice d’une spontanéité apolitique qui tombe souvent dans les manies d’une stratégie révolutionnaire planétaire digne du marxisme révolutionnaire le plus classique.
- échapper - parce que cela n’existe pas pour les piqueteros - aux visions intellectuelles de cette même stratégie militaire appliquée à une prétendue Amérique Latine de gauche du Venezuela à l’Argentine, dont le seul point commun est d’être une bonne base pour faire fructifier quelques millions d’euros (des lecteurs seront-ils concernés ?) et utiliser de temps en temps un vague anti Etats- Unis de façade tout en maintenant des liens privilégiés avec des multinationales européennes. (Ce
serait aussi vain que de se réjouir de l’utilisation de l’esperanto par le Vatican, signe de sa conversation à l’anarchisme ?)
- informer des liens qui se tissent, lentement et faiblement, entre les exploités de plusieurs pays proches de l’Argentine (voir dans les bulletins précédents une motion de la rencontre de février 2006 à Montevideo).

Pour un panorama synthétique et les problèmes actuels du pays, voir le sommaire du bulletin n° 15 (01.09.06, pour un plan socio-économique détaillé, voir le N° 4).

Il existe dans tous les bulletins publiés une complicité de Maria Esther Tello.

Hommage aux enseignants en lutte : Carlos Fuentealba

1 Argentine un nouvel assassinat d’un travailleur
2 Contexte global et reflet médiatique
3 Portrait d’un assassin
4 Portrait de l’assassiné
5 Et la lutte continue dans la province
6 Les causes du conflit les enseignants
7 Les luttes ailleurs dans le pays

1 Argentine un nouvel assassinat d’un travailleur

[communiqué du Frente Popular Darío Santillán, 05.04.07]

