Qu’est-ce que la CNT ?

Projet de la CNT 91, rédigé en 1999, pas revu depuis.

dimanche 3 juillet 2005, par frank

Qu’est-ce que la CNT ?
Qu’est-ce qu’un syndicat CNT ?

A Qu’est-ce que la CNT ?

A 1 Cher lecteur, chère lectrice,

Voici une information, sans triomphalisme sur ce que nous proposons et comment nous comptons arriver à réaliser nos tâches.
Il y a quelques trente ans et plus, la formule « Métro, boulot, dodo » était exacte : il y avait du travail et on pouvait dormir sans trop de cauchemar. Le syndicalisme n’était pas trop revendicatif parce que ce n’était pas tellement nécessaire dans l’ensemble (en France).
Depuis une dizaine d’années (et au moins pour les dix à venir) « business, vitesse et stress » résument la situation : la tension est plus forte et les problèmes personnels sont écartés au profit des intérêts patronaux, la précarité est de plus en plis présente. Le syndicalisme ne peut donc plus être passif, il doit agir dans l’instant et en profondeur.

A 2 Ce que nous proposons

Si tu lis ces lignes c’est que tu partages avec
nous trois certitudes :
- l’exploitation sociale est inadmissible.
- il faut agir et se défendre sur le lieu de travail et de vie pour être le moins mal traité possible.
- on ne peut y réussir et on ne peut le faire qu’avec des camarades solidaires.
- il est possible de construire une autre société libertaire et socialiste.
Ce refus de l’exploitation sociale, nous le définissons comme l’anticapitalisme. Nous incluons dans le terme capitaliste les régimes fascistes et « communistes » (dans le sens marxiste léniniste) passés et actuels. Tu peux trouver une analyse théorique dans les titres de la bibliographie à la fin de cette brochure.
La défense immédiate sur le lieu de travail, nous l’appelons l’action directe. La solidarité interprofessionnelle, se vit durant le travail, dans le syndicalisme au quotidien, dans les quartiers et autour des problèmes sociaux (liberté de l’IVG, lutte contre le FN, etc.)
La nécessité de compter sur des camarades sérieux et solidaires, nous la trouvons dans un syndicalisme qui ne cède pas aux exploiteurs, et qui pratique en son sein l’autonomie (des liaisons horizontales et de la base au sommet) et l’apprentissage de la démocratie directe.
Refus du capitalisme
Si le progrès matériel se manifeste par les succès des applications scientifiques et industrielles, le transport, la chirurgie, etc., si on constate une avancée morale et des organisations humanitaires comme Amnesty International, Médecins sans Frontière, etc., qui apportent indéniablement une aide à des milliers de personnes, comment admettre, vu ces réalités, la stagnation et la misère persistantes dans des continents comme l’Afrique, l’Asie, l’Amérique Latine ? Comment permettre que la pauvreté touche tant de personnes dans les pays industrialisés et en France ?
Les informations de certaines institutions (Unesco, BIT , etc.), des émissions de télévision, de certains journaux qui ont pignon sur rue, nous révèlent que le travail des enfants concerné des millions de jeunes de moins de douze ans, que des milliers d’êtres humains meurent tous les jours de faim, ou de manque de médicaments tels que les antibiotiques ou les vaccins élémentaires.
Parallèlement, simultanément, nous voyons que tous les pays les plus pauvres de la planète ont des armées qui regorgent de machines de guerre et des classes dirigeantes bien nourries et repues. Et ces pays ne cessent de commercer avec les pays industrialisés qui les pillent...
Comment alors ne pas s’indigner ? Les guerres qui ne cessent de surgir et de finir et resurgir ailleurs dans différents pays pauvres et sources de matières premières ne sont-elles pas des bancs d’essai pour les armes autant que des zones de concurrence entre pays et multinationales des nations industrialisées.
Les divisions entre ethnies, peuples et « race » la xénophobie sont attisées par les exploiteurs pour entraîner des divisions artificielles entre des groupes exploitées.
L’émigration est due aux guerres et à la répression des Etats pourris, à la misère provoquée par des classes dirigeantes souvent corrompues. Ces personnes qui viennent en France ne sont que les victimes d’un système planétaire injuste.
Étrangers et Français, salariés, chômeurs et Rmistes, nous sommes solidaires contre la misère et l’exploitation sociale qui nous sont imposées par le capitalisme. Ce système est fondamentalement semblable à ses origines, en gros dans tous les pays de 5% à 10% de la population possède 50% et plus du patrimoine national et accapare les postes clé de la société. L’époque des ouvriers nettement différenciés socialement a été remplacée par une série de salariés ayant des compétences plus ou moins grandes, qui sont licenciés selon les besoins des entreprises. Aussi au zéro défaut et à la qualité des produits correspond le zéro respect des salariés.
Le capitalisme a plusieurs visages : l’État providence en France est en train de faire place au libéralisme. C’est la disparition sournoise et progressive des acquis de dizaines d’années d’actions et de pressions sociales, comme la Sécurité Sociale. C’est également la suppression de certaines habitudes des patrons d’entreprises : le respect et la stabilité de l’emploi des cadres et des ingénieurs. Le libéralisme privilégie la rentabilité immédiate, au prix de la multiplication des rendements, avec un personnel en baisse constante.
Les 500 entreprises transnationales les plus importantes produisent 25% du Produit Mondial Brut (et 70% du commerce mondial), mais elles n’emploient que 1,25% de la population active globale. Fortune, 1993.
Pendant ces six années [entre 1983 et 1988], le rendement courant moyen des placements financiers s’est accru de 46% ; [ ... ]Sur l’ensemble des dix dernières années de la période étudiée, soit entre 1982 et 1992, ce sont cependant les revenus du capital qui ont réalisé la meilleure affaire : leur part dans le revenu distribuable est passée de 9,9% à 17,2%, tandis que celle du travail indépendant et du travail salarié régressait, respectivement de 11, 6% à 10,0% et de 65,1 % à 61,6%, le solde étant représenté par les revenus primaires des administrations. Bihr Alain et Pfefferkon Roland Déchiffrer les inégalités, 1995, p. 81, 84.

