Tailleurs de pierre

samedi 27 novembre 2004

Texte final : Tailleurs de P.

Fred Alors que j’étais adhérent au syndicat unifié du Bâtiment de la région parisienne, qui a été créé il y a trois ans à peu près j’ai eu la volonté de par mon métier, tailleur de pierres, de prendre contacts aussi avec des camarades travaillant dans le métier pour les sensibiliser au syndicalisme. Mais le tout ça a été de voir de quelles manières on peut sensibiliser les camarades qui n’ont pas de culture syndicale à des notions beaucoup plus vastes qui peuvent de la lutte de classes à l’organisation, à l’organisation même de la défense des intérêts immédiats des travailleurs
Ça a été la base, j’avais ça à cœur mais en fait il y eut un déclic. Un jour sur un chantier à Paris, alors que j’étais travailleur intérimaire, j’ai rencontré en discutant un camarade de la CGT qui était délégué du personnel dans une grosse entreprise de taille de pierres sur Paris. Et c’était la première fois que je rencontrai une syndicaliste dans le bâtiment. Au sein de la CGT, il avait des positions assez particulières, parce qu’il fait partie aujourd’hui de la CGT, mais sur des bases très oppositionnelles à la ligne Thibaud.
Donc on a discuté et c’est par lui aussi que j’ai appris que dans les années 90 un syndicat parisien des tailleurs de la pierre avait été créé par des tailleurs de pierres au sein de la CGT.
Quand moi j’ai proposé ça aux camarades du syndicat du Bâtiment de Paris qui regroupent l’ensemble des corporations, des métiers (on est un syndicat d’industrie et non pas un syndicat corporatiste), c’est cette question là qui s’est posée. C’est se dire : comment faire un travail vis à vis d’un secteur particulier au sein du bâtiment, sans tomber dans le corporatisme, sans créer un syndicat corporatiste, qui irait à l’encontre même des principes auxquels on se réfère de syndicats de branche, qui veut que pour gérer la société de demain l’ensemble des intervenants d’un secteur d’activité puissent collaborer à l’édification du système ?
Pour construire une maison, on n’a pas besoin des tailleurs de pierres. On a besoin des maçons, des charpentiers, des couvreurs, des plombiers, des électriciens ..., on a besoin de tout le monde pour construire une maison. Et c’est vrai que le bâtiment est un secteur privilégié, je pense aussi, pour amener ce type de discours. C’est-à-dire que tous les métiers sont frères. Il n’y a pas de hiérarchie.
Je vais faire une petite parenthèse. Il y a un certain état d’esprit dans le bâtiment, ce n’est pas nouveau surtout dans les vieux métiers. Les métiers que j’appellerai traditionnels, que je pourrais citer, c’est les charpentiers, maçons, tailleurs de pierres, menuisiers, chaudronniers ...
Frank carreleurs ?
Non c’est une déviation du maçon. Chacun a une identité assez forte. Un plâtrier qui met du plâtre sur un mur, ce n’est pas la même que celle d’un staffeur. En fait sur un chantier, on intervient dans un ordre. C’est vrai qu’on arrive pas en même temps tous. Il y a une passation et en fait ça peut poser des problèmes ou créer une solidarité.
Ce qui divise aujourd’hui sur un chantier, c’est une parenthèse, c’est davantage la recherche du profit à tout va. Différentes entreprises en fait qui interviennent sur un chantier. Aujourd’hui même, il y a de plus en plus des entreprises sous-traitantes. Donc, il faut aller vite, etc. Et pour aller vite, ça revient à la tâche en plus, et à la pièce.
Louis C’est un bond dans le XIX, et il y a beaucoup de correspondances entre le XIX et la situation actuelle.
Fred Et donc cela va créer aussi des tensions entre ouvriers, justement parce qu’on est chacun tiraillé par nos patrons qui veulent aller plus vite, quitte à saloper le boulot de l’autre, pour faire notre boulot.
Alors où je voulais revenir aussi c’est les question qu’on s’est posé au niveau du SUB. On invente pas le fil à couper le beurre. Donc on s’est dit, il y a les anciens qui en ont discuté : syndicalisme d’industrie, syndicalisme corporatiste, mais pas au sens péjoratif du terme, c’est le syndicat de métier.
Quand on fait des recherches sur l’histoire du syndicalisme, on s’aperçoit aussi que même au niveau de la CGT, il y a eu ces discussions là. Et quand on regarde la presse de l’époque, il y a eu une liste phénoménale de syndicat du bâtiment, syndicat des fumistes, des plaquistes, enfin de petits métiers.
La conscience ouvrière est plus large, mais elle est tuée en fait. On a un peu honte L’ouvrier qu’est-ce qu’il fait ?
Louis de la merde
Aujourd’hui dans le bâtiment, il n’y a pas grand chose. Dans le bâtiment ça bouge moins vite que dans d’autres branche, l’éducation. C’est très cloisonné aussi. Il y a 90 % des entreprises en France qui font moins de dix salariés. La situation est la même qu’au XIX siècle de ce côté là, sauf qu’aujourd’hui les entreprises de moins de dix existent encore, mais elles sont toutes rachetées par des grosses majors du BTP, Bouigues, Lafarge, les Carrières Barcamat qui ont fait couler plein des petites boîtes, etc.