Hier 4 avril, la police de Neuquén [Patagonie, province de droite] a assassiné l’enseignant Carlos Fuentealba, délégué syndical de l’école CPN 29 de Neuquén. Nous disons assassiner,
parce que différentes sources nous ont donnés l’information qu’un tir de bombe lacrymogène à un mètre de distance a détruit la boîte crânienne. Fuentealba est à l’état de mort cérébrale et hier soir il était maintenu artificiellement en vie.
Fuentealba participait à une tentative de coupures de route dans la zone de Arroyito, avec un millier de personnes. Les enseignants à trois reprises avaient tenté de couper la route
et par trois fois ils avaient été durement réprimés par la police avec des gaz et des balles de caoutchouc. Au moment de l’assassinat, une longue caravane se retirait du lieu. Un
témoin oculaire commente que Fuentealba était assis à l’arrière d’une Fiat127. La colonne fut rejointe par des fourgons de la police et soudain une porte coulissante d’un des fourgons s’est ouverte. Ce témoin affirme que quand il a vu descendre du véhicule les policiers, il a pensé qu’ils allaient régler la circulation. Ce ne fut pas le cas. Un des hommes en uniforme s’approcha du véhicule où était Fuentealba et tira à moins d’un mètre, brisant le carreau et atteignant la tête. Après cela la colonne véhicule a stoppé, les professeurs fous furieux ont essayé d’arrêter l’assassin et d’interpeller le chef de cette opération. Ils en furent empêchés par une formation compacte de policiers portant leurs boucliers.
La méthodologie de la lutte avec coupures de route est utilisée pour la première fois précisément à Neuquén en 1996, quand les habitants de Cutral-Co [centre pétrolier] ont
soutenu une grève de professeurs en présentant leurs propres revendications. Ensuite cette technique s’est étendue à tout le pays car c’est une des rares qui soient efficaces pour
faire entendre les revendications auprès des autorités provinciales et nationales.
Cette méthode s’est avérée particulièrement positive dans les provinces ayant des itinéraires pour le transport du pétrole ou bien une forte affluence touristique, comme alternative de lutte contre des autorités sourdes aux revendications et aveugles devant les grèves. Dans l’éducation, c’est particulièrement vrai, car les enseignants ne peuvent exercer une autre sorte de pression sur les autorités, peu concernés par le fait que les élèves perdent des jours de classe. Le meilleur exemple de cette indifférence a eu lieu dans la province de Rio Negro [également en Patagonie], où une grève massive a duré tellement que les élèves allaient rater leur année scolaire, parce qu’ils n’avaient pas suivi le minimum d’heures exigé. Le gouvernement de la province résolut le problème en décrétant que tous les élèves pouvaient passer dans la classe supérieure.
L’envers de la médaille du parti au gouvernement qui a reconnu les demandes des organismes des droits de l’homme dans le sens de l’annulation des lois d’impunité et des poursuites en justice contre les agresseurs de la dernière dictature, c’est que les attaques contre des militants populaires sont devenus un fait fréquent avec la présidence de Kirchner. Et cela n’arrive pas seulement dans des provinces où la droite est au pouvoir, comme c’est le cas à Neuquén. Le 22 mars [2007] l’organisme “Encuentro de Memoria Verdad y Justicia”
[Rencontre de la mémoire, de la vérité et de la justice] a déposé un document au ministère de l’intérieur que l’on peut résumer par les points suivants :
- En Argentine il y a 5.000 militants populaires poursuivis en justice (lorsque Kirchner est entrée en fonction, il y en avait 3.000 y l’on s’attendait à une amnistie).
- Il y a des menaces contre les témoins appelés à déposer contre des génocidaires. Le cas le plus problématique est celui de Jorge Julio López disparus depuis le 18/9/06.
- Il y a des menaces et des séquestrations et des tentatives d’homicide contre des combattants du peuple ont eu lieu. Le document présenté énumère une série de faits comme la
persécution dont sont victimes les travailleurs de l’hôpital Garrahan [à Buenos Aires], le groupe de nervis pro gouvernemental qui sévit à l’hôpital Francés [également à
Buenos Aires], l’attentat contre Fasinpat (Ex Zanon) [fabrique récupérée de céramiques à Neuquén], le passage à tabac du délégué des cheminots Sobrero, l’enlèvement de Ramiro González du groupe Hijos [enfants de disparus de la dictature cherchent à faire incarcérer les génocidaires] de Buenos Aires ; kidnaping de Carlos Leiva du Frente Popular Darío Santillán, la tentative d’assassinat du dirigeant de l’UTD de Mosconi [province de Salta, Sud], l’incendie d’un véhicule appartenant aux syndicats de l’éducation de la province de Santa Cruz [dont est originaire Kirchner].
Et ces derniers jours, également dans la province du Président, un cocktail molotov a été jeté contre le local où se déroulait une assemblée de professeurs en grève, à cause de la militarisation de toutes les écoles. Hier il y a eu des cas de répression contre les enseignants dans les provinces de Neuquén y Salta.
Défendre les droits de l’homme, c’est s’occuper de rendre la justice pour des faits du passé, mais également, c’est s’occuper du présent. Ne pas le faire entraîne une schizophrénie, bien résumée par l’humour (un peu noir) de la couverture de la revue satirique ”Barcelona” qui dit à peu près : le Président a assuré que s’il y a une répression à Santa Cruz entraînant des victimes, il y fera construire un autre musée de la mémoire [comme à Buenos Aires, où 5 % des génocidaires sont poursuivis, donc 2000 sont en liberté totale].

Guillermo Cieza

2 Contexte global et reflet médiatique

Grève des enseignants de la province de Salta, militarisation des écoles de la province de Santa Cruz et dans d’autres provinces, tout cela reflète le climat provoqué par des mesures du ministre de l’éducation nationale Daniel Filmus [appliquées par chaque ministre de l’éducation de chaque province du pays], qui cumule en même temps la fonction de candidat au poste de maire de la ville de Buenos Aires [une province en soi]. Il s’agit de la loi de financement de l’éducation qui donne pouvoir au gouvernement national de fixer le minimum salarial des enseignants. Les enseignants protestent parce que ce minimum est insuffisant. De nombreuses provinces protestent parce qu’elles considèrent que c’est une violation du fédéralisme.
Comme la province de Neuquén à un gouverneur de droite, candidat aux élections présidentielles d’octobre 2007, personnage connu pour son goût de la répression violente, les autres candidats de la droite aux élections présidentielles ont évidemment critiqué leur collègue de Neuquén. En effet, il n’y pas présentable et en plus c’est une façon de se débarrasser d’un rival. Et du côté du gouvernement, tout l’aspect réactionnaire des mesures du ministre de l’éducation nationale est mis de côté pour le critiquer que la répression d’un gouverneur de droite.
En toute logique politique, la presse de droite [La Nación] et celle du gouvernement [Página 12, en pleine évolution critique] dénoncent cette répression violente. La seule attitude logique est celle de l’Association des travailleurs de l’éducation de Neuquén, Aten, qui refuse toute négociation tant que les responsables de l’assassinat de Carlos Fuentealba n’auront pas démissionné, c’est-à-dire du gouverneur aux responsables de la police.
Le lundi 9 avril tout le pays a rendu hommage à l’enseignant assassiné. Une heure de grève a été décidée, après un appel commun lancé par la CGT, avec son leader gangster péroniste Hugo Moyano, et son rival de la CTA [Centrale des travailleurs argentins], syndicat d’opposition sans statut juridique clair malgré les années de procédure, Hugo Yaski.
Bien entendu, aucun appel à la grève générale n’a été lancé par des organisations politiques « respectables ». La trique et les flics demeurent l’âme et l’arme du dialogue du Président.

