OPB lettre de Fontenis à Ninn

lundi 4 juin 2007, par Fontenis

Une brève analyse de texte est utile :

preuve de fraternité virile.

Nous venons de nous débarrasser des déchets.

Mais je ne te sens pas assez en train de jouer ton rôle, tout ton rôle.

ils ne sentent pas en toi suffisamment le « chef »,

Or ce n’est pas OPB cela.

c’est aussi de l’organisation stricte. Ou alors nos velléités « bolcheviques » sont risibles.

Tu dois acquérir prestance, autorité, influence. Nos buts le veulent.

La plateforme d’Archinov et de Makhno ne tombe jamais dans ce verticalisme et cette ignorance du dialogue, de la révocation, du contrôle à partir de la base. On est proche de la paranoia, de la folie des organes autoritaires, où les états-majors n’ont d’autres solution que la répression pour renvoyer les masses dans le droit chemin du verticalisme (Konstadt, Berlin 1953, etc., sans oublier les nervis de la Fora - août 1924, attaque au pistolet de l’imprimerie du périodique anarchiste Pampa Libre -, les ministres cénétistes pompiers en mai 1937.

Fontenis donne la preuve par lui-même de l’inanité de son projet.

Frank Mintz, juin 2007.

Double

Samedi 24 janvier 1953

au militant Pforta

Pforta,

Je me décide enfin à décrire après avoir longuement hésité, mais je crois une mise au point (ou une mise en garde) nécessaire.

Je pensais pouvoir m’ouvrir à toi plus complètement l’autre soir à Montreuil mais le peu de temps dont nous disposions et la présence de Giliane m’ont fait hésiter. Or, depuis, certains faits ont encore accru mon malaise, ou plutôt le malaise. Il faut vider ce malaise, je pense qu’il sera d’accord. Je vais être assez brutal mais j’ai toujours accepté que tu le sois avec moi et nous nous sommes toujours bien trouvés de l’être avec d’autres. Il faut donc que tu prennes tout ce que je vais te dire comme une preuve de fraternité virile.

1) Les vraies difficultés commencent.

Nous venons de nous débarrasser des déchets. Bravo. Mais nous risquons de nous endormir sur nos lauriers. C’était un résultat énorme, inespéré dans des conditions aussi favorables. Seulement, d’une part, après la réussite, le coup risque de paraître banal, comme une chose qui a été facile, et notre part, nous risquons de ne pas voir que le vrai travail commence : construire le mouvement.

Tu te souviens, nous avions fait une sorte de serment, nous nous étions engagés à tenir, à faire le vrai départ en 5 ans. En 3 ans, nous avons bien amorcé le travail, mais il faut maintenant démontrer dans les faits que nous avions raison, éviter les chamailleries, les faux problèmes, les fausses attitudes, retenir les nouveaux mais tout en les formant à notre point de vue : sinon, inutile de travailler.

Or, tu sais qu’en ce moment il y a des tiraillements. Énumérons les principaux :

- Les opinions particulières et la façon de les défendre de Moret, sur ses instigations, mon groupe, en mon absence, a condamné le « réformisme » de la page 4 !

- Un certain sectarisme (tu es vu l’autre jour à propos du communiqué CNT) qui n’est que le côté négatif de l’organisation ou mieux une conception vicieuse et bêbête que l’organisation de l’infantilisme.

- Par réaction, mais aussi par goût, formation, origine, milieu, etc. ..., une forme larvée d’individualisme représenté par Paul. Tu as vu vendredi soir, au café, comme il a sauté sur l’occasion de la brochure en anglais pour ironiser assez mochement contre l’organisation.

- Manque de respect (souvent manque de souvenirs) des décisions mémorables de juin 52.

- Manque de conscience du rôle historique que nous sommes en train de jouer.

Si je t’écris cela, c’est parce que tu es une pièce maîtresse de notre jeu collectif. Mais je ne te sens pas assez en train de jouer ton rôle, tout ton rôle.

2) Ce qu’il faut faire.

J’ai peur que tu ne ressentes toutes les difficultés que trop tard, d’un seul coup, avec tous les risques de découragement ou d’abandon que cela peut comporter.

Tu m’as dit, il y a 1 an à peu près, devant des craintes que j’exprimais à propos de certains de tes balancements, hésitations tout changement apparemment brusque : « ne crains rien, je suis solide. »

Mais attention, Pforta, que ta solidité ne soit pas une certaine forme d’une certaine indifférence. Il faut vivre intensément les mois qui viennent et tu donnes trop souvent l’impression d’accorder 1/10 de ton attention et de ton temps à notre cause. Si ce n’est qu’une impression, elle est fâcheuses, pour tous, et il faut la faire cesser.

Vois-tu, j’écoute tout ce qui se dit, et il s’est dit trop de choses. Les gars se plaignent de ne pas te voir, de ne pas te rencontrer au quai, de t’y voir comme indifférent, ils ne sentent pas en toi suffisamment le « chef », l’homme passionné - même sous des dehors froids -, toujours inquiet de son mouvement, prêt à rectifier, à intervenir, à faire place. Tu parais ignorer tant de choses du mouvement. J’ai été surpris et affecté de savoir que tu ignorais les réponses de Lille et de Lyon ... alors qu’elles avaient été lues au CN !