L’action directe
Il s’agit de l’auto-organisation des salariés, du refus de passer par des intermédiaires (députés, bureaucrates syndicaux, élus ... ). C’est le choix de la pratique des Assemblées générales souveraines, avec si c’est nécessaire, des délégués désignés pour des mandats précis, et révocables à tout moment.
Méthode d’action directe essentielle, la grève, générale ou partielle, est l’arme privilégiée des salariés, l’outil de lutte que les patrons de tous les pays s’efforcent de limiter (législation), d’encadrer (rôle des bureaucraties) ou de briser (interdiction). La CNT favorise la grève active, celle qui permet aux grévistes d’occuper leurs locaux, de rencontrer les salariés d’autres établissements ou la population du quartier, de la ville. Et si la grève est l’élément essentiel du rapport des forces, elle est aussi un instant de vie qui permet l’instauration de nouveaux rapports entre ceux qui luttent, durant le conflit. Et au-delà du résultat de la grève, dans certains cas, ces liens nouveaux survivent longtemps à la lutte, créant dans l’atelier, le service ou le bureau un nouveau climat, le sentiment d’appartenance à une même communauté, malgré le patronat, les chefs, les conditions de travail et le bourrage de crâne idéologique.
Cette volonté d’agir sur le terrain de l’action directe des salariés amène naturellement la CNT à condamner toute pratique de collaboration de classes visant à faire accepter aux exploités les finalités du système. Aussi, dans le secteur public comme dans le privé, la CNT ne participe pas aux organismes de co(n)gestion, c’est-à-dire d’autoexploitation : comités d’entreprise, prud’hommes, délégués du personnel, commissions administratives paritaires dans le public.
L’objectif de ces structures n’étant pas d’œuvrer pour l’émancipation des travailleurs ou chômeurs, mais d’institutionnaliser l’action syndicale (en faire un organe peu différent d’un service public financé par le gouvernement, comme c’est le cas à 50% et plus pour les centrales syndicales officielles) et d’émousser la combativité du syndicat, en lui faisant perdre son caractère de classe, son identité révolutionnaire.
Si l’action des syndicats de la CNT les amène quelquefois à agir avec des délégués élus c’est sur la base de la Section Syndicale d’Entreprise, qui a la possibilité de désigner, et de contrôler, un Délégué Syndical, révocable à tout instant par les syndiqués. C’est le syndicat qui est l’unité de base de la CNT, c’est lui qui désigne et contrôle le délégué. Dans certaines conditions et surtout pour assurer son assise juridique et mieux lutter contre les patrons, des syndicats participent aux élections professionnelles et ont des élus, toujours avec le contrôle de la base.
La section agit en outre sur le terrain, avec les copains syndiqués et non syndiqués : c’est l’organe de la CNT dans l’usine, le bureau, le chantier, le service. De la même façon, le syndicat, quand nous sommes représentatifs sur le lieu de travail, peut si les informations nécessaires sur l’entreprise ne sont pas disponibles autrement, désigner un représentant (non élu)au Comité d’Entreprise.
Dans les conflits, la CNT agit pour que ce soient des délégués mandatés par l’Assemblée Générale qui négocient, sans prendre de décisions, toute proposition devant être soumise aux grévistes. Nous contestons donc à tout syndicat le monopole de la parole et la représentativité. Le syndicat, selon, nous, est un outil de combat, une force de propositions, mais ce sont les travailleurs en lutte qui doivent conserver la maîtrise de la direction de leur mouvement. La section syndicale et le syndicat ont cependant en tant que groupement permanent et en toutes circonstances leur autonomie d’explication et d’action.
Sur le plan des revendications, la CNT œuvre pour garantir la démocratie (rotation des tâches et droit de critique et de révocation des délégués aux différentes structures) et le caractère de discussion et d’analyse des assemblées générales de grévistes. Pour cela, il faut bannir des pratiques manipulatrices comme faire durer les réunions très tard pour ne prendre les décisions qu’avec les personnes restantes qui sont, curieux hasard, convaincues d’avance, alterner les votes à mains levées et à bulletin secret, selon la tactique de certaines organisations politiques. La CNT n’entend pas se 1imiter aux augmentations de salaires même s’il ne s’agit pas de minimiser l’importance des conflits sur ces questions. Le champ d’intervention recouvre d’autres secteurs : lutte pour l’abolition de la hiérarchie salariale, pour l’amélioration des conditions travail (hygiène, sécurité, charge de travail... ), la conception de la finalité du travail (reconversion de la fabrication des armes, l’éducation, etc.) pour la réduction du temps de travail, prise en compte de questions revendicatives hors de l’entreprise, conditions de survie des chômeurs et des précaires, actions sur le logement, les transports, l’environnement, l’école, anticléricalisme, antimilitarisme, antiracisme, lutte contre le sexisme, etc.
Cette approche, c’est le refus de la CNT de s’enfermer dans le cadre étroit du corporatisme, c’est l’action pour unifier, réunifier le tissu social (par la reprise des Bourses du Travail , comme à leur origine) que la bourgeoisie et le réformisme s’efforcent de lézarder, car la division des uns fait la force des autres. Il s’agit de briser les frontières entre les entreprises, le quartier et l’entreprise, tâche nécessaire et indispensable à un moment où le capitalisme exclut à tour de bras : chômeurs, précaires, Emplois-Jeunes, flexibles, auxiliaires, intérimaires.
La lutte des salariés ne situe pas seulement dans le cadre de l’entreprise. Elle passe également par les associations et autres organisations de citoyens qui, dans la politique et l’administration de la société, refusent le mandat électif, non révocable et incontrôlable, pour que leurs affaires soient des années durant gérées par des personnes intouchables et aux visées secrètes.
De fait le combat contre le mensonge et l’exploitation doit être mené là où il y a un travail, qu’il soit social ou productif, rétribué ou pas.
Le syndicalisme qui choisit de délimiter, et de restreindre, le champ revendicatif dans l’entreprise favorise la division, cantonne les ouvriers dans un rôle figé et les partis politiques sont alors présentés comme les seules instances aptes à gérer la société, avec leur rétention d’informations, l’opacité de leurs décisions qui explique tant de cas de corruption.