3 Portrait d’un assassin

“No matarás” [Tu ne tueras point] est le titre de la chronique de la célèbre journaliste
Sandra Russo dans “Página 12”. L’assassinat de Carlos Fuentealba ne pouvait pas être plus éloquent : la balle dans la nuque résume par son explosion le mépris de la vie qui émane des politiques étatiques de répression des protestations sociales. L’exemple de Neuquén est avant tout un exemple de ce qui peut arriver (et arrive finalement) lorsque à un Etat, dans ce cas particulier c’est un État de province, décidé d’utiliser les forces de police pour réprimer une demande sociale. Le contexte vient ensuite, le conflit des enseignants, les problèmes internes syndicaux, l’histoire de Sobisch [gouverneur de Neuquén], qui vend son image à Buenos Aires de promoteur d’une droite efficace, à l’exécutif qui colle aux substantifs presses que par inertie. En quoi les forces de droite sont efficaces ? Quelle sorte d’efficacité promettent-elles ? Quel est le prix de cette efficacité ? Quelle en est la limite ? Au service de qui est-elle mise ?
On peut répondre que c’est l’ordre. [...] Le courage, on le sait, consiste à prendre des mesures impopulaires. Une « décision politique » se doit d’opérer dans le sens contraire de ce que la droite nomme « populisme ». [...] Le gouverneur Sobisch a osé. Et un professeur a eu la nuque brisée une par une balle. Ce professeur dont nous savons aujourd’hui le nom, Carlos Fuentealba, ne représentait personne jusqu’à sa mort pour la droite. C’était un professeur, personne. Il aurait pu être un étudiant, personne. Ou un piquetero, personne. Les hommes et femmes réels, en chaire et en os, avec nom et prénom, qui sont dans les protestations sociales ne sont pas pour la droite des personnes dont la vie doit être préservée. En temps que combattants, acteurs sociaux, exerçant leur droit aux revendications, ces milliers et ces milliers d’Argentins ne sont personne pour la droite. Ils font partie, en tout cas, de la masse critiquée qu’il faut repousser. On entend comme la voix d’un grand propriétaire terrien : ces basanés, « morochitos”, il va falloir les cravacher. La question de coupures de route ou de ponts. Qu’on les cogne. [...]
Carlos Fuentealba menait un combat syndical. Il avait une histoire personnelle admirable. Il avait réalisé son rêve dans l’adversité. Ce n’était pas des difficultés personnelles ou familiales, c’était l’adversité sociale. Travailler toute une vie comme employé d’administration de l’Uocra[Unión Obrera de la Construcción de la República Argentina, syndicat du Bâtiment de la république argentine] tout en étudiant et finir par être professeur a 38 ans, voilà un exemple de dignité qui dépasse l’expression des mots. Mais jusqu’au moment où sa nuque est devenue la cible du tir d’un policier, Carlos Fuentealba ne représentait pour l’État providence ni un citoyen, ni un professeur, ni un père, il était personne, rien.