Au niveau de la spécificité peut-être de notre corporation, je trouve que le terme de tailleurs de pierre a malgré tout une certaine noblesse, dans le sens où on se rattache à une tradition. C’est là où je veux en venir. Pourquoi est-ce qu’on a créé une Chambre Syndicale des Travailleurs de la Pierre ?
Donc la question ça aussi été de savoir comment justement intégrer des camarades qui ont une conscience de métier, et les amener petit à petit à une conscience de classe ?
Frank Une question idiote, vous intervenez dans quel type de construction ?
Fred Tous les deux on est tailleurs de pierre, on travaille beaucoup pour la restauration du Patrimoine, les monuments historiques, le patrimoine sauvegardé. Ça c’est une partie du métier, mais il y aussi beaucoup de neuf.
Frank Et dans le neuf, vous intervenez pour quel genre de bâtiment .
Fred Je ne sais pas peut-être dans la pierre agrafée ou des choses comme ça. Il y a un (changement ?) du métier : de la polyvalence à la pose du moellon, qu’on a pas parce qu’on est pas maçon. On a le devoir en fait d’exercer plusieurs choses à la fois.
Frank Quelle est votre intervention dans une gare, un immeuble ?
Fred Ça arrive, si l’architecte connaît un peu la pierre. La grande mode actuellement dans le bâti moderne, c’est de faire soit de la pierre moulée, c’est-à-dire que c’est de la fausse pierre, de la pierre reconstituée, ou de la pierre agrafée. C’est-à-dire qu’on va faire croire que c’est de la pierre massive, mais en fait c’est un parement de 3 centimètres d’épais. Ils demandent des tailleurs de pierre pour faire ça. On refuse parce que pour nous c’est pas le métier, et en plus on considère que c’est de la merde. On regarde, on peut regarder les exemples de constructions récentes : l’opéra Bastille, l’Arche de la Défense, tout un tas comme ça, il y en a des tas qui se cassent la gueule. Et là j’ai le cas du palais de justice de Nantes qui a été inauguré par le maire il n’y a pas longtemps, il y a trois mois à peu près [en janvier 2001], il y a des plaques agrafées, des grosses plaques de granite qui tombent de vingt mètres à peu près de haut. Ce n’est pas normal, ça veut dire qu’il y a des entreprises qui cassent le boulot.
Pour revenir au point de départ, après ce qu’on a voulu faire sur Paris, avec ce camarade de la CGT, on a lancé l’initiative de relancer une dynamique, pour créer une coordination au niveau des tailleurs de pierre. Au début, on a essayé de faire un truc très consensuel, sans référence syndicale, pour les acquis de la corporation, parce qu’on s’est dit qu’il faut pouvoir accueillir tout le monde. C’est comme une loge, c’est des ouvriers qui se rassemblent. Et on avait appelé cela « Initiative pour une coordination des travailleurs de la pierre » qui voulait regrouper les camarades de la CGT qui avaient à l’époque participé à la création du syndicat parisien des travailleurs de la pierre CGT, mais qui était tombé en désuétude, quelques camarades de la CNT, et ouvrir ça à des camarades sensibles au discours, mais sans leur dire t’es obligé d’adhérer ou des choses comme ça.
Ça a duré un temps, on a essayé de lancer une dynamique dans ce sens là, ça n’a pas super accroché au niveau des copains sur les chantiers, et lors d’une réunion de « Initiative pour une coordination des travailleurs de la pierre », il y avait des camarades de la CNT, 2 ou 3, des camarades non syndiqués, et 3 camarades de la CGT tailleurs de pierre, qui sont adhérents à la société Construction Île-de-France, à la CSC. Finalement, on a tous décidé de rattacher officiellement ce groupe de tailleurs de pierre au Syndicat Unifié du Bâtiment de la Région Parisienne, le SUB CNT, pour avoir une lisibilité plus concrète.
Les camarades de la CGT étaient très favorables à faire un syndicat de métier, corporatif. Donc là il y a beaucoup de points d’achoppement, etc., parce qu’ils voulaient leur boutique, chose qu’ils n’avaient pas réussi à faire à la CGT. Donc on a essayé d’avoir différentes initiatives dans ce sens là. Et après aussi un certain nombre de textes réalisés par le Syndicat du Bâtiment de la CNT sur les chambres syndicales de métier, on s’est dit comment créer une structure souple, non sectaire, qui permette de regrouper des gens de métier, au sein d’un collectif, mais avec aussi une vision à long terme d’une prise de conscience de métier, pour avoir une prise de conscience de classe, avoir aussi un groupe de réflexion sur le métier, sur les conditions de travail, la formation, sur tout un tas de choses. Ce qu’on voulu faire aussi ce n’est pas quelque chose de totalement corporatiste, dans le sens où ce n’est pas une chambre syndicale de tailleurs de pierre. C’est la chambre syndicale des travailleurs de la pierre, donc tous les métiers qui sont dans un processus de transformation de la matière.