A 3 Ce que nous voulons :
Fonctionnement de la CNT

Structures
L’organe de base de la CNT c’est le syndicat. Ceux-ci se fédèrent ensuite en Unions Locales, ou départementales. Par ailleurs, les syndicats d’une même industrie se réunissent au niveau national en Fédérations (par exemple la Fédération des Syndicats CNT dans les PTT), pour étudier les problèmes techniques, revendications inhérentes à leur profession et pour coordonner leurs actions.
Du point de vue des structures, on a donc un regroupement, sur le plan territorial, des syndicats pour constituer des Unions Locales (U.L. ou unions Départementales, U.D.). L’U.L. est le lieu de l’interprofessionnel, c’est l’endroit où des syndicats de branches professionnelles différentes se retrouvent, brisant ainsi le corporatisme. Il faut signaler qu’il existe à la C.N.T des syndicats intercorporatifs (Interco) qui sont formés par des adhérent(es) qui n’ont pas encore de syndicats professionnels dans leurs secteurs ou qui ne peuvent en constituer. Ces syndicats ont le même statut qu’un syndicat professionnel. Généralement les U.L. sont constituées sur une ville (Exemple : l’U.L. de Lille). Sur le même modèle, il peut exister, au niveau d’un département, une Union Départementale (ou U.D.) qui regroupe les syndicats et adhérents isolés de ce département (Exemple l’U.D. du Val d’Oise).
En tout état de cause, dès que le besoin s’en fait sentir et que le niveau de développement de la CNT le permet, une Union Régionale (ou Zone) se constitue et fédère les syndicats et adhérents isolés de son aire géographique. Parallèlement aux unions régionales, les syndicats de la même branche peuvent se fédérer. (Exemple : union Régionale des syndicats Éducation Ile de France)

Organisation interne
La CNT se distingue des syndicats réformistes par son organisation interne et son mode de fonctionnement. Non seulement elle prône l’autogestion pour la société future mais elle tente de la mettre en pratique chez elle. Il n’y a pas à la CNT de permanents syndicaux. Les personnes qui exercent des fonctions (secrétaire, trésorier, publication du journal), le font après leurs heures de travail. La rotation des tâches est une constante de la pratique cénétiste. C’est une nécessité pour éviter l’épuisement à la tâche des mêmes militants. Cela a aussi pour but de former les adhérents pour qu’ils soient autonomes, responsables et polyvalents.
Il est certain que ce fonctionnement n’est possible à 100% que dans une petite organisation syndicale. Notre but est d’atteindre l’importance numérique la plus grande possible, avec le moins possible de permanents. Avec environ 600.000 affiliés dans les années 30, un syndicat ayant une pratique assez semblable à la nôtre, n’avait qu’une vingtaine de permanents pour les tâches syndicales et de propagande.
D’autre part les secrétaires ne font qu’exécuter les travaux que leur a assignés l’assemblée générale des syndiqués. De même que la base prend les décisions dans les syndicats, on retrouve le même processus au niveau des structures. Ce sont les syndicats réunis qui décident des orientations de l’Union Locale ou de l’Union Régionale. Il en va de même dans les Fédérations.

Congrès
Les orientations nationales de la CNT sont décidées en Congrès, tous les deux ans, où seuls les syndicats de base ont le droit de vote, un syndicat ayant une voix. Ainsi l’autogestion et le fédéralisme sont constamment mis en pratique. Nous sommes loin du fonctionnement bureaucratique et centralisé des autres centrales syndicales avec leurs élites décidant et négociant à la place de la base. Ainsi, grâce à la pratique des assemblées générales, (pour prendre les décisions importantes) et du mandat précis et révocable (pour les exécuter), personne ne peut prendre le « contrôle » de la CNT, ni décider quoi que ce soit à sa place.
Il est certain que ces choix de fonctionnement peuvent être accélérés en cas de décisions urgentes, de tracts avec d’autres syndicats, et discutés, ensuite, dans le syndicat.

Comité Confédéral National
À son stade de développement actuel, la CNT se réunit, sur le plan national, entre deux Congrès en CCN (Comité Confédéral National). Ces CCN regroupent des délégués des Unions Régionales ou Zones géographiques, les membres du Bureau Confédéral (BC), les représentants du Comité de Rédaction et de l’administration du journal Le Combat Syndicaliste. Sur des points ayant préalablement été débattus dans les syndicats et, éventuellement, dans le Bulletin Intérieur (B.1.), le CCN étudie des questions d’actualité, résout des problèmes de développement, effectue des choix de campagnes nationales, détermine la Propagande à réaliser (thèmes, matériel... ).
Le Bureau Confédéral (B.C.)
Élu au Congrès, il est composé de quelques membres qui ont des tâches précises : gestion des contacts isolés, informations par circulaires confédérales, relations internationales, trésorerie confédérale.
En aucun cas, le BC n’a à prendre de décisions
à la place des syndicats. Son rôle est un travail de coordination.

