1 mai 2004 pour Simeca, Buenos Aires

lundi 24 janvier 2005, par SIMECA

Partie finale du discours du 1 mai 2004 de SIMECA (syndicat indépendant des messagers en deux roues et à pied)

Comme hier, nous les travailleurs, avec ou sans emploi, nous sommes la cible de l’oppression que ce système pervers a établie contre nous. Ceux qui jouissent du privilège de pouvoir travailler le font bien souvent au noir, avec des salaires qui ne permettent pas de vivre dignement, avec une réforme du droit du travail où les huit heures pour lesquelles les martyrs de Chicago ont combattu ne sont qu’un souvenir. Et en plus, il y a une énorme quantité de camarades au chômage qui vivent des miettes que donne l’État sous le nom de "plans sociaux".
C’est pourquoi nous sommes conscients de notre grande responsabilité en nous opposants aux abus qui font que quels uns, au prix du sang des autres, s’enrichissent de plus en plus à chaque minute.
La situation que les camarades de notre profession subissent actuellement est la totale absence de protection. 99% des messagers travaillent au noir, en utilisant leur outil de travail, en payant de leur poche le combustible, les péages, les réparations et remplacements de pièces de leur moto ou de leur bicyclette, -tout- à un prix équivalent au dollar, et le pire, ce que nous considérons comme un impôt sur le travail : à la fin du mois nous devons facturer notre travail en tant que fournisseurs de services aux patrons, qui n’ont ainsi aucune responsabilité.
Une bonne affaire pour eux, pas vrai ?
Leurs employés ne jouissent pas de droits élémentaires comme : travailler légalement, avoir droit à la prime de fin d’année, les congés payés, les charges sociales, la retraite, les aides pour les enfants ou des jours de congés pour préparer des examens, pas même les soins médicaux en cas d’accident. Il est banal qu’à Buenos Aires et dans notre profession lorsqu’un messager a un accident, il doive payer de sa poche le médecin, sans compter que, bien entendu, il perd son travail. L’affaire est intéressante pour le patron puisqu’en plus le messager amoché paye ses propres déplacements.
Cela serait impossible sans la protection et la complicité de l’État car, encore qu’il n’existe que "formellement", certains droits demeurent encore sur le papier - et c’est le cas dans la constitution du pays ou le code du travail -.
Mais l’État reste sourd et regarde ailleurs, sans trop s’inquiéter parce qu’il sait qu’une grande partie du mouvement syndical est aux mains de la bureaucratie, de grosses légumes qui ne bossent plus depuis des siècles et dont le seul souci est de défendre leurs "affaires syndicales", en se bouchant les oreilles aux demandes de la base, en attaquant les camarades et les commissions internes qui ne renoncent pas à la lutte des travailleurs quoi qu’il arrive. Cela a été le cas des camarades travailleurs du transport brutalement cognés par des centaines de nervis à la solde de l’UTA [pseudo synducat].
C’est pourquoi nous disons que le mouvement ouvrier n’est pas un bâtiment ou cent bâtiments ; ce n’est pas une représentation professionnelle ou cent représentations ; ce n’est pas un tampon ou un comité ; ce n’est pas une commission déléguée ou un secrétariat.
Le mouvement ouvrier est la volonté organisée du peuple et en tant que tel on ne peut le fermer ou le saisir.
Au fonctionnaire de service nous lui demandons de se pencher à la fenêtre et de vérifier ce que nous disons. Ou il n’a qu’à simplement décrocher son téléphone et commander une autre pizza, un camarade travailleur et livreur fera sûrement l’impossible pour arriver au plus vite et il aura ainsi une autre commande qui lui apportera un pourboire de plus.
Ces dernières semaines la presse et le gouvernement se sont souvenus que nous sommes des milliers de personnes à travailler dans la circulation. Et ils ont la bonne idée de commencer à nous mettre des amendes et à saisir nos motos pour absence de casque.
Si nous suivions la campagne du gouvernement de Buenos Aires, on pourrait penser que les fonctionnaires sont soucieux de notre santé et que nous sommes suicidaires et que nous aimons jouer à la roulette russe avec nos têtes.
La vérité est le gouvernement n’a pas d’autre but que toucher de l’argent sur notre dos. C’est mentir que de dire qu’il se soucie de notre intégrité physique, on nous l’a dit lors d’une réunion que nous avons eue il y a quelque temps : Chaque tête cassée chez vous coûte au gouvernement de Buenos Aires $ 70.000 pesos de frais judiciaires et médicaux. C’est ce qu’on nous a dit.
Nous aussi nous voulons porter des casques. Mais quels casques pouvons-nous acheter, nous, les messagers qui travaillons dans des conditions d’esclaves ? des casques jouets, des casques qui se cassent comme des melons mûrs au premier choc contre le macadam.
C’est pourquoi nous exigeons du gouvernement de Monsieur le maire Ibarra qu’il fournisse les casques réglementaires aux travailleurs messagers. Qu’il dépense moins de fric en affiches oranges et qu’il le destine à ceux qui en ont besoin : pour les gens.
Voilà pourquoi S.I.Me.Ca est dans la rue et se mobilisera demain 1 mai contre les patrons et leur complice, le gouvernement de la ville de Buenos Aires.
Voilà pourquoi nous à S.I.Me.Ca. nous sous souvenons de tous nos camarades accidentés en travaillant dans ces conditions, tous ceux qui ont laissé leurs vies, leurs jambes, leurs bras, afin d’essayer d’arriver à l’heure, de tenter de faire une autre course.
Nous sous souvenons de Gastón Riva assassiné par la police avec tant d’autres camarades le 20 décembre 2001 en luttant pour une Argentine plus juste et solidaire.
Nous sous souvenons des 30.000 détenus disparus qui ont rêvé et lutté pour un pays différent.
Et c’est pour tout cela que nous appelons tous les messagers à nous rejoindre et à s’organiser. Dans notre syndicat il n’y a pas de bureaucrates, il n’y a pas de gros lards qui chauffent les fauteuils, avec des bureaux pleins de papiers qui n’arrivent jamais nulle part. Il n’y a pas de président et de privilèges. Dans ce syndicat nous gagnons tous ou personne ne gagne. Dans ce syndicat les élections c’est tous les jours. Tous les jours nous choisissons de discuter tous ensemble ce que nous devons faire. Tous les jours nous choisissons de donner un coup de main au syndicat, qui est la maison de tout le monde. Tous les jours nous choisissons de ne pas nous agenouiller devant ceux qui ont le pouvoir.
Dans ce syndicat nous savons qu’il n’y a rien de pire que de subir dans la solitude l’humiliation d’une injustice ; et qu’il n’y a pas de plus grande joie que de sentir la solidarité des camarades quand une personne puissante veut nous humilier.
C’est pourquoi une fois de plus : la seule issue pour nous, les travailleurs, c’est l’unité et l’organisation. Organisation et lutte.