Frank À par vous, qu’est-ce qu’il y a ?
Fred Des sculpteurs, graveurs, marbriers (en funéraire), tout ce qui est transformation de la pierre, granite, marbre, calcaire, dure, ferme, etc. je pense aussi, malgré tout, ça s’est surtout créé avec des camarades tailleurs de pierre. C’est les traces qu’on a de notre métier, parce qu’il y a des métiers qui laissent moins de traces que d’autres. c’est pas méchant ce que je dis, je n’ai pas du tout de mépris. Je pense qu’on a une envie plus forte de vivre ...
Frank J’imagine que comme vous travaillez pour le Patrimoine, vous êtes heureux de faire du beau boulot.
Fred Je crois qu’on est un milieu très particulier, je pense, déjà au sein du Bâtiment, c’est clair. Il y a une réputation aussi. C’est-à-dire quand on dit à des camarades sur un chantier, « ah on est tailleurs de pierre », on nous dit « ah, vous êtes des artistes ».
Frank Vous avez une certaine idée de l’esthétique ..
Fred C’est un savoir faire, c’est notre métier. Nous on apporte une pierre à l’édifice, on n’est pas sculpteur. Un tailleur de pierre, c’est du bâtisseur. C’est là où je veux en venir aussi c’est que si on regarde aussi l’histoire du Bâtiment, on a une tradition, surtout dans nos métiers, je dirai, traditionnels qu’on peut faire remonter à deux mille, trois mille ans. Dix mille ans, je pense, avec l’apparition des premières constructions.
Surtout au niveau des cathédrales. C’est vrai qu’on a aussi peut-être une particularité, et je sais que tu [Louis] ne seras pas d’accord avec moi , c’est que je pense qu’il y a l’empreinte, même inconsciente, de ce qu’on appelle le compagnonnage. Là on n’est pas forcément d’accord, mais je pense qu’il y a tout un tas de choses. Je ne vais pas rentrer dans ce qu’est le compagnonnage, il y a des ouvrages qui en parlent. Dans le compagnonnage, les compagnons du tour de France, etc., c’est le premier mode d’organisation qui a permis aux ouvriers de se réunir. Les premières traces apparaissent au XII, XII siècles, sur les gros chantiers de cathédrales, avec l’incorporation où tout un mode de fonctionnement qui s’est mis en place aussi pour défendre la corporation vis à vis des attaques de l’Église, de tout un tas de choses qui représentaient un danger. C’est vrai qu’il y a cette tradition avec des termes, avec un langage, avec un état d’esprit particuliers, qui fait que même si aujourd’hui on n’est pas chez les compagnons, je crois qu’il y a ça qui est derrière quand même. Moi je suis chez les compagnons, lui il n’y est pas, donc on s’engueule tout le temps.
Louis Je ne veux pas y être parce que je pense qu’on peut faire un boulot aussi bien, sans la réflexion des compagnons. En parlant de l’âge d’or, parce que c’est récent, il y a eu à une époque un âge d’or et c’est pas dû aux compagnons. Il y a eu les moines bâtisseurs, avec une règle, etc.
Fred Ce qui est important et intéressant, et on s’en inspire encore aujourd’hui, dans la chambre syndicale malgré tout, c’est que le compagnonnage a été aussi une structure qui a permis de coordonner les revendications des ouvriers, qui étaient spécifiquement attachées aux adhérents du compagnonnage. Bien sûr c’était très élitiste. C’est pour ça aussi qu’au début du XIX siècle, le moindre ouvrier qui voulait apprendre son métier, était chez les compagnons. C’était la seule école qui permettait aussi de voyager, parce qu’il fallait se détacher de son pays, il fallait voir du monde, différentes techniques de métiers, différents édifices. Quand on voit aussi la force que le compagnonnage a eue, dans la mesure où il était capable, c’était la première organisation à faire grève. Il n’y avait que celle là. Elle a réussi à coordonner tout ça parce qu’il n’y avait rien d’autre. Les premières grèves, les caisses de secours, de retraite, de mutuelle, l’aide aux veuves, aux orphelins, pour tous les métiers du bâtiment viennent de là.
Louis L’industrie, les métallos aussi, ça a une histoire aussi
Fred Ce qui m’intéresse aussi, et là où j’essaie de m’en inspirer aussi, c’est quand le compagnonnage était capable d’interdire une boutique, quand un patron, ce qu’on appelle le singe, un compagnon ou un bourgeois, quand il ne l’était pas, refusait de bien payer ses ouvriers, ou il les faisait bosser comme des larbins, comme des chiens, ou qu’il frappait ses apprentis. La société de métiers de la ville pouvait interdire à tous les ouvriers et compagnons ou non d’aller travailler dans cette entreprise. Plus fort, dans une ville, aujourd’hui, nous on s’en inspire pour recréer une pratique peut-être, ce n’est pas encore bien défini. On est aussi les héritiers de ces corporations de bâtisseurs, pour transmettre le savoir, le flambeau.