Le Bulletin Intérieur (B.1.)
Le B. 1. est un bulletin de liaison interne des syndicats et adhérents(es), il organise la circulation directe de 1’information : c’est donc un lieu d’échanges et de débats. Sa parution est sous la responsabilité d’un syndicat, pour une durée de deux ans.
Les organes confédéraux
Le Combat Syndicaliste est le mensuel de la Confédération. Son comité de rédaction est désigné par le congrès et responsable devant lui. Tout syndicat et syndiqué peuvent envoyer des articles d’informations sur les luttes et les problèmes actuels. La rédaction répond du contenu des articles. Si un article est refusé, son auteur peut le proposer au B.I.

Les Temps Maudits est la revue de réflexions et de recherches de la Confédération. Le comité de réaction est désigné par le congrès, il peut solliciter des collaborateurs en dehors de la Confédération en tant que personnes ressources. Il est responsable devant le congrès. Chaque article engage son auteur.

Les sigles à connaître

Assemblée (groupement du plus grand nombre et l’obligation morale d’y assister ou de s’excuser de ne pas y être)
BC (Bureau Confédéral, l’instance responsable sur le plan national)
BR (Bureau Régional, qui représente les syndicats d’un secteur géographique)
CCN (Comité Consultatif National, qui réunit les UR entre chaque congrès pour faire le point sur les questions importantes, en général tous les quatre ou cinq mois)
Congrès (réunion de tous les syndicats pour délibérer sur les questions et tactiques intéressant la Confédération, en général tous les deux ans)
Plénum (terme plus chic que réunion synonyme d’assemblée)
Réunion (groupement)
UR (Union Régionale)

B Qu’est ce qu’un syndicat CNT ?

B 1 Ce que nous faisons réellement :
La CNT de l’intérieur

Toutes les recommandations et tous les statuts pour l’autonomie et l’autogestion de la pratique syndicale ne servent à rien s’il n’y a pas de volonté de coopérer, comme en couple et en groupe. Cette logique doit apparaître dans toutes les attitudes :
On ne peut prêcher la fraternité et être ensuite susceptible, vindicatif, criticailleur, bagarreur, diffamateur ou envieux. On ne peut prétendre être un admirateur de la liberté et un combattant de l’émancipation ; être ensuite intransigeant et enclin à s’imposer dans les conversations, . les réunions et les contacts sociaux ; puis chez soi envers sa femme et ses enfants être un tyran et un inquisiteur, voire même un misérable exploiteur.4
Évidemment, on peut craindre de tomber dans le moralisme béat, oublieux de l’exploitation au profit de la criticaillerie justement rejeté dans la citation. En toute chose, il faut un minimum d’équilibre, donc d’humour. Le syndicat est un espace de discussion et de critique dans la sympathie, la tolérance et la liberté pour échapper au climat de compétition et de hiérarchie imposé par la société d’exploitation. S’énerver, parfois, parce que tous les syndiqués n’en font pas assez, pourquoi pas ; mais devenir pour cela impossible à vivre et chercher la friction entre militants, c’est tomber dans la bêtise.
* * *
Il est évident que le syndicalisme ne peut être efficace que s’il offre une interprétation claire de la situation des salariés.
Dans le cadre actuel du pays, l’exploitation et les déséquilibres sociaux et économiques viennent d’un ensemble de techniques et de pensées qui s’appellent le capitalisme. Dans le cadre différent du Tiers Monde il est clair qu’on voit comment le capitalisme manipule, en gangrenant les élites dirigeantes des pays concernés. Pour et les ex pays (et les pays encore) marxistes léninistes, il est certain que cette idéologie et l’imitation du capitalisme qu’elle colporte, ont entraîné un fiasco, dont les restes (xénophobie, désastres écologiques, vide moral) pourrissent le présent.
La tendance est grande pour le syndicalisme d’offrir une autre morale. Mais le danger est fort de faire une part de plus en plus importante à des problèmes futurs (et dont la solution n’est ni urgente ni même visible à long terme), au détriment des luttes actuelles, des contre-attaques à mener pour que les acquis ne soient pas progressivement laminés. Autrement dit, il ne faut pas confondre le syndicalisme, forcément anticapitaliste, et l’attitude qu’il serait souhaitable d’avoir sur la religion, la sexualité, la rémunération dans une société non capitaliste, etc. De plus, le syndicalisme d’aujourd’hui a beaucoup à faire pour ne pas tomber dans les obstacles que créent des oppositions particulières au capitalisme : tel mouvement religieux, tel groupe nationaliste, qui divisent les salariés entre bonnes et mauvaises pratiques religieuses, nationalistes, etc. Nos exploiteurs sont aidés par les divisions artificielles qui cloisonnent les salariés. Les collègues d’une autre ethnie, d’une autre religion sont aussi exploités que nous. Notre union permet de faire reculer les exploiteurs.
* * *
Cette organisation syndicale a une histoire, avec ses heures de gloire, et il y a forcément des échecs. Quels défauts sont apparus ? Comment faire pour qu’ils réapparaissent pas ?
Trois graves dysfonctionnement sont visibles. Le premier est le non respect des accords des syndicaux par certains responsables, croyant agissant dans l’urgence, pour le bien à leurs yeux, des intérêts de la Confédération. Le deuxième est la trop grande importance donnée à l’action syndicale de base, au point de ne pas voir et ne pas vouloir analyser la situation d’ensemble de l’exploitation, ce qui fait perdre des possibilités d’alliance, de contre-attaque. Le troisième est l’insistance exagérée sur des notions théoriques (est-il réformiste ou pas de participer à telles élections de délégués de salariés, était-il positif de faire une action ponctuelle avec telle section d’un autre syndicat, etc.) et le refus de l’action syndicale quotidienne, sous prétexte de réformisme, de faire le jeu du patronat.
Comment surmonter ces défauts ? C’est seulement l’analyse avec sang froid et la recherche d’une efficacité maximum qui peuvent nous aider. Le présent, le futur sont notre affaire, notre invention, grâce à notre sens du refus de l’exploitation capitaliste et aussi à l’aide de l’expérience.
* * *
Un point important est d’établir des barrières nettes entre le militantisme syndical et une éventuelle activité idéologique.
Sur le plan syndical, la section défend des revendications concrètes, cherche à s’étendre (prosélytisme).
Sur le plan idéologique, un groupe défend une interprétation ou une action qui n’a pas forcément de rapports avec les problèmes du salariat (nationalisme vasque, Franc-Maçonnerie, Amnesty International, etc).
* * *
Il ne faut jamais oublier trois garde-fous.
Il faut garder une vision globale : les luttes revendicatives deviennent réformistes à mesure que la perception de leur nature révolutionnaire décroît. Il faut donc garder en tête notre but anticapitaliste.
D’abord, le syndicalisme représente un grand dévouement, mais cela ne donne pas aux militants le droit de se considérer comme une élite, surtout quand il entre dans leur militantisme une part de fierté personnelle. Enfin, si un syndicalisme efficace suppose d’être avec des camarades solidaires, il faut se montrer suffisamment tolérant envers la fatigue, l’instabilité de certains, et aussi exigeant parfois face à la paresse possible d’autres, parce que nous-mêmes nous connaissons ces moments.
Un problème fondamental est celui du temps en partie pour le syndicat et en partie pour la vie privée. Une bonne harmonie est nécessaire pour ne pas rater l’un et l’autre. Dans le syndicat il faut aller à l’essentiel : la formation et 1’information des camarades d’abord, et, si possible simultanément, répondre, réagir aux propositions des différentes instances de la Confédération. La routine peut amener les syndicats à envoyer très peu d’informations sur les initiatives régionales et nationales. Dans une organisation qui veut avoir des rapports égalitaires horizontaux et ne pas accepter de tutelle d’en haut, Il faut obligatoirement donner des avis rapidement et souvent.
La rotation des tâches doit entrer dans les murs en limitant nos mandats de secrétaires, de trésoriers, de délégués élus, à deux ans. afin de former le plus possible de camarades,. Dans les petits syndicats, au bout d’un an, on peut envisager de redésigner un camarade ayant déjà rempli ces fonctions.
Le militantisme entraîne des réunions, mais quelquefois les distances sont grandes entre nos lieux de travail et de résidence et le lieu de la réunion, sans compter le problème pour le syndiqué(e)s habitant hors département. Il y a également les distributions de tracts (à la sortie d’entreprises, sur des marchés, etc.). Il y a, éventuellement, des réunions publiques où nous traitons un thème précis. Il y a, enfin, la possibilité de la communication d’informations venant du lieu de travail (ou d’ailleurs), de suggestions, de réactions sur l’actualité, que nous acceptons bien volontiers pour les discuter et, suivant les priorités, les reproduire dans nos bulletins. Et, bien entendu, le militantisme c’est contribuer à renforcer le syndicat par un chèque (la cotisation syndicale correspond à 1% du salaire, ou selon les possibilités de chacun)....

