Formations Syndicalistes de la CNT-PTT

IWW : Le syndicalisme Révolutionnaire aux Etats-Unis

Syndicalisme révolutionnaire aux Etats-Unis

mardi 25 janvier 2005, par Baroux Sébastien

INDUSTRIAL WORKERS OF THE WORLD
LE SYNDICALISME REVOLUTIONNAIRE AUX ETATS-UNIS

- Avant-propos

- Lutte de classe aux Etats-Unis 1865-1905

- Les Industrial Workers of the World

- Le déclin des IWW

- Notes

- Bibliographie

-Avant-propos

Cette formation a eu lieu le vendredi 5 novembre 2004 au local syndical de la CNT française, dans le cadre des formations organisées par la CNT-PTT Paris, avec le but de favoriser la connaissance de ce syndicat révolutionnaire, qui va célébrer en cette année 2005 son centenaire.

L’histoire du mouvement ouvrier américain, et en particulier celle des syndicalistes révolutionnaires des IWW étant tellement importantes, cette formation n’est donc qu’un pâle résumé et qu’une courte introduction pour le militant syndicaliste qui souhaiterait réellement connaître ce mouvement et cette période.

Pour les camarades maîtrisant l’anglais, de nombreux bouquins sont disponibles auprès des IWW d’Amérique (voir sur leur site www.iww.org), enfin de nombreuses thèses abordent ce sujet mais elles sont bien sûr quasiment toutes en anglais (exception faite de thèses canadiennes francophones). A consulter aussi les textes disponibles sur le site de la Fondation Pierre Besnard, www.fondation-besnard.org

-Lutte de classe aux Etats-Unis 1865-1905

La victoire du Nord sur le Sud suite à la guerre de Sécession (1861-1865) a entériné la prépondérance d’une économie industrielle sur une économie de type féodale représentée par les grandes exploitations agricoles du Sud (1). En fait c’est une victoire des grands industriels, du capitalisme moderne de « libre entreprise » sur l’ensemble du territoire nord-américain. Cette victoire écarta ainsi les derniers obstacles à l’expansion de la révolution industrielle et inaugura une ère moderne de conflits de classe. La formation rapide d’un prolétariat industriel était alors nécessaire à la mise en place des structures d’exploitation capitaliste. Dans le but d’activer ce processus, le Congrès autorisa en 1864, l’immigration massive d’une main-d’œuvre étrangère sous contrôle des patrons. Les travailleurs devant travailler pour ces derniers jusqu’au remboursement total de leur voyage. Ce fut donc une main-d’œuvre bon marché pour le capitalisme industriel, qui à cette époque avait comme priorité l’extension du réseau ferroviaire pour faciliter le transport des denrées, multiplier les échanges, avancer vers l’Ouest ainsi qu’unifier le pays. Avec le développement du rail, fer de lance du capitalisme américain et premier employeur, il n’y avait plus aucun obstacle à une production industrielle intensive. Ainsi en 1900, les Etats-Unis deviennent le 1er producteur industriel du monde, égalant les productions réunies de l’Allemagne, de la France et de la Grande-Bretagne.

La 1ère grande révolte contre le « Big Business » devait donc être une révolte de cheminots. En 1877 une vague de grèves insurrectionnelles se déclarent suite à une diminution des salaires dans le rail. Ces grèves gagnent New York, Baltimore, St-Louis et bien d’autres grandes villes. Sur la côte Est, Pittsburgh (Pennsylvanie) est tenue pendant 2 jours par les insurgés, la bourge-oisie consternée parla alors d’une nouvelle « Commune de Paris ». A Chicago, la grève des cheminots s’élargit en grève générale, fait similaire à St-Louis où travailleurs blancs et noirs furent maîtres de la ville quelques jours. Pour certains journalistes locaux, ce ne sont plus de simples grèves, mais le commencement d’une révolution ouvrière. Pour stopper ce mouvement, et pour la 1ère fois aux Etats-Unis, les troupes fédérales furent employées et réprimèrent les grévistes.

Cette révolte de 1877 développa l’esprit de solidarité et la conscience de classe des masses laborieuses. En outre, alors que traditionnellement les cheminots étaient organisés en « fraternités » de métier, jalousement indépendantes les unes des autres (celle des mécanos, des chauffeurs, des conducteurs, des poseurs de rails, etc...), pour la 1ère fois apparurent des syndicats de type industriel, comme à Pittsburgh où fut créé un syndicat des travailleurs du rail groupant tous les métiers en une seule et unique organisation (2). Cette révolte marqua aussi par l’apparition des ouvriers non-qualifiés, largement inorganisés, qui se battirent aux côtés des cheminots.

En 1876 s’étaient créés les Knights of Labor (les Chevaliers du Travail), organisation de type syndicale, avec des rituels d’initiation et au secret rigoureux, imposés par la répression patronale et gouvernementale. Les organisateurs des Knights of Labor avaient effectué un vrai travail de taupe chez les travailleurs, et avaient ainsi joué un rôle important dans la grande grève de 1877. Dès 1880, les Knights of Labor, forts de leur popularité, émergent au grand jour et deviennent un mouvement de masse. Ils savent s’adapter au développement foudroyant de la grande industrie mécanisée, qui absorbait alors les travailleurs de toute ethnie et brisait les lignes de démarcation entre métiers. Il fallait donc créer une organisation d’un type nouveau. Les Chevaliers du Travail ouvrirent leurs portes à tous les travailleurs et prêchèrent la fraternité humaine et la solidarité des exploités. « Un préjudice causé à un seul fait du tord à tous » était leur devise.