Louis On pourrait se dire que les tailleurs de pierre, c’est assez fermé. En fait, on a envie de partager.
Fred Pour ce qui est de l’actualité de la chambre syndicale des travailleurs de la pierre, quand on était sur Paris, on a voulu créer un bulletin qui s’appelle « La Fraternelle », on en est en train de travailler sur le troisième numéro, et qu’on envoie en fait à tous gratuitement. À tous les camarades dont on arrive à choper les adresses ...
Frank Vous en avez combien à peu près ?
Fred On tire à cinq cents et le prochain va être à plus d’un millier d’exemplaires. Mais dedans, on compte aussi toutes les structures CNT, parce qu’on envoie à tous les intercos, etc. Quatre pages, et là ça va être huit pages. C’est surtout du bouche à oreille pour l’instant. Mais le bouche à oreille dans le métier va très vite, parce que des tailleurs de pierre, il n’y en a pas 36.000 en France. Et puis c’est vrai aussi qu’il y a cet esprit de bouger, d’un chantier à l’autre, d’une région à l’autre. On a aussi fait un site internet, sur la chambre syndicale, et un jour il y a eu un mail d’un mec qui avait eu « La Fraternelle », ou un petit bulletin, un truc de mémo de chantier, parce qu’il y avait un copain qui était sur Avignon, qui lui avait envoyé ça à Nantes, alors que le mec sur Avignon, on ne le connaît même pas.
Je me suis beaucoup investi là-dedans et il s’est trouvé que pour des raisons professionnelles, je bouge. Depuis le mois de juin dernier 2000, je suis installé sur Avignon et là on prend contact, on arrive dans une ville qu’on ne connaît pas, on discute avec des collègues. Il s’est trouvé que j’avais aussi des cours de formation dans un centre de formation de la fédération compagnonnique, qui formait des jeunes tailleurs de pierre, aussi bien en CAP qu’en brevet professionnel, à qui j’avais filé « La Fraternelle ». On discute, ça nous branche bien, on fait un truc, après on se rencontre sur un chantier, on discute, et on se retrouve tous les deux contre le patron.
De fil en aiguille, on est un, deux, trois, quatre, cinq tailleurs de pierre. Et aujourd’hui on est une douzaine, cinq adhérents, sur Avignon, dont six tailleurs de pierre, et tailleuses de pierre, il y a des filles aussi.
Ça fait trois mois qu’on a créé le syndicat. C’est assez encourageant. Donc du coup, on a transféré aussi, parce que les copains sur Paris sont partie à droite et à gauche, La Rochelle, Reims, il n’y avait plus le groupe pour animer « La Fraternelle » ou pour animer la chambre syndicale. On a transféré aussi le secrétariat de la chambre syndicale sur Avignon. Maintenant c’est le syndicat du Bâtiment d’Avignon, de Provence qui gère la chambre syndicale des travailleurs de la pierre. Donc, le bulletin, l’envoi des infos, parce que souvent il y a des camarades qui téléphonent pour avoir du boulot aussi. Donc l’objectif aussi de la chambre syndicale c’est de faire bureau de placement. C’est de dire voilà telle entreprise embauche, les salaires sont bons, les conventions sont respectées, tu peux y aller, en plus dedans il y a des camarades.
Louis Il n’y en a pas beaucoup. Les bonnes boîtes, elles font faillite généralement, mais ça ce serait un autre chapitre.
Fred Il y a d’autres choses, c’est les réflexions qu’on essaie d’avoir. On est pas simples exécutants. On est pas simples techniciens. Ce qu’on souhaite : on fait partie d’un édifice, on amène notre pierre à cet édifice, mais pas de manière inconsciente ou stupide. On a cette conscience de métier, qui fait qu’on est ouvrier...
Louis On est anonyme. Notre nom ne reste pas alors que la pierre, elle est.
Fred On peut donner des noms de grands cuisiniers, d’artisans, de grands sculpteurs, mais citez-moi un nom de tailleur de pierre. Personne n’en connaît. Michel-Ange a commencé tailleur de pierre et a fini architecte. Mais ce n’est pas en tant que tailleur de pierre qu’on le connaît.
Le métier de tailleur de pierre regroupe un éventail très technique de connaissances. Il y a ce qu’on appelle l’art royal, l’art du trait, puisqu’on n’a pas un rôle de créateur, on nous demande d’exécuter, mais est-ce qu’on trouve notre place en tant que simple exécutants ? Est-ce qu’on peut pas aussi, et ce que nous on cherche à avoir au sein de la chambre syndicale, c’est une réflexion sur la place du tailleur de pierre sur un chantier, quel rôle il peut avoir, quelle connaissance il peut apporter aussi à la restauration d’un édifice ? C’est vrai qu’on parle de la restauration parce que c’est sur ce secteur là qu’on est implanté, et c’est ce qui touche le plus le public en plus, c’est à dire tous les jours, tous les jours peut-être pas, aujourd’hui encore il y a les journées du Patrimoine. C’est de la branlettte, d’accord, mais il y a la presse et la télé, il y a les compagnon qui travaillent sur les cathédrales, avec les outils anciens de l’époque et du XII et tout, ça du pipeau.