La C.N.T. et la légalité
Le taux de syndicalisation en France est de 3% sur 14 millions de salariés. Dans de nombreuses petites entreprises le syndicalisme relève presque de l’héroïsme et la déclaration d’un syndicat est une protection minimum. La procédure est très simple. Il suffit de déposer à la mairie, en deux exemplaires, les statuts et le nom des administrateurs (le bureau) du syndicat. L’enregistrement donne la personnalité juridique mais non la plénitude des droits syndicaux. Celle-ci est subordonnée à la reconnaissance de la représentativité.
Cinq syndicats sont, de par la loi, toujours représentatifs à quelque niveau d’appréciation que ce soit, de la nation à l’établissement : C.F.D.T., C.F.T.C., C.G.T., F.O. et C.G.C.
Les autres syndicats, comme la C.N.T., doivent faire la preuve de leur représentativité dans le cadre de l’exercice d’un droit. Par exemple :
- représentativité dans l’entreprise pour créer une section syndicale et nommer un délégué syndical, signer un accord d’entreprise, présenter des candidats au premier tour des élections professionnelles ;
- représentativité dans la branche professionnelle pour signer une convention collective de branche.
Un syndicat qui s’estime représentatif peut voir celle-ci contestée par l’employeur ou d’autres syndicats représentatifs. C’est le juge qui tranche, en principe le tribunal d’instance en matière de droit syndical et d’élections, le tribunal de grande instance en matière conventionnelle. Le juge se fait une opinion à partir de- cinq critères énoncés à l’article L. 133-2 du Code du travail :
- les effectifs du syndicat qui doivent être suffisants par rapport au nombre de salariés concernés ;
- l’indépendance à l’égard de l’employeur (et non à l’égard des partis politiques ou d’une idéologie) ;
- les cotisations dont le montant garantit l’indépendance ;
- l’expérience et l’ancienneté du syndicat ;
- l’attitude patriotique pendant l’occupation (pour mémoire).
À ces critères, le juge en ajoute un sixième : l’audience principalement constatée au regard des élections professionnelles.
En réalité, le système de représentativité étant de plus en lus contesté, ses aspects antidémocratiques et ridicules au regard de la représentation des travailleurs étant de plus en plus évidents, les juges se montrent de moins en moins exigeants pour reconnaître la représentativité.
La représentation dans le secteur privé
À supposer qu’elle remplisse les critères de représentativité, la C.N.T. n’adhère pas à tous les aspects du droit du travail en matière de représentativité du personnel au niveau de l’entreprise. Elle distingue entre les institutions selon qu’elles répondent à ses principes : non-collaboration de classes, contrôle du syndicat sur des mandatés.
- Le délégué syndical d’entreprise étant directement nommé et révoqué par le syndicat, n’ayant qu’une fonction revendicative et pouvant signer accords, est une institution que la C.N.T. reconnaît pleinement. C’est d’ailleurs sa méthode ordinaire d’implantation dans une entreprise d’au moins cinquante salariés. La nomination d’un délégué syndical implique l’existence d’une section syndicale. Ensemble ils disposent de droits : heures de délégation, affichage, collecte des cotisations, réunions dans l’entreprise, local syndical ; droits qui s’exercent sous diverses conditions pratiques et en fonction des effectifs de l’entreprise.
- Le délégué syndical au comité d’entreprise qui représente le syndicat, même si celui-ci n’a aucun élu, est aussi utilisable et permet d’appliquer certaines stratégies de contrôle sur le comité d’entreprise.
- Le délégué du personnel est élu dans les entreprises d’au moins onze salariés. La C.N.T. utilise cette institution pour s’implanter dans les petites entreprises bien qu’elle implique une participation aux élections professionnelles. Dans les entreprises de moins de cinquante salariés, un délégué du personnel peut ensuite être nommé délégué syndical pour la durée de son mandat. La C.N.T. doit utiliser systématiquement cette possibilité.
- Le comité d’entreprise est l’institution de collaboration de classe par excellence puisque y participent employeur et représentants des salariés pour, le plus souvent, entériner les décisions de l’employeur ou pour gérer des œuvres sociales qui n’en ont plus que le nom. La C.N.T. refuse absolument la participation au comité d’entreprise sauf dans quelques cas de grande répression syndicale ou l’élection de ses représentants leur évite un licenciement certain. Leur élection n’implique d’ailleurs pas qu’ils participent au comité.
La C.N.T. n’a donc pas de position dogmatique en matière de représentation des salariés. Elle à une stratégie générale et une tactique locale et ponctuelle qui s’appuient sur l’expérience et en considération de chaque situation particulière.
La représentation dans le secteur public
Bien que chaque administration, chaque entreprise publique puisse avoir des règles particulières, en général, dans le secteur Public, la représentation du personnel est très institutionnelle. Au travers des commissions administratives paritaires, des comités techniques ou autres, elle a toujours une finalité de collaboration entre l’administration comme employeur et ses agents. La C.N.T. ne participe pas à ces commissions et aux élections qui les précèdent. Parfois des syndicats se présentent à ces élections pour pouvoir faire connaître leur position et leurs critiques du système. Mais c’est au travers de sa présence sur le terrain et de l’action qu’elle se fait reconnaître par l’administration.