Favorisée par une crise économique, une série de grèves éclata dans le rail entre 1884 et 1886. 700 000 travailleurs, la plupart non qualifiés, rejoignirent les Knights. Ce grand mouvement spontané était alors imprégné d’idées socialistes et révolutionnaires. Certains Chevaliers étant d’ailleurs très liés au socialisme révolutionnaire et internationaliste. Ce soulèvement atteignit son point culminant dans la bataille pour la journée de 8h, déclenchée pour le 1er mai 1886 par ce qui allait devenir l’American Federation of Labor, et qui fut la 1ère tentative de grève générale à l’échelle nationale aux Etats-Unis (Les Knights étaient contre). L’agitation pour la journée de 8h trouva son expression la plus consciente dans la ville qui était, à cette époque, à l’avant-garde du mouvement ouvrier américain : Chicago.

Il y avait dans cette métropole un noyau actif de militants révolutionnaires de tendance libertaire (3), qui se rallia à ce mouvement et en prit la direction. Sur 190 000 travailleurs qui firent grève à travers tout le pays, 80 000 furent des ouvriers de Chicago. La bourgeoisie, effrayée par la vague de rébellion, fut prise de panique et décida de frapper le mouvement à la tête. Le 4 mai 1886, au square de Haymarket, une bombe lancée par un provocateur, explosa lors d’un meeting de rue. Cela fournit le prétexte pour arrêter et condamner à mort certains chefs du mouvement : Parsons, Fischer, Engel, Spies et Lingg. La célébration universelle du 1er mai commémore ce crime perpétué par la bourgeoisie de Chicago.

La répression sauvage, la terreur anti-ouvrière qui suivirent la bombe de Haymarket, contribuèrent à briser le mouvement. La bourgeoisie s’acharna particulièrement sur les Knights of Labor, les faisant priver de leur emploi, les couchant sur des listes noires, lâchant sur eux les détectives de Pinkerton, agence de police privée spécialisée pour briser les grèves. Outre cette répression féroce, les Chevaliers du Travail eurent de gros problèmes internes. Depuis 1886, ils avaient admis dans leur rang des non-salariés, commerçants, petits producteurs, membres de profession libérale et même des fermiers. Cela eut pour effet de majorer une mentalité petite-bourgeoise déjà existante au sein des Knights, et de renforcer la tendance réformiste, incarnée par Terence Powderly, vieux leader national des Knights, plutôt hostile à l’agitation ouvrière et aux grèves générales. Ce dernier refusera ainsi de défendre les martyrs de Chicago !
Enfin les Chevaliers du Travail furent combattus par les Fédérations de métier. En 1886, les Fédérations non affiliées aux Knights groupaient 140 000 membres (face aux 700 000 des Chevaliers), et voyaient d’un œil inquiet l’attraction que les Chevaliers exerçaient sur les ouvriers, notamment les ouvriers qualifiés, leur chasse garder traditionnel. Une centrale syndicale, l’American Federation of Labor (AFL, Confédération Américaine du Travail) (4), se constitua contre eux, à l’initiative de Samuels Gompers. Tous ces évènements combinés ensemble firent que les Knights of Labor se désagrégèrent petit à petit.

L’AFL de Gompers, quant à elle, réussit à s’établir durablement, en se basant uniquement sur l’aristocratie ouvrière des qualifiés, devenant une organisations de travailleurs privilégiés, exclusivement préoccupés par leurs intérêts de castes, se combattant d’un métier à l’autre. L’AFL était un syndicat corporatiste, de métier, que favorisa largement le patronat, et qui abandonna totalement l’organisation de la masse des exploités du grand capital américain : les ouvriers non qualifiés, souvent des immigrants, ainsi que les travailleurs noirs.

L’idéologie de l’AFL, le gompérisme (« gompersism »), repose sur l’idée que l’ouvrier qualifié étant rare et recherché, doit par une organisation monopoliste fermant ses portes aux nouveaux venus, se faire encore plus rare et plus désirable pour vendre ses services le plus cher possible. Conception néfaste pour les ouvriers qualifiés eux-mêmes puisqu’elle les isole les uns des autres, les oppose les uns aux autres. Le gompérisme conduit infailliblement à la collaboration de classes, à la corruption voire au gangstérisme (5).
Beaucoup de militants ouvriers combattirent ces dérives et de saines fractions syndicales se rebellèrent face à cette gangrène corporatiste.

En 1893 est créé l’American Railway Union (ARU), notamment par Eugène Debs, syndicat qui fit plier le patronat des chemins de fer lors de la grève d’avril 1894. Encouragés par ce succès, la majorité des membres de l’ARU lancèrent une grève contre la société Pullman (compagnie quasiment esclavagiste dans les wagons-lits). 260 000 cheminots furent en grève, 27 Etats furent bloqués. Le président des Etats-Unis, Grover Cleveland lança les troupes fédérales contre les grévistes. Ainsi à Chicago, 6000 soldats, 5000 gardes engagés par les compagnies de chemin de fer et 3000 policiers patrouillaient dans la ville afin d’y maintenir l’ordre. Dans la seule ville de Chicago, les émeutes firent 13 morts et une soixantaine de blessés. Eugène Debs et d’autres responsables de l’ARU furent arrêtes et emprisonnés au motif de complot contre le gouvernement, la loi martiale fut proclamée et la grève déclarée illégale. Dans son célèbre roman « Le Talon de Fer » (1907), l’écrivain socialiste Jack London revient sur cet épisode (6).