Aujourd’hui c’est rentabilité, bécane à fond, machine à fond, donc on essaie d’avoir une analyse vis à vis de ça, de faire comprendre la malfaçon, de dénoncer les malfaçons, Je me suis fait virer d’un chantier parce que j’avais refuser de faire de la merde. C’est un choix personnel.
Frank Et là vous êtes dans la tradition de la CGT du début du siècle, dénoncer la merde, le sabotage. Au départ, le sabotage, chez Pouget, dénoncer la malfaçon.
Fred Le sabotage, c’est particulier, j’ai lu Pouget, on conseille à nos camarades de le lire. Mais c’est vrai que parfois on passe pour des vieux réacs, avec des camarades du syndicat sur Avignon, qui ne sont pas tailleurs de pierre, on a sorti un tract sur les règles d’or du métier de tailleurs de pierre, sur tout travail commencé par un tailleurs de pierre doit être terminé par ce même tailleurs de pierre, C’est une règle qui a été basée de liberté, sur la qualité, pour nous c’est des regles qui poussent à l’autogestion, d’une certaine manière parce qu’on est maître de notre travail, Aujourd’hui les patrons cherchent à fragmenter les connaissances, c’est la polyvalence . Aujourd’hui il y a des boîtes qui embauchent des tailleurs de pierre pour faire de la maçonnerie, de la peinture, etc. donc on fait tout et n’importe quoi. On n’est plus reconnu, on n’est plus payé en fonction de la qualification.
On a également des contacts au niveau international. Les premiers contacts que j’avais eu c’est par Charmine Just (?), par le biais aussi d’un compagnon maçon tailleurs de pierre qui a fait partie de la FOB, la Fédération Ouvrière du Bois et du Bâtiment en Suisse, un syndicaliste révolutionnaire ami d’A B du mouvement libertaire. C’est quand on a sorti le journal des travailleurs du Bâtiment, où j’avais un article sur un syndicaliste du compagnonnage, et suite à ça, il y a un ancien qui m’a envoyé une lettre : on m’a donné ton article, j’apprécie, moi ça fait 50 ans que je suis compagnon, ça fait 50 ans que je suis syndiqué. Ce camarade écrit et il pense effectivement qu’il peut y avoir un retour d’un certain esprit vis à vis du travail, du savoir faire, le côté noble du compagnonnage, je dirai, pas ce qu’il est aujourd’hui. Le mot noble de compagnon au sens où on se partage le pain, dans le sens de fraternité ouvrière. Ce camarade était Pierre Bauman, qui avait presque 70 ans. Nous avons eu une longue correspondance. Il m’a aussi parlé du syndicat en Allemagne, parce qu’il y a aussi un compagnonnage en Allemagne, et tous les compagnons là-bas sont syndiqués.
Pour nous c’était intéressant aussi de voir ça. Et lui faisait partie de la FOB, et le descendant aujourd’hui de la FOB c’est le SIB Syndicat de l’Industrie du Bâtiment. Et donc par ce biais là on a pu avoir des contacts avec des tailleurs de pierre de la Suisse, et également par hasard en tombant sur le sigle de la CSN, Confédération des Syndicats Nationaux au Québec, où il y avait des info sur une grève de tailleurs de pierre qui avait eu lieu en 1996, lock out, etc., On a donc aussi un contact avec eux, on a pris contact. Dans notre bulletin, on a fait paraître leur chanson de lutte, etc. On essaie d’avoir des contacts au niveau international, on essaie également des contacter avec différentes associations de tailleurs de pierre, qui existent en France, comme Pierre sans Frontière, qui regroupe en fait des artisans, des salariés, mais avec une sensibilité très proche du savoir faire traditionnel. On essaie d’avoir des contacts avec ces gens la aussi pour ouvrir et on a bon espoir d’avoir des relations avec ces gens la, et aussi avec des camarades de la CGT qui sont en Bretagne, et que les camarades du SUB TP avaient rencontrés quand ils ont fait grève au mois de novembre. Ils ont apprécié aussi la tenue de notre bulletin « La Fraternelle » et du coup ont fait un article sur les tailleurs de granite en Bretagne de 1900 à 1945, toute l’histoire de la corporation, les grèves, etc.
Louis Concrètement, on envoie à peu près mille bulletins, et en France on est 2.000 tailleurs de pierre. Mais sur les mille, on en envoie 300 aux structures (de la CNT et syndicats).
Frank Tu as parlé de cours que tu as fait à Avignon, il y a combien de jeunes qui rentrent en gros pour être tailleurs de pierre ?
Fred Il y a très peu de centres de formation en France. Il y a 70% de jeunes qui ratent en CAP,
Frank Combien restent ?