B 2 Avec qui nous agissons :
La CNT et l’extérieur

Vis à vis de l’État, d’un gouvernement, la CNT ne peut qu’exiger le maximum pour les salariés et contre le capitalisme.
Le problème réel est celui des alliances : elles sont naturelles, nécessaires, sur le plan des actions locales, régionales. Au plan national, les États-majors créent en général des problèmes en ne suivant pas les accords locaux de leurs syndicats. De plus, ils ont l’habitude de bloquer les informations, d’en faire la rétention. Notre rôle est de faire circuler les infos sur le plan horizontal, de démontrer que la démocratie syndicale pour tous, la solidarité du tous ensemble, sont notre pratique.
Au plan local, il est certain que les ouvertures possibles sont claires parce que les sections syndicales et les militants des autres organisations sont souvent plus souples que leurs direction.
Les grandes centrales suivent en général deux tactiques nationales. La première est de commander des actions avec tout le poids de leur réclame (comme voter aux élections prud’homales, ou telle journée d’action). La deuxième est de laisser chaque syndicat décider de la marche à suivre, en donnant parcimonieusement les échos de ce que font les autres syndicats. C’est bien entendu lorsque les centrales veulent freiner un mouvement de lutte (pour maintenir leur tactique secrète sur le plan politique) qu’elles agissent ainsi. C’est à la CNT de pointer les pratiques non démocratiques de certaines organisations syndicales et politiques.
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Voilà un exemple passé, la grève d’août 1953 chez Renault, où chacun pourra reconnaître des échos du présent :
Depuis plusieurs années les méthodes de lutte employées par les syndicats sont des débrayages limités à une demi-journée, une heure, une demi-heure, ou un quart d’heure, ou bien des listes de pétitions ou tout le monde signe, ou bien encore les délégations d’une poignée d’ouvriers auprès du chef du département. Au mois d’août les ouvriers comprirent qu’il fallait tout arrêter pour obtenir une revalorisation générale des salaires. Mais là encore ils s’opposèrent aux syndicats qui enfermèrent cette grève dans les cadres de la légalité.
Au meeting du jeudi les ouvriers avaient accueilli favorablement les propositions de Linet d’aller en délégation au Ministère. Mais là encore pour les syndicats il ne s’agissait que de délégations limitées à quelques ouvriers. Pas question de manifestations de masse pour une bureaucratie qui n’avait aucun intérêt à voir un mouvement dépasser ses objectifs à elle. (Daniel Mothé Socialisme ou Barbarie N’13),
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Pour Mothé, les syndicats manipulent ainsi : Le premier moyen pour s’opposer à un mouvement est tout d’abord pour le syndicat de rompre les habitudes, ne plus donner de directives, faire le silence.
Ce silence est d’autant plus facile que toute la presse de l’usine est entre les mains de la bureaucratie syndicale, les ouvriers n’en ont aucun contrôle. Il est arrivé souvent que des ouvriers prêts à se lancer dans un mouvement y renoncent parce qu’ils s’aperçoivent que les syndicats ne les soutiendront pas.
Si cette sorte de passivité ne suffit pas à entraver la volonté des ouvriers, on propage le défaitisme, on démoralise les plus combatifs. La méthode de la bureaucratie syndicale ne diffère pas de celle des patrons. Surtout il s’agit de diviser. On sème la méfiance et la suspicion au sein des ouvriers : « Vous ferez grève mais les autres ne vous suivront pas, même s’ils prétendent le faire. Ils vous abandonneront en pleins mouvements. On jette le discrédit sur les plus combatifs. « Toi, tu es pour la grève parce que tu n’as pas d’enfants à nourrir ». On reproche à celui qui veut débrayer de ne pas
l’avoir fait dans les mouvements précédents. On essaie de discréditer ceux qui sont pour la grève avec des arguments politiques. On donne des informations fausses sur la situation dans les autres secteurs en faisant croire que les autres ouvriers ne sont pas d’accord.
Comment les ouvriers peuvent-ils vérifier de telles choses ? C’est le syndicat qui est l’organe de centralisation. Seuls les délégués ont le droit de se déplacer, d’aller voir et de s’informer.
On exagère la puissance du syndicat pour inviter les ouvriers à faire confiance à cet organisme, mais dès qu’il s’agit de freiner un mouvement, on montre la faiblesse et le manque de cohésion des ouvriers livrés à eux-mêmes. On fait pression sur la situation financière qu’entraîne une grève en S’appuyant sur un fait bien connu que dans ces moments-là les caisses de solidarité des syndicats sont à peu près vides. On fait jouer la crainte du gendarme. « Vous voulez la bagarre, mais c’est nous que l’on boucle s’il y a un pépin », disent les délégués aux ouvriers trop combatifs. On conseille la prudence en montrant que les actions diplomatiques de la bureaucratie syndicale valent mieux que les actions « inconsidérées » des ouvriers. « ayez confiance, on s’en occupe. » Etc..
Ainsi la démoralisation des ouvriers, qui n’est que le résultat des manœuvres de la bureaucratie syndicale est présentée comme un état permanent dans lequel se trouve le prolétariat. En fait cette passivité est savamment entretenue par les syndicats qui ont relégué définitivement les ouvriers à un rôle de simples exécutant. (Mothé, o.c.)
L’expérience prouve que bien des hypocrisies d’hier sont des réalités d’aujourd’hui.