Après cet élan de solidarité de classe qui avait suscité l’enthousiasme général, la défaite fut lourde de conséquences. Les cheminots grévistes se retrouvèrent sur les listes noires et l’ARU fut dissout. Malgré son échec, ce syndicat permit un grand pas en avant vers le syndicalisme révolutionnaire. A sa sortie de prison, Eugène Debs devait déclarer : « Le but est le socialisme contre le capitalisme. Je suis pour le socialisme parce que je suis pour l’humanité. Nous avons vécu la malédiction de l’or trop longtemps. L’argent ne constitue en aucun cas une base valable de civilisation. Le temps est venu de régénérer la société. Nous sommes à la veille d’un changement universel. »

En effet, le syndicalisme de métier, l’AFL, étaient remis en question de toutes parts, les temps étaient venus pour l’organisation d’un syndicalisme de classe, d’un syndicalisme industriel. De partout se créaient des secteurs pro-industriels au sein de l’AFL, ou en dehors.
John Mitchell organisa pour la Fédération des Mineurs de l’AFL les mineurs d’anthracite, quelque fut leur origine, et le syndicat, après une grève victorieuse en 1898, passa de 8000 adhérents à 100 000. La Fédération des Mineurs, en organisant les immigrants de fraîche date et de tout métier, s’était affirmée sur la base du syndicalisme d’industrie. Mais John Mitchell, en 1902, accepta l’arbitrage du président des Etats-Unis au cours d’une grève qui allait être gagnée, ce qui se conclut par un compromis guère favorable aux mineurs. Cet abandon déchaîna contre lui la colère des militants de la Fédération des Mineurs. Mitchell était tombé dans le gompérisme le plus vil. De même la Western Federation of Miners (WFM, Fédération des Mineurs de l’Ouest), fondée en mai 1893 dans le Montana, qui baignait dans une atmosphère mêlant lutte des classes et culture de frontière du Vieil Ouest, adhéra en 1895 à l’AFL, mais dès qu’elle fut engagée dans une lutte contre le patronat des mines d’argent de Leadville (Colorado) l’année suivante, l’AFL resta inerte malgré les nombreuses demandes d’aides de la WFM... La WFM quitta le syndicat de Gompers...

Il apparaissait de plus en plus aux syndicalistes d’avant-garde que l’AFL ne pouvait être régénérée de l’intérieur, et qu’il était temps de fonder une nouvelle organisation syndicale, qui oserait enfin s’attaquer au grand chantier de ce début de siècle : l’organisation systématique des ouvriers non-qualifiés sur une base industrielle.

-Les IWW

Parvenus ensemble à cette conclusion, 6 hommes se réunirent secrètement à Chicago en novembre 1904. Ils préparèrent la rencontre de différents leaders socialistes et syndicalistes en janvier 1905 afin de « discuter des moyens d’unifier les travailleurs selon de véritables principes révolutionnaires (...) convaincus que le syndicalisme de métier et l’ignorance politique sont destinés à disparaître. » La rencontre de janvier eut lieu comme prévu. Entre janvier et juin 1905 un manifeste parut dans de nombreux journaux et revues favorables au syndicalisme révolutionnaire. L’accueil du manifeste à l’étranger fut globalement positif. Des messages d’encouragement leur parvinrent de la CGT allemande, de l’Australian Labour Federation (Confédération Australienne du Travail) ou encore de la centrale syndicale danoise (ces trois syndicats étaient d’essence réformiste). Emile Pouget (7), secrétaire adjoint de la CGT (8), leur écrivit pour assurer la nouvelle organisation du soutien et de la sympathie de la confédération française.

Le 27 juin 1905 s’ouvrit à Chicago le 1er congrès de ce qui allait devenir les IWW. Il y avait 200 participants. Il regroupait les personnalités les plus marquantes de la gauche révolutionnaire américaine, et parmi eux des héros de la lutte révolutionnaire qui sont devenus des quasi-légendes : William Haywood, l’âme de la Western Federation of Miners vue précédemment, appelé populairement « Big Bill » ancien cow-boy devenu mineur et qui devint un des militants les plus populaires en Amérique, lui et la WFM étaient d’ailleurs les pionniers principaux des IWW ; Daniel De Leon du Socialist Labor Party (Parti Socialiste Ouvrier), était un intellectuel révolutionnaire, théoricien d’un socialisme des conseils basé sur les syndicats ouvriers. Lénine lui rendra plus tard cet hommage que le syndicalisme industriel de Daniel De Leon contenait en germe le système des soviets ; A. Simons du Socialist Party (Parti Socialiste) ; Lucy Parsons, la veuve d’Albert Parsons, l’un des martyrs de Haymarket, qui illustrait dans les IWW une certaine continuation du mouvement révolutionnaire américain ; « Mother Jones » (Maman Jones), une sorte de Louise Michel américaine très connue des United Mine Workers, dans lesquels elle avait combattu John Mitchell, elle devint une véritable légende dans le prolétariat américain (9).