Fred Il y a du déchet, en France il y doit y avoir une dizaine de centres de formation dans les métiers de la pierre, traceurs, tailleurs de pierre, etc. , sculpteurs, marbriers.
Frank Quelle est la moyenne d’âge ?
Fred Il y a différentes possibilités : il y a des centres qui s’adressent à des jeunes en situation de scolarité courte, fin de troisième ou plus tard, un cycle de formation pour apprenti. Pour l’apprentissage ils ont de 14 à 18 ans. C’est l’apprentissage et sinon il y a des structures de type AFPA, formation pour adultes. Ou sinon d’autres types d’associations aussi qui permettent à des jeunes adultes ou même à des gens plus âgés de [devenir] compagnons. Et par le biais du compagnonnage, qui est assez propre aux centres de formation, de passer un CAP de tailleur de pierre. Au lieu que pour jeune de seize ça va être 2 ou 3 ans, pour un adulte ça va être une formation de 8 à 12 mois.
Louis Moi j’étais dans un CFA. J’avais 24 ans, j’étais en fait le plus vieux. Les gens avaient une moyenne d’âge de 15 ans. J’avais dix ans de différence
Fred Là où il y a un problème aussi c’est que, pour les métiers du bâtiment d’une manière générale, quand un gamin il ne va pas bien à l’école, qu’est-ce qu’on lui dit ? On lui dit : « Tu seras maçons, tu seras plombier » C’est ça aujourd’hui. Alors parfois il y en a qui ont peut-être une autre sensibilité, ou qui avait un grand oncle ou grand-père qui travaillaient dans la pierre. Donc il dit moi je vais faire tailleur de pierre. Ça peut être une tradition de père en fils, etc. C’est souvent en situation d’échec. Je ne pense qu’il y ait beaucoup de jeunes qui fasse le choix de faire la taille de pierre.
On assiste malgré tout à une chose aujourd’hui c’est qu’il y a de plus en plus de jeunes adultes qui font des études supérieures, de diplômés, c’est le cas pour la plupart des camarades des syndicat, entre 25 et 40 ans, qui font une formation de tailleurs de pierre. Ils changent complètement de domaine et ils essaient de trouver leur truc. Mais je pense que ça correspond aussi à un état d’esprit. Un jeune qui va entrer en apprentissage, il faut qu’il soit bien accroché aujourd’hui. Ça vient aussi, à mon avis, de toute cette tradition du bâtiment, de bâtisseur qui vient du Moyen-Âge, etc., c’est qu’un apprenti il est là pour en chier dans le bâtiment. Ça va être un jeune, un lapin, qui sort de CAP, ça dépend des entreprise la plupart du temps, et moi pendant six mois j’ai fait les sacs de gravats. Je pense qu’à l’âge que j’avais, parce que je savais que derrière il y avait des tailleurs de pierre compétents et que je voulais apprendre, et quand je demandais « je suis tailleur de pierre, j’ai mon CAP et tout, je veux tailler la pierre et tout » [on me disait] « Non, attends » Franchement, ça pas sain. Ça fait partie de l’apprentissage.
Louis Au Moyen Âge, ça durait sept ans, le latin et le grec [étaient imposés], il y avait des joutes oratoires, des textes de philo de Saint-Bernard, d’Aristote. Il y a eu toute cette tradition de ... isme, de christianisme, etc.
Fred Il y a parfois des critiques que nous font des camarades de la CNT parce que quand on parle un peu de notre métier, on travaille sur des églises. Il y a une charte de tailleurs de pierre qui interdit le travail dans les prisons. En 1789, il y avait les corporations et les tailleurs de pierre ont été les premiers à démolir les pierres de la Bastille. C’est vrai qu’il y avait ce sentiment d’indépendance, etc., mais à côté de ça il y a des choses encore plus dérisoires, comme au Moyen Âge des tailleurs de pierre qui ont fait grève sur tous les chantiers de cathédrales en France pour avoir le droit de porter la barbe et les cheveux longs, qui était réservé aux nobles.
Louis Un tailleur de pierre avait aussi le droit de porter la dague, il n’était pas tenu de respecter le couvre-feu. C’était un privilège que seuls les chevaliers pouvaient avoir. C’est pour ça qu’on a parlé de chevalerie ouvrière aussi à un moment donné.
Fred Pour revenir à l’actualité, les jeunes sont aussi parfois, souvent, déçus, il y a un problème entre ce qu’ils apprennent en formation, les techniques traditionnelles, le travail à la main, les outils taillants, pincettes, ciseaux, etc.,
Louis Interdiction de prendre une machine, meuleuses, disqueuses, etc.
Fred Et dès qu’ils arrivent en entreprises, on leur met une machine entre les mains
Louis qu’ils n’ont jamais touchée, pour la plupart ou sinon, il ne faut pas le dire.
Fred Ou tu arrives avec une règle sur le chantier, sur l’échafaudage et le chef de chantier prend la règle et il la balance parce qu’on ne pas ça à la règle, on fait ça à l’œil.