B 3 Ce que nous voyons : la CNT dans l’histoire et vers le futur

Un certain nombre d’entre nous ont partagé beaucoup de luttes avec l’anarcho-syndicalisme espagnol. D’autres sont attirés par un syndicalisme vigoureusement revendicatif, enfin d’autres envisagent la lutte émancipatrice contre le capitalisme. Parfois les trois plans se rejoignent chez certains. Aujourd’hui, tous nous refusons l’exploitation actuelle, la mise au chômage des salariés et leur précarisation.
 l’aube du XXI siècle, la CNT et ses adhérant ne peuvent se borner à une seule source idéologique. Nous défendons un syndicalisme qui ne cède pas au exploiteurs. Cette pratique est aussi vieille que le mouvement des salariés. Depuis Spartacus, les jacqueries médiévales, la révolution française, les travailleurs luttent pour leur liberté. Elle arbore différentes étiquettes, à commencer par n’en avoir pas, comme la naissance des soviets en Russie, ou par se réclamer de l’AIT, du syndicalisme révolutionnaire en France et d’autres pays, de l’anarcho-syndicalisme en Espagne, des IWW aux Etats-Unis et une partie de l’Amérique Latine, de la FORA en Argentine, du spartakisme en Allemagne, certains même évoquent des expériences minuscules comme le communisme des conseils de quelques groupes de dizaines de travailleurs (qui ont existé en Hollande, Australie, France et USA).
L’AIT (Association Internationale des Travailleurs ; actuellement virtuelle) du XIX siècle regroupait toutes les tendances des salariés : réformistes mous, réformistes durs, socialistes autoritaires, socialistes libertaires. L’évolution historique, avec les révolutions soviétique et espagnole notamment, a démontré que les organisations des salariés peuvent se suffire à elles-mêmes pour organiser la société. Une société qui sera organisée par la libre fédération de collectifs autonomes volontairement unis par affinité géographique, économique, etc., fonctionnement de bas en haut, appliquant la rotation des tâches et la révocation permanente, de la façon la plus libertaire possible.
Ces bases étant claires. Il est difficile de donner des descriptions historiques définitives car on peut tout aussi bien décrire les IWW ou la CNT d’Espagne (en insistant sur les dirigeants) comme des organisations qui allaient en grande partie vers un syndicat-parti ouvrier participant à un gouvernement de gauche, que (en insistant sur les syndiqués) des organisations syndicales de base repoussant toutes les déviations politicardes.
L’important est de recueillir les apports libérateurs de ces différents mouvements et de tenir compte des réalités actuelles dans notre action quotidienne. C’est en prenant à bras le corps libertaire les problèmes organisationnels quotidiens de l’autogestion syndicale, que nous donnons un sens aux pratiques du passé. Ici en France, c’est en manifestant notre solidarité pratique la plus étendue possible que nous démontrons notre internationalisme.

B 4 Annexe : un exemple de statut

Confédération Nationale du Travail
Association Internationale des travailleurs
Procès-verbal de Constitution du Syndicat de ...

Réunis en Assemblée Générale le ... à ..., les travailleurs de ... (département, ville) présents ont décidé de constituer le Syndicat des Travailleurs de ... (département, ville) qui adhère à la Confédération Nationale du Travail, elle-même adhérant de l’Association Internationale des Travailleurs.
Les statuts joints ont été adoptés à l’unanimité.
Le Syndicat est administré par un Bureau de deux membres. À cet effet, ont été élus par l’Assemblée Générale : Secrétaire nom et prénom date et lieu de naissance, nationalité, adresse, profession
Trésorier nom et prénom, date et lieu de naissance nationalité, adresse, profession
Le siège du Syndicat se situe ....Certifié conforme, le secrétaire. Certifié conforme, le trésorier.
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Confédération Nationale du Travail
Association Internationale des travailleurs

STATUTS du Syndicat de ... de (département)

Constitution
Article 1 : Conformément au Livre IV du Code du Travail, il est fondé entre ceux qui adhèrent aux présents statuts, un Syndicat qui prend pour nom : Syndicat des Travailleurs de ... de (département). Son Siège est installé à .....
Article 2 : Le Syndicat groupe les Travailleurs de ...(département, ville) adhère à l’Education a la Confédération Nationale du Travail, organisme confédéral français, faisant partie de l’Association Internationale des Travailleurs.
Article 3 : Le Syndicat s’autorise dans ses réunions toute analyse de la situation politique, économique, sociale, culturelle, écologique française et internationale ; mais s’interdit toute adhésion à des organisations politiques, religieuses ou philosophiques.
La durée de ce Syndicat est illimitée ainsi que le nombre de ses adhérents. Il ne sera admis dans le Syndicat ni membres honoraires, ni membres bienfaiteurs.