Ces 200 militants créèrent ainsi à ce congrès les Industrial Workers of the World, les Ouvriers Industriels du Monde, nouvelle centrale syndicale créée pour lutter contre la vieille AFL, appelée par calembour la « Separation of Labor ». Les IWW se concevait comme un syndicat industriel, de solidarité ouvrière, de lutte de classe, un syndicat révolutionnaire. Le congrès avait été ouvert par Big Bill Haywood sur ces mots :

« Camarades ouvriers, en appelant à ce Congrès, je ressens profondément la responsabilité qui engage les délégués assemblés ici. C’est le Congrès Continental (10) de la classe ouvrière. Nous sommes réunis ici pour fédérer les travailleurs de ce pays en un mouvement ouvrier ayant pour but l’émancipation de la classe ouvrière vis-à-vis de l’esclavage capitaliste. (...) Il est impossible, si l’on a une once d’honnêteté, de ne pas reconnaître la lutte perpétuelle qui se joue entre 2 classes ; et cette organisation sera formée, basée et fondée sur la lutte de classe, sans compromis, ni reddition. Son objectif est de guider les travailleurs de ce pays vers la compréhension de leur outil de travail et la pleine possession du produit de leur travail. »

Parole que l’on retrouve dans le préambule de la constitution des IWW :

«  La classe ouvrière et la classe patronale n’ont rien de commun. Il ne peut y avoir de paix aussi longtemps que la faim et le besoin seront le partage de millions de travailleurs, pendant que la minorité, qui compose la classe des possédants, possède tous les biens de la vie.
Entre ces deux classes, il doit y avoir lutte, jusqu’à ce que tous ceux qui peinent s’unissent, tant sur le terrain politique que sur le terrain industriel, et prennent et conservent ce qu’ils produisent par leur travail, au moyen d’une organisation économique de la classe ouvrière, sans affiliation à aucun parti politique.
La rapide accumulation de la richesse et de la concentration de l’administration des industries dans un nombre de mains de plus en plus réduit rend les Trade Unions incapables de lutter contre la puissance toujours croissante de la classe patronale, parce que les Trade Unions favorisent un état de choses qui permet d’opposer une catégorie d’ouvriers à une autre catégorie dans la même industrie, et de les employer les uns contre les autres dans les guerres de salaires. Les Trade Unions aident la classe patronale à entretenir les ouvriers dans la croyance erronée que la classe ouvrière a des intérêts qui lui sont communs avec la classe des patrons.
Ces tristes conditions ne peuvent être changées et les intérêts de la classe ouvrière ne peuvent être efficacement défendus que par une organisation formée de telle façon que tous ses membres dans une industrie quelconque, ou dans toutes les industries s’il est nécessaire, cessent le travail lorsqu’il y a une grève ou un lock-out dans n’importe quelle section de cette organisation, faisant ainsi du dommage à un seul le dommage de tous.
 »

La Constitution fut approuvée à l’unanimité du Congrès, et prévoyait la répartition de ses membres en 13 secteurs industriels différents, les syndicats locaux, basés dans l’entreprise, regroupaient tous les ouvriers, quelle que soit leur métier. Les syndicats locaux gardaient une « certaine » autonomie par rapport à la structure centrale de la confédération (11).

Mais si les fondateurs étaient armés d’une idée-force, les moyens qu’ils avaient à leur disposition pour les mettre en pratique étaient insuffisants. Ainsi les 200 délégués au Congrès ne représentaient qu’une poignée de travailleurs. La seule organisation de masse qui adhérait aux IWW était la WFM forte de 27 000 adhérents, avec son satellite, l’American Labor Union composé de 16 500 membres.

Bien qu’ignorés par la presse les IWW inquiétèrent très vite la bourgeoisie. Ainsi l’assassinat d’un ancien gouverneur de l’Idaho, Frank Steunenberg, le 30 décembre 1905, par un agent provocateur des propriétaires des mines, ouvrit la chasse à la WFM, et donc aux IWW. Big Bill Haywood, Charles Moyer, président de la WFM, et George Pettibone, ancien membre et sympathisant de la WFM, furent arrêtes et transférés illégalement en Idaho pour y être jugés. Les préparatifs du procès s’éternisèrent, et ce n’est qu’en janvier 1908, après un an et demi de prison, que les 3 militants purent être acquittés. Mais cette opération avait atteint son but et avait réellement distrait et affaibli la WFM ainsi que les IWW. L’emprisonnement de Moyer et de Haywood avait laissé apparaître des dissensions au sein du mouvement. Les tendances les plus réformistes de la WFM, qui voulaient rendre la Fédération plus respectable et moins révolutionnaire, avaient gagné du terrain et pris le contrôle de la WFM. La guerre pour contrôler la Fédération se solda par le départ de la WFM des IWW courant 1908.