Frank Tu veux dire que le bon tailleur de pierre doit savoir instinctivement comment poser la pierre ? Ou tu veux dire que le bon tailleur de pierre doit savoir se servir d’une règle ?
Fred Non, sur un chantier, j’ai refusé de travailleràla machine. Dans de la pierre dure, du granite, je comprends qu’on utilise une machine. Dans la pierre tendre, il n’y a pas d’utiliser une machine. C’est une histoire de rentabilité.
Frank Dans vos bulletins, vous parlez de comment tailler la pierre, vous défendez la tradition ?
Fred C’est des discussions qu’il y a aussi entre gens de métier sur un chantier, entre tailleur de pierre sur l’évolution des techniques. On ne rejette pas l’évolution des techniques qui permet aujourd’hui de transporter un bloc de trois tonnes. Là où on commence à gueuler c’est aussi sur l’utilisation qu’il y avoir de ça. C’est pour plus de profits, donc aussi pour plus de patrons. Derrière on a aussi d’autres camarades qui ont d’autres analyses, c’est de se dire aussi : une machine fait de la poussière, donc ce n’est pas bon. Il y a beaucoup de tailleur de pierre qui meurent de la silicose à 40 ans.
Frank Au niveau protection ?
Fred C’est pipi de chat : on peut pas bosser avec ça. Un casque et un masque, en dix minutes on ne voit plus rien. Ce vrai que d’autres copains, et c’est le cas de Louis, estiment qu’il faut entretenir un certain rapport avec la pierre. La pierre ce n’est pas n’importe quoi. On n’est pas payé à la tâche et c’est vachement important, c’est qu’on peut prendre son temps dans un sens.
C’est ce qu’on a dit quand on a fait la grève le 13 novembre [2000] sur la première page de notre Bulletin : « les camarades qui ne peuvent pas faire grève, tombe les machines aujourd’hui, que ça fasse plaisir » À côté de ça il y a des camarades qui se font plaisir avec des machines.
Frank Quand vous avez dit que vous ne travaillez pas avec un masque, ça veut dire qu’à la limite vous allez vous intoxiquer pour faire du bon boulot ?
Fred Non. Si tu bosses à la main tu ne fais pas une poussière telle que tu ais besoin d’un masque. La machine va désagréger les grains tellement finement que ça fait une poussière dangereuse.
Frank Tu a l’air de dire que pour travailler à l’aise, même avec une machine tu ne mets pas de masque ?
Fred Ça arrive. Ça m’est arrivé sur des chantiers.
Frank Ça ne t’emmerdes pas de te foutre en l’air les poumons ?
Fred Si bien sûr, on se fout en l’air le dos aussi, on n’y peut rien, c’est le métier. Un maçon landa aujourd’hui soulève quatre tonnes par jour. Et les accidents du dos ne sont pas reconnus comme maladie professionnelle, en plus.
Pour les machines, c’est tout ce qui lié d’une manière générale dans tous les métiers du Bâtiment à l’inconscience du danger. Il y a un côté je roule les mécaniques. On est des mecs.
Frank Et les filles, qui sont tailleuses de pierre, elles sont pareilles, ou elles portent plus facilement le masque ?
Fred Non, pas du tout. Il y a une fille, qui fait partie du syndicat, qui a adhéré nouvellement. On est en contact avec des femmes, elles se disent tailleur de pierre. La copine du syndicat sur Avignon, la première fois que l’ai vue justement, elle était à la disqueuse en train de prendre des chapiteaux, sans lunette et sans masque. Et je lui ai dit
Frank C’est le petit côté macho du boulot qui faisait ça ?
Fred Peut-être, pas forcément macho, mais le côté prise de risques, et aussi il faut aller vite. Les entreprises ne travaillent que comme ça. Il faut aussi dominer la matière, le rapport de transformation à la matière.
Je voulais dire aussi que chaque année dans le Bâtiment il y a un mort par jour. C’est le côté de l’inconscience, des malfaçons.
Je l’ai fait aussi, mais même un jeune, qui rentre aujourd’hui dans une entreprise, il va faire ce qu’on lui dit de faire. Sur le chantier où on a travaillé sur Avignon, un hôtel particulier, etc., on a eu un jeune, qui vient de chez les compagnons. Ça faisait un ou deux mois qu’il était dans la boutique et il bossait avec un ancien. L’ancien pendant trois mois, lui a appris à faire de la merde, à saloper le boulot. La merde il la fait bien, c’est de la belle merde. Et ce jeune là, il était en brevet professionnelle en tant que tailleur de pierre, et il n’avait plus aucune conscience de son métier.
Frank L’ancien n’essayait pas de le raisonner ?
Fred Non, il n’était pas vraiment tailleur de pierre non plus, il était poseur de pierres, maçon. Ce n’est pas de leur faute. C’est vrai que sur tous les chantiers où on va, tous les copains, c’est défendre aussi une certaine façon de travailler, une certaine façon de respecter le travail. Alors là je pourrais dire beaucoup de choses aussi sur le mouvement libertaire, sur l’abolition du travail.