Je sais que tu t’occupes de la page 4 et des questions ouvrières, mais ça, c’est du travail à côté de celui de secrétaire - Général -.

Sur le plan OPB, même, je pense que tu oublies souvent ton rôle, au sein de ton groupe ou auprès de Paul et de ses amis qu’il importe de conserver mais de conserver avec nous sur à peu près nos positions : or, vendredi, tu le laissais dire contre l’organisation, il a fallu que je réponde, et il peut se demander si tu n’es pas de son avis. J’ai crainte que tu réagisses quand tes interlocuteurs sont sympathiques, et le milieu t’influence plus parfois que toi tu ne l’influences. Or ce n’est pas OPB cela. Que fais-tu vis-à-vis de Léo ?

C’est important surtout parce que tu peux beaucoup si tu y penses.

Tu es exigeant pour la « strictité » de l’organisation, mais trop souvent sur ce qui est superficiel quoique nécessaire absolument (les horaires par exemple), alors que tu négliges l’aspect « dévouement », « présence ».

Un exemple : tu es mécontent que l’OPB ait loupé la réunion de début janvier mais tu dois savoir que c’était en vertu d’autres accords stricts, puis ensuite des maladies et de la non -liberté de Dinan (rarement livre le soir ce moment).

D’ailleurs, la responsabilité du bureau OPB qui, dans certains cas peut supprimer une réunion ou en convoquer une d’urgence un samedi soir ou un dimanche, c’est aussi de l’organisation stricte. Ou alors nos velléités « bolcheviques » sont risibles.

Par contre, tu es, de nous tous, celui qui a le plus de temps libre, et tu ne passes même pas régulièrement à la permanence ou au journal le mardi le mardi. Est-ce OPB et stricte, cela ?

Je crains que tu ne retiennes de strict que ce qui te dérange le moins.

Enfin, que donnes-tu comme temps et comme travail ?

2 articles. Par ailleurs, le CN t’accapare peu, la correspondance encore moins (c’est Blanchet qui s’en charge).

Si cela continue, je ne tiendrais pas, Joulin laissera tomber à bout de forces.

Sais-tu que Joulin, pour l’avant-dernier lib, avait dormi 3 heures en revenant du travail avant de venir au marbre le mercredi matin. Et l’après-midi, il est venu aider à l’expédition - et reprenait son travail le soir.

Il a prévenu le bureau de son intention de lâcher. Il faudra bien alors que tu viennes le lundi soir prendre les articles, les porter au croissant, et que tu sois au croissant le mardi après-midi (les permanents achevant le travail de mercredi).

Il faut que tu te secoues.
-  - - - - - - - - - -
Quelques mots à propos de Giliane : tu sais mon amitié pour elle, mais cela ne m’aveugle pas sur nos divergences, parfois essentielles. Son attitude tend à renforcer la position « centriste ». Tu as vu l’autre soir comment elle pensait qu’il fallait, en douceur, expliquer ce qu’était l’organisation et le ralliement de la minorité à la majorité. Cette édulcoration, qui était nécessaire il y a 2 ans, affadit notre attitude, fait perdre aux résultats acquis leur force de pénétration. Comment, dans une telle atmosphère, se durciront Paul et Joseph ? Je crois que, malgré tes discussions avec elle, tu auras du mal à durcir ou à la contrer devant le groupe. Il faut y penser.

Je suis prêt à m’en expliquer avec elle, mais aujourd’hui c’est à Pforta que je m’adresse.

Je sens que tu es conscient de ses difficultés, de tes faiblissements, je crois deviner en toi des crises de mauvaise conscience par rapport à ce que tu sais que tu devrais faire et que tu peux faire.

Ne me dis pas que tu fais tout ce que tu peux. Fais un effort, je suis avec toi.

Il ne s’agit pas d’avoir raison, mais de lutter et de réussir ensemble.

Tu dois acquérir prestance, autorité, influence.

Nos buts le veulent.

* * *

Je t’avais promis d’être dur avec tous, voilà en ce te concerne, ne crois pas que d’autres soient épargnés. Et j’accepte qu’on soit dur pour moi.

Je t’ai écrit cela, non officiellement, en dehors de l’OPB, parce qu’il y a quelque chose entre nous deux ; tu ne m’as écrit plusieurs fois 10 fois plus durement que je le fais aujourd’hui. Si nos engagements ne sont pas de la littérature, si notre volonté d’être des hommes prêts à tout entendre de leurs frères n’est pas vaine, tu admettras que j’ai bien fait de passer du temps à t’écrire ces 6 pages malgré leur 20 % inévitables d’erreurs ou d’excès.

Je ne m’épargne pas non plus crois-le. A nous deux, nous pouvons faire beaucoup. Nous nous étions donnés 5 ans, en 3 ans, ce n’est pas si mal ce qui a été fait.

Vigilance, Présence. Nous n’aurons la parole efficace que si nous donnons beaucoup.

Coursan

PS) Tu verras dans un instant un rapport avec le côté positif aussi. Ce côté positif, mais de tout espérer, si nous acceptons un certain sacrifice.