Le texte est assurément un bel hommage, mais je me demande ce qu’en pense la famille de l’assassiné. S’imaginer qu’il y a une différence de fond entre la droite et Kirchner relève de la paranoïa propre aux intellectuels de gauche, aussi pleutres en Argentine qu’en France, pour ceux qui soutiennent Sarko ou Ségolo. C’est toute la politique de répression des mouvements sociaux du président Kirchner qui aboutit au tir à un mètre cinquante d’un projectile devant être utilisé uniquement à 200 m de manifestants. C’est la passivité, la lâcheté face à la droite complice des génocidaires de la dictature, dans le cas de l’enlèvement de Jorge Julio López. C’est le fameux slogan « ennemi ou esclave » [voir le bulletin précédent], la corruption par les subsides ciblés, pour les esclaves qui approuvent le Président.
Pour revenir aux circonstances, voici un témoignage direct [Arroyo jeune enseignant] « Nous étions en train de partir du piquet au pas quand un véhicule policier, sans raison, nous a dépassé. Une vingtaine d’agents en sont descendus [...] ils ont commencé à cogner sur la voiture avec la crosse des fusils pour que je m’arrête au milieu des gaz lacrymogènes. Et quand j’ai essayé de me garer sur le bas côté, un policier est arrivé par derrière et a tiré en détruisant la lunette arrière et tirant dans la tête du camarade qui était assis à l’arrière. Il était monté dans l’auto pour éviter les faits des gaz. ». [La Mañana, Neuquén, 05.04.07]
Le responsable de l’assassinat est le sergent de première classe Darío Poblete, déjà condamné à deux ans de prison pour des sanctions illégales et des vexations contre un prisonnier à la prison Zapala en novembre de l’année dernière. Mais après sa demande d’appel, il a été maintenu comme policier. Le juge qui a ordonné l’arrestation a reconnu que ce sont les enseignants victimes de la répression policière qui ont apporté les preuves (matériel photographique et film, véhicule touché par l’impact où se trouvait la victime). [D’après Página 12, 07.04.07].

4 Portrait de l’assassiné

Les élèves se rappellent du professeur avec admiration [La Nación, 06.04.07 ; Página 12, 06.04.07]
Carlos était un professeur très gentil avec tout le monde. Il n’y avait pas que sa matière, il nous traitait comme des camarades Lorsqu’il voyait que ça n’allait pas, il nous parlait et nous donnait des conseils. Souvent il perdait des heures pour parler avec nous parce qu’on n’était pas bien. Il avait été élu « roi de l’école » en 2006, c’est-à-dire le meilleur professeur. (Geremías, 16 ans, élève de l’année dernière de l’école CPEM 69 [collège d’enseignement secondaire n° 69].
Carlos Fuentealba, de 40 ans, était marié et avait deux filles, de 10 et 14 ans. Né à Junín de los Andes dans une famille pauvre, à 20 ans il s’est installé à Neuquén, capitale de la province du même nom. C’est là qu’il finit ses études secondaires et devint chimiste tout en travaillant (laboratoire, supermarché, usine de jus de fruits). Il travaillait depuis quelques années dans trois écoles différentes en tant comme professeur de physique chimie.
Je connais Carlos depuis plus de 20 ans. C’était un homme très modeste et très solidaire. D’après María del Carmen Lara, amie de la famille et militante du groupe La Revuelta. Il y a eu beaucoup de mal à finir ses études à ce qu’il devait travailler dur pour les pays. Pour suivre ses cours il devait faire 20 km en vélo. [...] Il était très pacifique ne s’en étant ferme et clair dans les revendications. [...] Nous avons immédiatement compris qu’il était mort, mais comme il était en réanimation, nous avons attendu son agonie pendant deux jours. On lui a tiré dessus à bout portant, dans le dos. Le tir a brisé le cerveau. C’est pour cela que les médecins n’ont rien pu faire.
Il craignait un piège [Página 12, 06.04.07] au bout de quatre semaines de grève, les enseignants avaient décidé d’agir. Carlos Alberto Fuentealba était parmi ceux qui avaient analysé un blocage de routes, mais il était gêné le choix du lieu. Selon ses camarades, il voyait un piège. Il pensait que stratégiquement on se mettait dans la gueule du loup parce que c’est une zone dangereuse à cause des rumeurs qu’il y avait, de la proximité avec la ville. Mais il se sentait qu’il fallait continuer.
Patricia Varela, directrice du collage secondaire de la Cuenca XV, un des quartiers les plus pauvres de l’Ouest de Neuquén et une des écoles où il faisait cours. Depuis son adolescence il y avait un poste d’employé administratif à l’Uocra [Unión Obrera de la Construcción de la República Argentina, syndicat du Bâtiment de la république argentine], il a commencé à s’engager dans les luttes pour de meilleurs salaires et de meilleures conditions. Il y a deux ans devenus enseignants, et il a accompagné les militants dans chaque combat. Il était délégué syndical de ce collège et les élèves l’avait désigné l’année dernière « roi du collège » en meilleur professeur.
Avec sa femme, ils se partageaient la garde des enfants lorsque l’un participait à des manifestations. Mercredi dernier, c’est elle qui est restée à la maison.
Un silence chargé d’émotion s’est prolongé dans la foule pendant près de cinq minutes, lorsque Sandra Rodríguez, veuve de Carlos Fuentealba s’est adressée au 25 mil et plus presents à la manifestation d’hier après-midi. Debout sur un camion d’Aten garé devant l’édifice du gouvernement et entourée par ses collègues de travail et les élèves du porfesseur décédé, Sandra a lu une lettre où elle déclare avec une douleur profonde que “si Sobisch [le gouverneur] est aussi responsable qu’il le dit et s’il est si péné par cette mort, son devoir moral est donc de démissionner. [...] Ceux qui ont donné l’ordre sont aussi responsables que celui a appuyé sur la gâchette.” Et elle demandé la prison pour le policier tueur de son mari.
Sandra a décrit son mari comme un homme modeste, de la campagne, mais un homme en majuscule [dans tous les sens du terme]. [...] il avait de petits plaisirs dans sa vie, mais il nous disait toujours que nous devions combattre pour de grandes choses. [...] Carlos avait deux diplômes d’enseignant et moi quatre, cependant il a toujours été un employé, un enseignant, un ouvrier qui a souffert de la pauvreté, mais qui n’a jamais lâché ses outils, en militant dans la vie et dans la rue. Sandra a ajouté que ses fille sont une raison pour elle de vivre pour réclamer justice et faire que quelque chose change dans ce monde.
Sandra fini son discours par une phrase qui a déclanché les applaudissements des milliers de manifestants : Carlos m’a appris à ne pas baisser les bras. Mon amour, c’est ce que je vais faire. Hasta siempre [toujours avec toi]. [Mañana - Neuquén -, Perfil, Buenos Aires, 10.04.07]

