Note biographique sur Maria Isidine ou Maria Korn ou Marie Goldsmit(h) (Max Nettlau)

mardi 25 décembre 2007, par Nettlau Max

Note biographique sur Maria Isidine ou Maria Korn ou Marie Goldsmit(h)

Extraits d’une lettre manuscrite en français, datée du 16 janvier 1933, adressée par Max Nettlau à Federica Montseny. (1)

Ces temps-ci, voici encore une tragédie : la (mort de Marie Goldsmith qui a écrit encore dans Plus Loin n°93. Sa mère faisait partie ides étudiantes russes à Zurich en 1872-73, du temps de Bakounine. Elle était une amie de Véra Figner [...]. Quelques années après, en Russie, son mari publia Znanie, revue à tendance positiviste, mais fut exilé quand même ; dans le nord (à Pinega, presque aussi loin qu’Arkhangelsk). C’est là que Marie est née, a été élevée. Puis Isidor Goldsmith (son père) mourut."

"Sa mère vint à Paris, où Marie étudia les sciences ; elle fut docteur en sciences naturelles et se spécialisa dans la psychologie, des animaux. Elle fut longtemps secrétaire de L’Année biologique du professeur Yves Desloges. Elle traduisit L’Ethique de Kropotkine. Elle était très liée avec Pierre Lavrov et dans les années 1890 avec Kropotkine. Enfin elle fit partie du groupe des Etudiants socialistes Révolutionnaires Internationalistes de Paris (Pierrot, etc.) et du groupe des Temps Nouveaux, et de Plus Loin et du groupe russe de Kropotkine. Elle fut la plus fidèle et orthodoxe dans les idées kropotkiniennes. Enfin, chez elle et sa mère, durant 40 ans, tous venaient:tous les Russes, Victor Dave, James Guillaume. Ce fut un petit terrain toujours aimable et sérieux [...].

"Sa mère se mourait depuis tant d’années, maladie de coeur terrible. Je la vis encore en juillet. [...] Tout cet hiver, elle agonisait et le 9 janvier elle est morte. Et Marie Goldsmith sur le champ s’est empoisonnée et est morte sans avoir repris connaissance, le 11 janvier au matin. C’est un fait irrémédiable, déplorable, comme si elle n’eût pas pu trouver d’autres malheurs à soulager, ni pu reprendre son indépendance qu’elle avait tant sacrifié à sa mère."

"Sa mère frisait les 80 ans, et Marie n’était pas loin de la soixantaine. Ce furent deux femmes de l’ancienne souche révolutionnaire russe - presque les dernières -. Elles ne sont pas allées en Russie en 1905 ou 1917, toujours à Paris. Très pauvres. Marie fit quelques travaux scientifiques et littéraires pour nourrir sa mère et elle."

1) La lettre de Nettlau se trouve aux archives militaires de Salamanque, Barcelone 831. J’ai légèrement corrigé le style.

F. Mintz.

Oeuvre scientifique :

Réactions physiologiques et psychiques des poissons, Paris, 1915, Institut Général Psychologique (sous le nom de Marie Goldsmith).

Oeuvre révolutionnaire :

Revoliutsionny sindikalizm i Anarkhizm, Petersbourg-Moscou, Golos Truda, 1920, 127 p. (sous le pseudonyme de Maria Korn).

Chroniques libertaires, n°6, octobre, novembre, décembre, 1988