Cela porta un coup sérieux à la jeune organisation. De plus une crise interne, dès 1907, avait opposé Daniel De Leon aux autres responsables des IWW. Pour De Leon et ses partisans, le syndicat devait être une sorte de tremplin pour le Socialist Labor Party, il pensait que les masses ouvrières devaient être encadrées par une élite de militants révolutionnaires, ce qui s’opposait au reste de l’organisation aux conceptions plus syndicalistes révolutionnaires. Le Congrès de 1908 changea le préambule de la constitution et l’arma contre les partis politiques et l’action parlementaire (y disparaît ainsi la référence sur l’organisation sur le terrain politique). Daniel De Leon claqua la porte, la scission était devenue inévitable. Les IWW se divisèrent en deux : une tendance dite « autoritaire » avec De Leon qui s’installa à Detroit, et le reste des IWW, de tendance dite « anarcho-syndicaliste » préférant la seule « action directe », présidée par Haywood qui venait de quitter la WFM, cette tendance étant basée à Chicago. La tendance de Detroit ne fera pas long feu et disparaîtra vers 1912.

Les débuts des IWW furent donc difficiles...

Parlons maintenant des luttes, au début les IWW allèrent au plus facile, ils ne s’attaquèrent guère aux ouvriers inorganisés, mais tentèrent plutôt de rallier les sections syndicales et les syndiqués mécontents afin de les détacher de l’AFL. Dans les centres les plus avancés de l’Est, tels que New York et Chicago, ils avaient eu quelques succès, ainsi à Shenectady, forteresse de la General Electric et fief de l’AFL, ils avaient réussi à déclencher à la fin 1906 une grève sur le tas, une des premières aux Etats-Unis et dans le monde entier, mais ces tentatives ne les menèrent guère loin.

Par contre à Goldfield dans le Nevada, les IWW lors des grèves de 1906-1908 eurent de vrais succès. Les mineurs de cette ville avaient adopté avec enthousiasme les principes du « one big union » (un seul grand syndicat). En 1906 des militants wobblies (sobriquet des militants des IWW) (12) avaient été dépêchés dans cette ville où la WFM était implanté depuis un an. L’action directe (13) prônée par les wobblies attira immédiatement les mineurs de cette ville, souvent célibataires (donc sans responsabilités familiales) et avec des habitudes très « hommes de l’Ouest », notamment par rapport à la violence, étant armés et habitués à se défendre. Les IWW lancèrent plusieurs grèves de suite et obtinrent en peu de temps non seulement la journée de 8h pour tous les mineurs, mais aussi pour les boulangers, le personnel de restauration et d’hôtellerie, les employés de bureau et les barmen. Après le succès de ces grèves et l’acquis de ces vieilles revendications, les IWW lancèrent une grève générale le 20 janvier 1907 pour commémorer le « dimanche sanglant » de la Révolution russe de 1905 (14). Le travail s’arrêta, les mines furent désertées, comme les saloons fermés. 3000 ouvriers, sur une population de 30 000 habitants, défilèrent avec des drapeaux rouges et écoutèrent les différents orateurs lors d’un grand meeting révolutionnaire. Outre le soutien apporté aux 3 militants enfermés (Haywood, Moyer et Pettibone), les mineurs envoyèrent leurs « vœux révolutionnaires » aux mouvements ouvriers étrangers !

Le 15 août 1909, les IWW rejoignent le mouvement de grève commencé par les sidérurgistes de Pennsylvalnie un mois plus tôt. Le prolétariat se divise en une vingtaine de nationalités différentes, les wobblies vont commencer une propagande dans les différentes langues. Ainsi un meeting des IWW est traduit dans 11 langues. Le 20 août, 3000 ouvriers fondent un syndicat IWW, Car Builders Industrial Union. Les résultats de cette grève furent ambigus : la compagnie, forcée d’accéder aux revendications les plus importantes, s’efforça de fomenter des divisions entre ouvriers nationaux et immigrés. En quelques années, le nouveau syndicat était réduit à presque rien. L’influence des IWW avait été immédiate et significative, mais leur manque de ressources financières et de structures ne leur avait pas permis de consolider ni même de préserver les droits acquis. Cette situation se reproduisit plusieurs fois et à différents endroits. Les IWW ne réussiront pas à mettre en place dans la durée un syndicat de sidérurgistes.

