Lettre ouverte : au Gouvernement, aux partis ayant une representation parlamentaire et aux collectifs de la Mémoire historique

dimanche 9 septembre 2007, par Martín Bellido Antonio, Alberola Octavio

Lettre ouverte : au Gouvernement, aux partis ayant une representation parlamentaire et aux collectifs de la Mémoire historique

La Vice-présidente première du Gouvernement, María Teresa Fernández de la Vallée, a souligné à la fin du mois d’août l’importance des "six mois passionnants" que l’Exécutif a devant lui jusqu’aux élections générales de mars.
Le Président du Gouvernement, José Luis Rodríguez Zapatero, a affirmé, il y a quelques mois que parmi les lois à approuver était celle de "la mémoire historique" ; mais dans une entrevue publiée dimanche passé dans le journal El Pais il n’a fait aucune référence à elle et a seulement dit que "il reste 30 lois en suspens dans le Parlement " et que "nous devons profiter de la législature jusqu’à la dernière minute".

Le Gouvernement profitera "jusqu’à la dernière minute de" ces "six mois passionnants" pour approuver la loi de "Mémoire Historique" que les parents des victimes de la répression franquiste attendent depuis tant d’années ?
Nous ne le savons pas ; mais le fait est que depuis la constitution de la Commission interministérielle en 2004, les promesses et les ajournements se sont succédés, et que ce ne fut qu’en juillet 2006 que le Conseil des Ministres a approuvé et a présenté le Projet de loi.

Ensuite, ce Projet a été classé, n’ayant pas obtenu un consensus sur l’annulation des sentences prononcées par les tribunaux franquistes, et c’est seulement vers le milieu du mois d’avril dernier que le PSOE et le IU-ICV sont arrivés à un accord pour la débloquer en décidant d’inclure dans le texte "l’illégitimité des tribunaux et des procès judiciaires organisés pour des motifs idéologiques pendant la guerre civile et le franquisme". Mais les autres partis n’ont pas assumé cet accord et le Projet a continué à être en attente au Parlement.

Le Gouvernement a cru pouvoir compter finalement avec la CiU [catalanistes] ; mais ce parti a demandé, le 30 du mois dernier, que la loi fasse mention des "abus" commis par le camp républicain pendant la guerre. À cette exigence la Vice-présidente première du Gouvernement a répondu que la loi prétend reconnaître l’atteinte aux droits des victimes du conflit et ne pas établir une "valorisation historique de ce qui est arrivé".

Nous en sommes là et les délais sont chaque fois plus courts pour que la loi la plus polémique de la législature puisse sortir du Congrès et retourner du Sénat avant que le Gouvernement dissolve les Cortes pour convoquer les élections. Nous ne savons pas si le refus d’incorporer la proposition de CiU peut "compliquer" encore plus l’approbation "du Projet de Loi par lequel sont reconnus et étendus les droits et établies des mesures envers ceux qui ont souffert de persécution ou violence pendant la Guerre Civile et la Dictature" ; mais ce que nous savons TOUS est que, si l’on laisse passer cette occasion, la réhabilitation et les droits de "ceux qui ont souffert de persécution ou violence pendant la Guerre Civile et la Dictature", pour avoir combattu pour l’obtention des libertés, seront classés indéfiniment.

Devant une perspective tellement honteuse, et puisque la prétention de l’Exécutif - selon la Vice-présidente - n’est pas celle d’établir avec cette Loi une "valorisation historique de ce qui est arrivé" ; mais celle de dédommager les personnes "qui perdirent le droit à la reconnaissance après la guerre", nous considérons que le devoir de TOUS est celui d’atteindre cet objectif avant qu’il ne soit trop tard.

Que le Gouvernement socialiste et les Partis assument leur responsabilité politique et morale de ne pas avoir été capables - plus de 30 ans après la disparition du Dictateur - de mettre fin au déshonneur d’une Démocratie qui valide les crimes de la Dictature. Et cela bien que la réparation intégrale - sans palliatifs - des victimes du franquisme soit une clameur parmi les secteurs les plus démocratiques de la société espagnole. Ils avaient l’occasion de le faire dans cette législature et de gagner la considération de tous les démocrates. Cette position a été préalablement assumée par le Conseil de l’Europe dans une déclaration solennelle et catégorique dont le gouvernement socialiste espagnol jusqu’à présent n’a pas tenu compte.

Qu’ils assument le fait d’être seulement capables de proposer une déclaration générale d’"illégitimité" des procès judiciaires franquistes. Les responsables d’une telle lâcheté devront l’assumer devant les Espagnols et l’histoire. Oui, qu’ils assument le fait de simplement déclarer "illégitimes" les sentences des Conseils de la guerre et des organes pénaux répressifs de la dictature franquiste, alors qu’ils sont, le Gouvernement et les Partis, ceux qui devraient se sentir les plus concernés par cette honteuse continuité institutionnelle de la Dictature dans la Démocratie. Nous avons rempli notre devoir en le dénonçant. Le sien était et est encore celui d’y mettre fin. Pour cette raison, ce qui doit nous préoccuper vraiment, à nous et à tous les collectifs de la mémoire historique, c’est que les personnes "qui ont perdu le droit à la reconnaissance après la guerre" puissent obtenir DES MAINTENANT la reconnaissance des droits que pour diverses "raisons" administratives, qui ne leur ont pas été reconnus jusqu’à maintenant.

Dès lors, notre principale exigence doit maintenant être celle d’inciter le Gouvernement et les Groupes parlementaires à faire DES MAINTENANT ce qui est possible. Leurs lâchetés et leurs démagogies ont été suffisamment mises en évidence tout au long de ce processus de récupération de la Mémoire historique,
un processus qui les a obligés à assumer, après tant d’années d’amnésie, la dette morale et politique qu’ils avaient avec les victimes de la répression franquiste. Cette dette ne sera pas totalement soldée avec la déclaration institutionnelle d’"illégitimité " du tribunal qui condamna beaucoup de ces victimes, et d’"injustice", envers celles qui furent condamnées sans être jugées. Et elle ne se soldera pas en considérant cette reconnaissance insuffisante.

Donc, c’est un compromis moral incontournable de faire tout ce qui sera possible pour que les victimes puissent faire valoir leurs droits avant qu’il ne soit trop tard.

Madrid, 4 septembre 2007
Par "le Groupe pro révision du procès Delgado- Delgado"
Octavio Alberola Antonio Martín Bellido