5 Et la lutte continue dans la province

[Carlos Fuentealba, présent ! Les craies sont couvertes de sang]

ATEN Asociación de Trabajadores de la Educación de Neuquén [04.04.07, 12 h] “Nous n’allons pas réprimer” avaient dit Lara, Esteves [ministre de l’éducation de la province] et tous les fonctionnaires.
On nous a communiqué qu’il y a au moins 10 camarades blessés dont un grièvement à cause de l’impact d’une grenade de classe qui a été tiré à bout portant dans la tête [...] Aucun membre du gouvernement n’a rien dit. La situation est extrêmement grave et nous accusons les forces de police et le gouvernement de toute la violence déchaînée contre la protestation des enseignants. Nous continuons à demander à tous les médias du pays de nous appeler pour diffuser l’information sur la situation car les camarades sont à la merci de la férocité de la police. [...] Trois camarades sont à l’hôpital de Senillosa y un camarade avec des blessures importantes était l’hôpital Castro Rendón de la capitale.
Les enseignants de la province de Neuquén sont en chômage depuis le 5 mars. Ils ont décidé de ne couper les routes de l’après avoir reçu la dernière offre officielle d’échelle des salaires, avec un minimum de 1.140 pesos pour relever les enseignants du primaire, ce qui était refusé comme tentative de division, puisque aucune augmentation des enseignants du signes secondaires était prévue. Dans cette province de Patagonie, le loyer d’un studio est de 1.300 pesos. Un travailleur de l’industrie pétrolière touche 5.000, alors que le salaire de base de l’enseignant est de 399, avec des primes compensatoires qui vont de 940 à 1.200 selon l’ancienneté. [Déclaration du syndicaliste d’ATEN, Alejandro García, presse locale, 08.04.07]
Localement, ATEN rattaché à la CTA, reproche au bureau national d’être pour le dialogue et la négociation. Il a même demandé la démission du secrétaire national Hugo Yasky. [Página12, 06.04.07]

Le gouverneur Sobich a nommé deux ministres de l’Education et de l’Intérieur en remplacement des précédents, mais les manifes continuent à demander sa démission.

Mañana, Neuquén, Domingo 15 de abril de 2007 - 8:01 AM [canard local]
Casa de Gobierno [Siège du gouvernement de Neuquén] Aten a permis la relève de policiers

