María Adela Gard de Antokoletz (1911-2002)

mardi 11 mars 2008, par frank

Un autre parcours de Mère de la place de Mai

María Adela Gard de Antokoletz (1911-2002)

- "Nous avons appris à marcher avec la peur" (IADE.org.ar 12.07.06), reportage d’Andrea Rodríguez lorsque María Adela avait 85 ans (Página 12, 01.12.1996)

Née dans une famille traditionnelle, institutrice, puis épouse de diplomate, divorcée à une époque où c’était un défi, elle a dû cherché du travail à 35 ans, comme juriste, et élevé ses deux enfants, puis son fils fut enlevé et elle a réagi. Elle est une des fondatrices de l’association Mères de place de Mai et ensuite de Mères de place de Mai Línea Fundador a. Elle continuait au moment de l’interview à aller tous les jeudis à la ronde de la place de Mai et était la plus âgée.

"Ce sont bien des années ... 85. Mais heureusement je n’ai pas de maladies, n’est pas mal aux chevilles et à la ceinture et je peux penser avec assez de discernement sur ce qui se passe et ce qui devrait se passer. Et de plus, mes sentiments sont intacts. Je souffre pour ceux qui souffrent, je me réjouis avec ce sont contents. Et avec mes faibles forces je fais ce que je peux pour les autres. [...] J’ai cherché un moyen de trouver une Daniel. D’abord en passant par les instances légales, cherche à voir des militaires et des non militaires. Il est certain que je ne me suis pas resté inactive et c’est comme cela que j’ai rencontré Azucena Villaflor et sa création [de l’association] place de Mai. Je l’ai assumée et j’ai mis dans cette idée toute ma passion. Pour moi et pour beaucoup d’autres, cette place de Mai nous a sauvé de l’asile psychiatrique. Et j’ai raison, car la situation mentale et physique de la personne qui lutte est très différente de celle qui abandonne. [...]

Et je souviens que lorsque j’étais une jeune fille de douze ans, combien j’étais triste quand après la victoire du parti radical, toutes les institutrices du parti conservateur étaient renvoyées. Et si les conservateurs gagnaient, toutes les institutrices radicales étaient au chômage. Et papa, qui faisait de la politique et connaissait beaucoup de gens, arrivait en général à placer ces jeune fille au chômage. [...] C’est peut-être la raison qui n’a toujours incité à m’occuper des autres. À 85 ans, avec des forces diminuées, je ne peut plus faire grand-chose, mais je tricote chemisette en laine pour les Mapuches. J’ai toujours pratiqué de façon complète la charité. [...] La bienfaisance, une manière très discutable d’agir pour les autres, mais qui est déjà quelque chose.[...]

S’il y a quelque chose de terrible, c’est quand on enlève ton enfant. Je m’écroulais au premier endroit que je voyais, chez moi près du téléphone, dans l’attente d’un appel. Je pensais que quelqu’un allait m’appeler et me dire : “ si vous avez de l’argent, amenez-le, ou bien prenez un taxi chercher votre fils. Je ne sais pas ... un espoir. Cela a été ainsi jusqu’au moment où j’ai rencontré Azucena. Elle a eu raison : “ Allons là où le peuple a toujours été quand il voulut savoir. ” disait-elle. [...] Il est certain que nous avons été les seules à faire face que nous avons appris à marcher avec la peur, mais il n’y avait aucun héroïsme dans cette action. Nous avons fait ce que nous avions à faire, ce qui est plus fort que ce que nous nous demandions à nous-mêmes. Daniel a disparu quand il avait avoir 45 ans. J’en avais 65. Daniel ne faisait pas de militantisme, il défendait des prisonniers politiques. Je me souviens d’une fois quand nous étions ensemble dans la rue. Un homme l’a arrêté et lui a dit : “ C’est un suicide ce que vous faites, docteur, partez. ” Quand nous sommes rentré à la maison j’ai discuté avec lui. Je savais ce qui se passait, bien entendu, et j’insistais pour qu’il s’en aille. Il me répondait : “ Oui, maman, je vais bientôt partir. ” Mais son attitude a été vraiment imprudente. ”

À 90 ans , Maria Adela est morte et, selon son désir, ses cendres ont été lancées dans le Rio de la Plata où l’on suppose que se trouve le corps de son fils disparu. Victoria Ginzberg (Página 12, 24.07.02) a évoqué quelques anecdotes.

“Lita Boitano, de “Familiares de Desaparecidos” [Parents de disparus]. “Je me souviens quand nous allions à des réunions de féministes avec Yoyi Epelbaum et María Adela. Une fois, une de celle qui parlait à dit que nous les hétérosexuels, nous couchions avec avec l’ennemi. Lorsque nous sommes sorties, à la porte il y avait un garçon très séduisant qui attendait sa femme.María Adela m’a dit : “ Tu crois qu’il peut-être mon ennemi ? ” Elle devait avoir dans les 70 ans dit Boitano et ce souvenir l’a aidé à conjurer la tristesse. [...] “ Comme les autres Mères elle a reçu des menaces téléphoniques et a eu des affichettes “ Mères de terroristes ” collées dans son immeuble (la dernière fois en 1994), elle a vu des baïonnettes pointées sur sa poitrine, elle a affronté des membres des forces armées et de différentes polices sans autres forces que sa présence digne et sa voix ferme. ” ont déclaré ses camarades.

María Adela a été une de celle qui a impulsé les voyages à Ledesma, pour accompagner la Mère de Jujuy Olga Aredes. (“J’y suis allé à une dame de plus de 80 ans a séduit mon coeur”, a répondu le dirigeant de la CTA Víctor Mendibil, quand on lui demandait une fois pouquoi il s’était rendu dans la province de Jujuy).

Dans son évocation nécrologique, Clarín (25.07.02) notait que “ l’Association de Mères conduite par Hebe de Bonafini, séparée depuis plusieurs années de Línea Fundadora, a souligné dans un communiqué que Adela "a été pendant longtemps une camarade de lutte" et a mis en valeur son combat, "en dépit des différences". Un traitement bien différemment de celui accordé à la dispersion des cendres de Laura Rivelli place de Mai en février 2005, la trésorière des dizaines des dizaine d’années durant, mais passé à Línea Fundadora.