En 1912 les ouvriers du textile de Lawrence (Massachusets) employés par l’American Woolen Company lancèrent une grève, et se tournèrent vers les wobblies. Il n’y avait que 300 militants IWW à Lawrence, mais ils prirent immédiatement la direction du conflit. Le patronat tenta de discréditer les grévistes, les autorités provoquèrent des affrontements entre grévistes et forces de l’ordre. Une jeune gréviste fut tué, et 3 grévistes dont 2 dirigeants IWW, furent arrêtés pour ce meurtre : Joseph Ettor et Arturo Giovannitti. Le scénario de 1906 se répétait. Les IWW se gardèrent de toute incitation à la violence, Joseph Ettor lui-même déclara aux grévistes : « Par tous les moyens, la grève doit rester paisible. Car, finalement, tout le sang répandu sera le nôtre. » Les grévistes suivirent ces conseils à la lettre, ce qui fit dire à l’Office Départemental du Travail du Massachusetts que « peu de grèves suivies par un nombre aussi impressionnant d’employés non syndiqués, ignorant pour la plupart la langue anglaise et peu familiers des méthodes gouvernementales, se sont déroulées aussi longtemps que la grève de Lawrence, avec aussi peu de violence et l’absence d’émeutes. » Les IWW avaient compris que face à un rapport de force en leur défaveur, tout dérapage serait utilisé contre eux, mais au contraire mirent en place une organisation méticuleuse : un comité exécutif de grève formé des principales nationalité comme des différents métiers. Des sous-comités avaient été élus afin de prendre en charge l’aide aux familles, l’information, les finances et autres problèmes. Toute mesure prise par le comité exécutif était ratifiée collectivement par l’ensemble des grévistes lors de meetings géants les samedis et dimanches. Elisabeth Gurley Flynn, militante wobbly, explique ainsi l’importance psychologique de ces meetings comme palliatifs au découragement individuel : « Si le dimanche vous laissez les gens chez eux, assis autour d’un poêle éteint ou autour d’une table quasiment vide de nourriture, à contempler les chaussures éculées de leurs enfants et les haillons dont leurs corps sont revêtus, ils commencent à penser en termes de « moi-même », perdent cet esprit de masse et ne réalisent plus que tous souffrent comme ils souffrent. » Lors de cette grève apparut plusieurs innovations : les piquets de grève se déplaçaient en permanence, cela évitait ainsi que le rassemblement tourne en émeute sous la pression d’agents provocateurs. De plus les enfants des grévistes furent envoyés dans des familles d’accueil, sympathisantes des grévistes. Outre le soulagement pour les grévistes, cela propageait la grève dans l’opinion publique américaine. Les enfants étant accueillis par des fanfares et des manifestations, le spectacle d’enfants affamés, grelottant et pauvrement vêtus faisait son effet dans des villes comme New York... Une vague d’indignation se souleva dans tout le pays, la plupart des journaux condamnèrent les pratiques de l’American Woolen Company et des autorités locales. La grève l’emporta, les acquis négociaient bénéficièrent à 438 000 ouvriers du textile. Les 3 grévistes arrêtés furent libérés. L’implantation des IWW dans l’Est fut un succès.

Une grève du même type, toujours dans le textile, se déclencha en 1913 à Paterson, dans le New Jersey, les IWW utilisèrent la même stratégie qu’à Lawrence. La grève dura 5 mois, mais les ouvriers perdirent. Le patronat reconnut en août 1913, que son objectif avait été d’arrêter la progression wobbly dans l’industrie textile, par n’importe quel moyen, en ne cédant rien aux ouvriers. A la fin les grévistes avaient même tenté de monter un spectacle relatant la grève, aidé par l’écrivain John Reed (le futur auteur des « 10 jours qui ébranlèrent le monde »), qui fut joué le 7 juin 1913 avec plus de 1000 grévistes au Madison Square Garden de New york. L’effet était grandiose, mais le spectacle se révéla un gouffre financier, la 1ère représentation fut aussi la dernière (15). Néanmoins le spectacle prouva l’ingéniosité des IWW, avec cette propagande innovante pour un conflit ouvrier.

Dans l’Ouest, les IWW ont par contre vraiment réussi à organiser les travailleurs non qualifiés. Les ouvriers agricoles migrants, les hoboes, ne bénéficiaient d’aucune stabilité d’emploi, ni de conditions de travail fixes, les propriétaires terriens imposant des conditions insupportables aux saisonniers. Des grèves furent menées de 1913 à 1914, parfois avec les sections locales de l’AFL. Les grévistes eurent recours au sabotage (par exemple mettre le feu aux champs des propriétaires qui refusaient de céder aux revendications ouvrières). En avril 1915, les IWW organisèrent à l’échelon national les ouvriers agricole en créant l’Agricultural Workers’ Organisation (Syndicat des Ouvriers Agricoles). Ce syndicat devint très populaire dans les grandes prairies. Ce fut le 1er syndicat à organiser et à négocier avec succès une hausse des salaires des ouvriers agricoles. Et ce fut certainement un des efforts de syndicalisation les plus significatifs dans l’histoire américaine.

De même en 1916, les IWW s’attaquèrent à l’organisation des bûcherons, et participèrent à de nombreuses grèves (comme celle d’Everett (16) restée célèbre). La grève des bûcherons de 1917 paralysa 80% de la production du Sud-Ouest des USA. Outre les non qualifiés, les IWW tentèrent d’organiser aussi la masse de chômeurs (1913-1914), et alertèrent l’opinion publique en signalant l’ampleur du phénomène. L’activité des IWW montra le chemin des luttes militantes de masse des chômeurs qui allaient prendre place en 1929.