A midi hier un groupe de 14 agents de police est entré et un autre de la même quantité s’est retiré. Le changement s’est effectué de façon pacifique.
Des sources syndicales annoncent que les enseignants attendent l’envoi de l’intégralité de la proposition du gouvernement
Neuquén
L’odyssée vécue par un groupe d’agents de police protégeant la Casa de Gobierno depuis dimanche dernier, a commencé à se dissiper hier lorsque la relève de 14 policiers a été autorisée.
L’opération a eu lieu après 13 h 30 quand une haie de personne s’est formée et a autorisé l’entrée de 14 agents et le départ du même nombre. Le Secrétaire général d’Aten provincial, Marcelo Guagliardo, était présent, comme médiateur de la situation.
“Notre conflit va au-delà de laissez entrer et sortir des policiers qui surveillent l’édifice”, a déclaré Guagliardo, tout en indiquant que le but est de maintenir le siège de la Casa de Gobierno pour que “le pouvoir politique responsable du conflit ne fonctionne pas”.
C’est ainsi que la situation tendue depuis plusieurs jours dans le gouvernement a commencé à trouver un peu de répit. Tandis que les responsables de la sécurité du bâtiment espèrent que maintenant la relève va pouvoir se faire chaque jour, Guagliardo, le responsable syndical indique : “Cette situation n’est valable que pour aujourd’hui, qui ne signifie pas qu’il pourra toujours avoir lieu.”
Des sources de Aten ont fait également savoir qu’il a été tenu compte du fait que dans l’édifice officiel, il y avait des membres du personnel enfermé depuis plusieurs jours et certains souffrant de diabète. “Cela montre que Aten ne centre pas la discussion en enfermant les gens, mais cela ne veut pas dire non plus que nous allons permettre qu’il y ait des centaines de policiers en arme » a dit Gustavo Aguirre, secrétaire général de la capitale [Neuquén].
Poursuite du conflit
Les enseignants, continuant à appliquer les mesures prises par l’association des travailleurs de l’éducation de Neuquén (Aten), maintiennent le siège de la Casa de Gobierno. Hier à 18 heures ils ont fait une “protestation de la casserole”. Pendant environ un quart d’heure, les professeurs ont scandé leurs revendications avec les applaudissements, des chants et des demande de démission de fonctionnaires de la province.
Aguirre a également annoncé que jusqu’à présent aucune réponse n’a été reçue de la part du gouvernement provincial, aucune proposition nouvelle et concrète qui puisse être discutée. “Nous attendons la proposition complète, nous la discuterons en assemblée est en réunion plénière, et ensuite nous verrons quelles sont les démarches à faire”, a-t-il conclu.
Les professeurs continueront à être devant la Casa de Gobierno, hier soir ils avaient organisé une série d’activités avec un show musical.
Décision de fermeture des collèges
Le secrétaire général de la section locale Aten de San Martín de los Andes a indiqué que la fermeture des établissements s’est faite pour prévenir des accidents possibles [...] Un communiqué signé par le secrétaire général Matías Quirno Costa, fait connaître la position syndicale “les établissements du premier degré non pas de direction provinciale à cause de vacances annuelles. Et personne n’est responsable de ce secteur. [...] Le fonctionnement normal des établissements n’étant pas garanti, ni non plus la sécurité des travailleurs et des élèves, tel est la raison pour laquelle ils demeurent fermés. ” [...]

6 Les causes du conflit les enseignants

Réflexions sur le salaire des enseignants Qui croit [le ministre] Filmus et [le syndicaliste] Yasky ? [La Fogata, sans date vers mars 2007], Daniel Cadabón délégué de base- Suteba - syndicats de l’union des travailleurs de l’éducation de la province de Buenos Aires - La Plata