Frank Va y.
Fred C’est vrai qu’on a souvent des discussions avec des copains de la CNT, qui sautent en l’air quand ils lisent notre Bulletin. Parce que c’est vrai qu’on a un rapport avec le travail, on place beaucoup de valeurs dans le travail ..
Frank C’est la tradition anarcho-syndicaliste. C’est le bon ouvrier qui est le bon syndicaliste. En Espagne ça toujours était ça.
Fred Oui, et je pense qu’à la CNT on l’a perdu, même au niveau du syndicat du Bâtiment, C’est pour cela que je pense que parfois on a du mal aussi à faire comprendre certaines positions qu’on peut prendre au sein de la Confédération sur un certain nombre de choses vis à vis d’autres syndicats. On a une tradition de métier, on a en plus une tradition dans le syndicalisme, qui n’est pas à mettre à la poubelle. La CGT dans le Bâtiment, la CGT-SR, et même encore avant, le compagnonnage, on vient de là nous. Avec aussi des forts en gueule, tout un tas de choses, etc., je veux dire qu’on a pas notre langue dans notre poche, avec un discours, un langage, un code, tout un tas de choses. Je crois que plus qu’ailleurs au sein de la CNT, on a cette appartenance sur laquelle on travaille. Vis à vis des camarades isolés au fin fond de la Lozère qui bossent dans le Bâtiment, pour nous il est adhérent à la fédération du Bâtiment, c’est un travailleur du Bâtiment.
Frank Penses-tu que les copains de la CGT avec qui vous avez lancé la chambre syndicale, réagissent comme toi ?
Fred Tout à faut parce que la CGT leur donne les moyens de faire du syndicalisme. C’est tout, ils sont sur des bases de lutte de classes, d’action directe, ils sont syndicalistes révolutionnaires.
Frank Tous les deux, vu le boulot que vous avez déjà commencé, d’ici cinq ans comment est-ce que envisagez la situation ?
Fred Être incontournables, ça veut dire qu’on est tailleur de pierre, on veut du travail, on passe par la chambre syndicale, avoir aussi un contrôle sur les centres de formation. On en discute, on en est pas là, on a essaie de gérer le quotidien et surtout de créer un réseau de contacts, d’échanges, c’est surtout là-dessus qu’on travaille actuellement. On est en train de créer une association sur Avignon de tailleur de pierre, mais secret défense. C’est très fédérateur en tout cas pour les camarades tailleur de pierre qui sont intéressés par cette association, [par] le côté fraternelle, confrérie. Pour moi, c’est le compagnonnage qu’ils veulent, le vrai, sans le frou frou, le folklore.
Frank Vous voulez donc une chambre des tailleur de pierre qui essaie d’avoir une vision de la formation à l’emploi et la façon de faire le boulot. Et vous voulez qu’on vous foutes la paix sur la façon de vous organiser.
Fred Non ce n’est pas ça. Au niveau du syndicat du Bâtiment d’Avignon, pour la plupart des camarades, on est adhérent à la CNT, on est même en avance dans les cotisations. On a cette appartenance, pour nous la CNT se situe aussi dans la tradition du syndicalisme tel qu’on le conçoit, la CGT du début du siècle. Ce sont nos références.
La grève qu’on a faite, c’est au nom de la CNT. On apparaît pas en tant que syndicat des travailleurs de la pierre. C’est une commission de travail. On a aucun pouvoir décisionnel au moment du Congrès.
Frank Il serait peut-être envisageable qu’une chambre syndicale des tailleur de pierre se développe et , d’ici trois quatre ans, se réunisse avec une fédération de petits syndicats du bâtiment, pour continuer son chemin.
Fred Il est bien évident que vu les positions qu’a la fédération du bâtiment de la CNT aujourd’hui, s’il n’y a pas une évolution qui va dans le sens qu’on le souhaite, pour créer des sections d’entreprises dans les boîtes, ce qui est notre objectif, c’est très difficile d’avancer. Aujourd’hui on a des camarades sur Avignon qui travaillent dans des grosses boîtes, monuments historiques du Vaucluse, de la Provence, et même des boîtes nationales, quels moyens on leur donne pour développer un syndicalisme de lutte de classes, d’action directe, etc. ? Nous on veut donner des outils aux camarades, avoir une formation, c’est ça qu’on cherche aussi. Alors on attend pas tout de la CNT, mais c’est clair qu’on attend un minimum, sur des bases syndicales de lutte de classes et d’action directe. Et c’est clair aussi aujourd’hui au vu du Congrès, on va transmettre aux camarades du syndicat d’Avignon la teneur des débats.
Pour terminer sur l’avenir de la chambre syndicale des travailleurs de la pierre, qu’elle soit à la CNT ou pas, si demain les camarades de la chambre syndicale décide de s’organiser de manière autonome, ça se fera, si la chambre syndicale décide d’adhérer à une autre Confédération, ça se fera aussi.