En 1910 les IWW se consacrèrent à l’organisation des travailleurs noirs du Sud. En se tournant vers leurs camarades du Sud, les wobblies, luttant contre un racisme ambiant, démontraient aussi un certain courage : pour les réactionnaires, les « amis des nègres » devaient subir le même sort qu’eux : coups, lynchage, torture, mutilation, meurtre. En 1912, la Brotherhood of Timber Workers (le Syndicat des Bûcherons), compte 25 000 adhérents, la moitié étant des travailleurs noirs. En s’affiliant aux IWW, le syndicat pour la 1ère fois dans l’histoire d’Alexandria (Louisiane) réunit une assemblée de travailleurs blancs et noirs. A cette occasion Big Bill déclara : « Si c’est contre la loi, c’est le moment de briser cette loi ! »

Enfin entre 1909 et 1916 eut lieu l’épopée de la lutte pour la liberté de parole (free speech fight). Certains maires et certains Etats interdisaient les discours publics, ce qui rendait l’apparition des wobblies quasiment impossible. Refuser la liberté de parole n’était qu’un moyen de freiner l’action syndicale. Les militants IWW se mirent donc à haranguer les foules sur ce problème, mais aussi sur l’ensemble des revendications ouvrières. A chaque fois qu’un wobbly était arrêté, un autre venait le remplacer sur la « boîte de savon ». Ils remportèrent ainsi près de 30 victoires pour la liberté de parole. Leur tactique consistait à remplir les prisons jusqu’à saturation, provoquant des difficultés administratives et financières. Cela renforça la sympathie et la confiance des ouvriers envers le syndicat, comme d’une partie de la classe moyenne progressiste.

Les IWW connurent leur apogée en 1917, en un an ils étaient passés de 40 000 à 100 000.

Comme on peut le constater, les IWW étaient très pragmatiques pour résoudre les conflits. Ils faisaient tout ce qui était possible pour organiser la classe ouvrière, sachant que c’était la première étape vers l’émancipation. Ils innovèrent dans de nombreux domaines, comme l’organisation systématique lors des conflits, la grève étant vue comme une bataille, le comité de grève était l’état-major, et l’action syndicale quotidienne un travail de sape dans cette guerre civile entre la bourgeoisie et le prolétariat. La grève est un moyen de lutte contre le système capitaliste et en même temps une occasion de manifester la solidarité de classe. Les grèves sont donc un entraînement pour la grande grève générale qui expropriera les exploiteurs (17), les ouvriers syndiqués de chaque industrie s’emparant des moyens de production. Les tactiques d’action directe des wobblies s’adaptent aux circonstances. Ils peuvent utiliser les grèves perlées ou la grève sur le tas, le sabotage, alerter l’opinion publique ou utiliser des escadrons volants. Les IWW n’hésitaient pas à parcourir les Etats-Unis d’Est en Ouest pour venir supporter une grève ou organiser des ouvriers, c’étaient des équipes mobiles de militants dévoués à la classe ouvrière. Concernant la violence, les IWW n’étaient ni pour ni contre, s’en servant au gré des rapports de force, la violence pouvant parfois desservir une grève (ils formaient néanmoins des milices ouvrières armées de défense quand un conflit l’exigeait).

Un des points forts fut une exceptionnelle propagande. Les wobblies propagèrent leurs idées avec une imagerie très populaire, des affiches que pouvaient comprendre un ouvrier illettré. A noter que le chat noir de la CNT française provient de la propagande IWW (18). La chanson fut aussi beaucoup utilisée, un chansonnier comme Joe Hill (19), resté célèbre par ses musique, popularisa les idées syndicalistes révolutionnaires (« Little Red Book »). Les IWW firent un effort envers les immigrants de fraîche date et avaient des canards et des brochures dans de nombreuses langues. Ils ouvrirent des bibliothèques gratuites où l’on pouvait trouver Marx, Bakounine, Pouget, Labriola (20), ainsi que de nombreux romans sociaux. Ils luttèrent contre l’analphabétisme dans la classe ouvrière, l’illettrisme étant un frein à la compréhension de la lutte des classes dans une société capitaliste. Ils firent tout ce qu’ils purent pour élever la conscience politique de l’ouvrier. Eduquer, organiser, émanciper, voilà organisé logiquement leur programme.

Internationalistes, les wobblies l’étaient en organisant tous les ouvriers d’où qu’ils viennent. Les IWW, comme leur nom l’indique, était de fait une organisation internationale. Des sections nationales apparurent en Nouvelle-Zélande, au Chili, en Australie, en Afrique du Sud ou encore au Canada. Les IWW entretint une correspondance constante avec les mouvements ouvriers étrangers. Leur internationalisme n’était pas verbal mais se traduisait par des décisions, des contacts et des engagements, ils envoyèrent des délégués au congrès de la 2ème Internationale à Stuttgart en 1907, puis à Budapest en 1910, ils combattirent aux côtés des camarades mexicains dans la Révolution mexicaine, enfin aidèrent à favoriser le syndicalisme révolutionnaire dans le monde, en particulier dans l’Amérique Latine (21).