Avec un seuil de pauvreté tournant autour de 914 pesos, d’après les index de fausser de l’institut de statistiques peu fiable et manipuler, l’INDEC, le gouvernement national a annoncé à grand bruit une augmentation des salaires des enseignants touchant le salaire minimum, pour atteindre 1040 pesos.
L’annonce en question a été faite par l’intermédiaire du ministre de l’Education, Daniel Filmus, accompagné par des dirigeants enseignants comme Hugo Yasky, qui sans avoir de portefeuille de ministre, est un fonctionnaire du gouvernement de Kirchner.
La majorité des médias du pays ont saisi cette annonce de façon. D’abord en la prenant comme s’il s’agissait d’une forte augmentation dans l’éducation qui, selon les paroles du tandem Filmus-Yasky "six met un terme à l’iniquité et à la différence de salaire abyssal qui existe entre les différentes provinces de notre territoire." Pour Yasky, il s’agit "d’un épisode historique" dans la lutte pour les revendications de salaire des enseignants.
Le second sens a été d’y voir une annonce électorale, par laquelle, Filmus, candidat au poste de gouverneur dans le plus grand centre immobilier argentin [la ville de Buenos Aires, avec un statut de province], cherche à placer ses pions pour briguer le poste de gouverneur.
Ce ne sont que des demis vérités.
Depuis longtemps, parler du salaire des enseignants est devenu quelque chose de flou et d’indéfini. La bureaucratie syndicale, comme celle du ministère de l’Education, ont fait du salaire un euphémisme, mieux encore, une couillonnade destinée à semer la confusion aussi bien dans la société que parmi les enseignants. On parle de salaire initial, salaire minimum est de salaire de base, de façon indifférenciée, comme s’il s’agissait de la même chose. Un jeu de passe-passe de plus, auquel nous ont habitué les gros malins.
Le salaire des enseignants est composé, en gros, à plus de 50 % des sommes au noir, c’est-à-dire, non reconnu : garantie de salaire, incitations, bonifications, etc. Elles forment un salaire dont, parfois, des parties ne sont pas versées. Par exemple, si un professeur enseigne trois matières (ce qui est plus courant qu’on ne le pense) on ne lui en reconnaît que deux, en considérant la troisième comme non acceptable parce que le total dépasse un certain maximum de salaire. Le salaire des enseignants n’a donc pas de minimum et, étrangement, n’a pas non plus de plafond. L’État n’est pas seulement le plus grand exploiteurde travailleurs au noir avec des salaires minimums intolérables, mais en plus il oblige ses employés, condamné par leur salaires misérables, à travailler plus en touchant moins.
C’est parmi les professeurs, et jamais ailleurs, que l’on peut vérifier la loi marxiste du salaire : la grandeur du salaire des enseignants est déterminée par la valeur des moyens de subsistance de l’enseignant et de sa famille. C’est-à-dire le prix des biens considérés par l’État comme étant ceux nécessaires à leur survie.
Aujourd’hui le salaire de base d’un travailleur de l’éducation est de 414 pesos, selon les indications bidon de l’INDEC (manipulé pour adapter la réalité en chiffres, puisque les chiffres ne s’adaptent pas à la réalité) est en dessous du seuil de l’indigence. Ce taux bidon est fixé par ce que le gouvernement considère subsistance pour un enseignant, 13 pesos par jour !!!
Le salaire minimum, si applaudi par la bureaucratie des syndicats enseignants, en définitive, pose la question même de l’existence du salaire. Filmus annonce une augmentation de ce qu’il appelle "salaire initial". Il serait composé en majorité des versements au noir, pour les enseignants considérés comme nationaux et récemment intégrés au système. Tous ne sont pas concernés, dans le but de freiner la tension régnant dans les écoles et qui peut aboutir à une non rentrée des classes le 5 mars, du fait que plus de dix syndicats provinciaux se sont prononcés dans ce sens s’il n’y a pas d’augmentations de salaire.
Dans la province de Buenos Aires la situation est semblable. La première proposition du gouvernement de Solá à la table de négociations était de 30 pesos en mars et 30 en septembre. Elle souleva l’indignation de la majorité des enseignants et toutes sortes de remarques ironiques. "On nous donne la sandale gauche en avril et la droite en octobre". Vu les annonces de Filmus, le ministre de l’économie, Gerardo Otero et d’autres fonctionnaires de Felipe Solá ont proposé un accord pour financer cette mesure ou pour fixer le salaire minimum à 960. [... Ça coince au niveau du financement]
L’expérience de ces dernières années des enseignants par rapport aux politiques de salaire des gouvernements national et provincial leur impose la méfiance. Ils sont conscients de la nécessité que les augmentations de salaires concernent le salaire de base [sur lequel est calculée la retraite] et ils refusent toute politique visant à verser des sommes au noir. [...] Même si le gouverneur Solá réussit à proposer un nouveau salaire minimum, il n’y aura pas d’accord sans incorporation de 225 pesos au salaires de base. [...]
Pour terminer, la perfidie du secrétaire général de Ctera [centrale des travailleurs de l’Education de la république argentine] et de la CTA doit être enregistrée par l’ensemble des fonctionnaires d’État. Hugo Yasky prétend que cette augmentation du salaire minimum à 1040 pesos place les enseignants dans le meilleur des mondes, un problème réglé pour 2007. Mais nous ne pouvons ignorer que nous sommes plongés dans une escalade inflationniste qui touche fondamentalement les produits essentiels et que notre salaire est dépensé en totalité dans l’acquisition de ces produits.
Le panier de la ménagère tourne autour de 2400 pesos ; 1040 pesos n’en représentent que 40 %. Yasky, comme tout bon fonctionnaire gouvernementale, s’efforce de noyer le poisson comme le font depuis des années tous les fonctionnaires en place. Le secrétaire général de CTERA a découvert la "journée simple", au lieu de la journée de travail de l’enseignant, pour justifier un salaire qui ne couvre qu’un peu plus du tiers du panier la ménagère. Qu’est-ce que Yasky appelle "journée simple" ? Simplement, ce que disaient les gouverneurs Solá-Romero-Sobich, etc., lorsqu’ils donnaient des arguments en faveur des salaires de misère auxquels ils nous soumettaient : "que veulent les enseignants de plus ?, pour quatre heures de travail". Hugo Yasky doit savoir que la journée de travail de l’enseignant n’est ni simple ni de quatre heures. Ce genre de déclaration n’est que mépris pour le travail de l’enseignant, tout comme celle des bourgeois de tout poil depuis des années. Yasky a rejoint les chantres des opposants aux enseignants. Il a défendu la loi de destruction de l’éducation publique, il défend le paiement au noir des enseignants, maintenant ils discutent notre journée de travail ... Plusieurs avant lui ont fait de même et cela a mal fini.