But du Syndicat
Article 4 : Le Syndicat a pour but :
- de créer des liens de solidarité et d’entraide entre les Travailleurs,
- de défendre les intérêts moraux, économiques et professionnels des Travailleurs,
- de former et d’organiser les Travailleurs pour l’abolition de l’état du patronat et du salariat.
La poursuite de ces buts suivant les principes de l’anarcho-syndicalisme et du syndicalisme révolutionnaire constitue une reconnaissance de la lutte des classes.

Adhésion
Article 5 : Peuvent faire partie du Syndicat tous les Travailleurs de l’Education sans distinction de sexe, de nationalité ou de statut professionnel.
Article 6 : Le montant de la cotisation est fixé à 1 % du salaire net mensuel.
Article 7 : Peuvent être exemptés de la cotisation les syndiqués malades pour une longue durée, en prison, à la caserne ou subissant une diminution grave de leurs ressources.

Assemblées Générales
Article 8 : Le Syndicat se réunit en Assemblée Générale ordinaire une fois par mois à date fixe. Le Bureau avertit les adhérents au moins huit jours à l’avance en cas de changement de date. L’ordre du jour de l’Assemblée Générale Ordinaire est envoyé à chaque adhérent au moins huit jours à l’avance. Les décisions se prennent à la majorité des présents. La modification des statuts et l’exclusion d’un ou plusieurs adhérent ne peuvent être prises qu’en Assemblée Générale Extraordinaire.
Article 9 : L’Assemblée Générale Extraordinaire est convoquée par le Bureau à son initiative ou à la demande d’un quart des adhérents. L’Assemblée Générale Extraordinaire est réunie au moins une fois par an au printemps.
L’ordre du jour de l’Assemblée Générale Extraordinaire est envoyé à chaque adhérent au moins quinze jours à l’avance.
L’Assemblée Générale Extraordinaire décide des orientations générales du Syndicat et désigne le Bureau. Les décisions se prennent à la majorité des présents.
Aucune décision ne peut être prise hors la présence d’un quart au moins des adhérents.
Le cas échéant, l’Assemblée Générale Extraordinaire modifie les statuts et se prononce sur les demandes d’exclusion. Ces décisions sont prises à la majorité des présents, majorité des présents qui dans ce cas doit représenter au moins la moitié des adhérents.

Bureau du Syndicat

Article 10 : Le Bureau du Syndicat est composé d’un secrétaire et d’un trésorier. L’Assemblée Générale peut désigner des commissions chargées de traiter des problèmes spécifiques. Ces commissions travaillent en coordination avec le Bureau.
Article 1l : Le Bureau est chargé de l’organisation de la vie courante du Syndicat et du suivi d’exécution des décisions prises par les Assemblées Générales.
Article 12 : Il est élu pour un an par une Assemblée Générale Extraordinaire. Le Bureau est révocable par une Assemblée Générale Ordinaire, une Assemblée Générale Extraordinaire étant alors convoquée pour pourvoir à son remplacement.
Article 13 : Les membres du Bureau ne doivent exercer aucune fonction de représentation ou d’organisation dans aucune organisation politique, religieuse ou philosophique. De plus, ne peut être membre du Bureau l’adhérent qui a été désigné pour exécuter un mandat régional ou national dans la CNT.
Article 14 : Les membres du Bureau ne sont rééligibles qu’une seule fois, soit un mandat maximum de deux ans au total. Une période de deux ans devra s’écouler avant qu’un membre du Bureau ayant exécuté un mandat (que celui ci ait duré un an ou deux ans) ne soit à nouveau rééligible.
Article 15 : Tout adhérent peut assister aux réunions du Bureau et se faire communiquer copie des documents administratifs et comptables du Syndicat.

Dissolution
Article 16 : Le Syndicat ne peut être dissous que par une Assemblée Générale Extraordinaire à la majorité des quatre cinquièmes des adhérents à jour de cotisation.
En cas de dissolution, les fonds, les biens meubles et immeubles du Syndicat sont remis à la CNT sous contrôle du Bureau Confédéral de cette confédération.

B 5 Bibliographie

Il y a des centaines de livres et d’études universitaires en une douzaine de langues ; de plus de nombreux ouvrages sont épuisés. Nous ne citons que ceux qui sont disponibles auprès du service librairie de la CNT.

Sur le syndicalisme révolutionnaire et l’anarcho-syndicalisme :

Bance P. La CGT et le droit (voir la CNT RP)

Pouget La CGT, Le Parti du Travail CNT RP, 240 p., 60 F

Besnard P. Les syndicats ouvriers et la révolution sociale (voir la CNT RP)

Sur l’histoire du syndicalisme anti-capitaliste

Anarchisme et syndicalisme le congrès anarchiste international d’Amsterdam (1907) Nautilus, 232 p. 60 F

Paz Abel Chronique passionnée de la Colonne de Fer Libertad-CNT RP, 1997, 312 p., 70 F
La collectivité de Calanda 1936-1938. La révolution sociale dans un village aragonais CNT RP, 144 p., 50 F

Richards V Enseignement de la révolution espagnole Acratie, 222 p., 110 F