7 Les luttes ailleurs dans le pays

L’actualité du que se vayan todos [que tous se barrent] : les hommes politiques ont perdu leur raison d’être [Los políticos se han vuelto impresentables]
[rebelion, 07.04.07] por Daniel Cadabón délégué de base- Suteba - syndicats de l’union des travailleurs de l’éducation de la province de Buenos Aires - La Plata

[...] Le 2 avril de cette année le président Kirchner n’a pas pu participer hier à la cérémonie dans la ville d’Ushuaia pour commémorer le 25e anniversaire de la guerre des Malouines. 300 enseignants protestaient pour l’amélioration des salaires et contre la militarisation des écoles dans la province de Santa Cruz [celle du président]. Ils en sont à leur cinquième semaine de grève. [...]
De son côté le gouverneur de Salta a militarisé le 1 avril la capitale provinciale, à fin de pouvoir prononcer un long discours panégyrique devant l’institution démocratique suprême de l’État : l’assemblée législative. Juan Carlos Romero, gouverneur depuis douze ans, a dû faire entourer le parlement de la province de forces de police afin de pouvoir exposer les succès de sa gestion. [...]
Sobich, à Neuquén, fait à nouveau appel à des bandes "civiles" pour tenter de casser le conflit que les travailleurs de l’éducation et les fonctionnaires d’État a commencé dans la province. La situation s’est aggravée du fait que les travailleurs ont prévu des coupures de route vers les centres touristiques pour la semaine sainte. [...]
A Santa Fe, le gouverneur survole les zones inondées, mais n’atterrit pas. Jorge Obeid, est conscient, s’il le faisait, dans ces zones où le pain coûte 5 pesos le kilo [au lieu de 0,50] et un paquet de deux bougies plus de deux pesos, les rescapés des inondations lui feraient passer un mauvais quart d’heure.
Dans la province de La Rioja, [un scandale fait que le gouverneur a été limogé par la présidence de la république].
[A Entrerrios les manifestations continuent contre l’implantation polluante d’une usine à papier de la multinationale Botnia en Uruguay et les coupures] de tous les ponts internationaux, vont au détriment des intérêts du gouverneur élu [...].
Mario Das Neves, de Chubut, n’a pas pu participer à la cérémonie du 1 avril qui commémorait les 64 ans d’existence de la localité Alto Rio Senguer, pour éviter un « escrache » [dénonciation publique] des habitats irrités par le manque de réponse à leurs revendications [...]
Dans la province de Buenos Aires, le gouverneur Solá a dû utiliser une patota [groupe de nervis] pour se débarrasser des membres de Hijos La Plata, qui manifestaient pour l’apparition en vie du camarade Jorge López. [...]
Que reste-t-il du "que se vayan todos" ?
Certains pensent que ce n’est qu’un mauvais souvenir ; d’autres que la bourgeoisie a récupéré l’initiative politique et que, aujourd’hui, elle a le droit de faire ostentation de cette "hégémonie" récupérée. Nous qui avons une vision plus "catastrophistes", nous pensons que la crise argentine est toujours présente et que plus tôt que tard, les bourgeois fanfarons qui considèrent le peuple des travailleurs argentins comme des "imbéciles sans mémoire", vont avoir une nouvelle fois du mal à s’asseoir dans un café. Je m’en remets aux informations réelles.

(Neuquén, 07.04.07, photo de Garrahan)

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