Par rapport aux partis politiques, on peut voir une certaine victoire d’un syndicalisme révolutionnaire « pur », influencé notamment par la CGT française, sur un syndicalisme dirigé par les différentes écoles philosophiques du socialisme. Mais ce n’était pas gagné par avance ! Si comme on l’a vu plus haut, la scission de 1908 s’était portée contre le parlementarisme et les conceptions favorables au rôle du parti de la tendance de Detroit avec De Leon, un certain nombre de wobblies restaient affiliés au Parti Socialiste, le Socialist Party of America (comme Debs ou Haywood). On peut même dire que c’est le Parti Socialiste qui a favorisé l’indépendance des IWW : de 1911 à 1913, le Parti, pour être vu comme plus respectable par la classe moyenne et la petite-bourgeoisie (en butte contre les trusts et attirée par le socialisme), se décida à purger les tendances de gauche, en prenant comme cheval de bataille le sabotage et l’action directe, méthodes « indignes » pour le travailleur qui le diminue moralement (sic !). L’une des principales raisons était en fait que la tendance de gauche gagnait du terrain dans le Parti. Ainsi Haywood fut élu en novembre 1911 au Comité Executif du Parti et prononça ces mots : « L’objectif du Parti Socialiste ne sera jamais atteint si notre Parti, en tant qu’organisation de la classe ouvrière, ne porte pas le message du syndicalisme industriel aux travailleurs...Le devoir du Comité National et de son Comité Exécutif est d’inclure impérativement dans leur programme l’éducation de la classe ouvrière afin de stimuler la solidarité industrielle ainsi que la solidarité politique. » Pour les réformistes du Parti, cette tendance de gauche, souvent des militants IWW, mettait trop en avant l’action autonome des travailleurs, au détriment de la ligne parlementaire de la seule avant-garde du prolétariat. Des machinations politicardes au sein du SPA réussirent à faire exclure cette tendance (dont Haywood) courant 1912 (à noter que suite à cette exclusion, les résultats électoraux du SPA en 1913 furent risibles, et le nombre d’adhérents chuta de moitié). En excluant l’aile gauche syndicaliste révolutionnaire et industrialiste, les dirigeants du SPA émancipèrent les IWW de l’influence socialiste et renforcèrent l’aspect anti-parlementaire de ses théorie et pratique !

Quant aux anarchistes, le fait de n’avoir pas d’organisation nationale, réellement structurée, les empêcha d’avoir une réelle influence sur les IWW. De plus la question syndicale ne fut pas vraiment tranchée chez les libertaires (22), beaucoup se méfiant de la lutte ouvrière quotidienne. On peut par contre noter une certaine intégrité chez les wobblies anarchistes qui n’utilisèrent pas le syndicat comme moyen de recrutement (comme en France, c’est plutôt le syndicat qui gagna aux idées syndicalistes révolutionnaires les anarchistes !). Par contre des militants de premier plan des IWW, tels Arturo Giovannitti, Joseph Ettor ou encore Carlos Tresca, étaient anarchistes. Enfin les anarchistes Berkman et Goldman fréquentèrent les IWW tant qu’ils restèrent sur le sol américain par exemple.

Cela favorisa ainsi une certaine méfiance envers les avant-gardes autoproclamées du prolétariat, plus promptes aux discours qu’à l’organisation réelle de la classe ouvrière. Les IWW ne se revendiquèrent donc jamais ni de l’anarchisme, ni du marxisme. Selon un mot fameux de Big Bill, le socialisme des IWW était un socialisme « revêtu de ses habits de travail ».

- Le déclin des IWW

Dés le début de la Première Guerre mondiale les IWW se déclarèrent contre celle-ci : "Ne sois pas un soldat, sois un homme. Rejoint les IWW et combats sur ton lieu de travail pour toi-même et ta classe ", disait une affiche des IWW en 1916. Cette courageuse position valut aux IWW d’être déclarés hors-la-loi. Une campagne de presse habilement menée les désigna comme les agents du Kaiser. La répression qui s’était déjà annoncée dans les premières années battit alors son plein. On peut dire que le mouvement des IWW fut décapité pendant la guerre, tant nombreux sont les militants assassinés par les milices patronales. En France le gouvernement envoyait la troupe contre les grévistes de la CGT, aux USA le patronat n’y allait pas de main morte, et finançait lui-même ses bandes de tueurs sans faire appel au gouvernement. En 1918, l’éditorial d’un grand quotidien d’Oklahoma, le Daily World, est significatif à cet égard : " Le premier pas dans la victoire contre l’Allemagne est l’écrasement des IWW. Tuez-les comme vous tuerez des serpents. Il n’y a pas de temps ni d’argent à perdre dans des procès. " Dans certains Etats, au nombre de 23, furent adoptées les lois contre le "syndicalisme criminel " qui interdisaient aux IWW toute activité.

Au début du mois de septembre 1917, des agents du département à la Justice intervinrent dans quarante-huit réunions organisées par les IWW, emportant la correspondance et les publications qui allaient servir, plus tard, de pièces à conviction lors des procès. Courant septembre, cent soixante-cinq responsables des IWW furent arrêtés pour conspiration visant à empêcher 1’incorporation, incitation à la désertion et pratiques d’intimidation dans les conflits sociaux. On jugea cent un membres des IWW en avril 1918. II s’agissait alors du plus long procès de toute l’histoire des États-Unis (cinq mois). John Reed, l’écrivain socialiste (ancien adhérent IWW), qui revenait juste de son expédition en Russie pendant la Révolution, couvrit le procès pour le magazine « The Masses » et décrivit les accusés en ces termes : " Je doute qu’on ait jamais rien vu de tel dans toute l’histoire. La réunion de cent un bûcherons, ouvriers agricoles, mineurs, journalistes [...], qui pensent que les richesses de la terre appartiennent à celui qui les crée [...], autrement dit aux carriers, aux abatteurs d’arbres, aux dockers, à tous ces gars qui font le dur boulot. "

Les membres des IWW utilisèrent ce procès comme une tribune pour exposer leurs actions et leurs idées. Parmi les soixante et un wobblies qui prirent la parole, on retrouvait Big Bill Haywood, qui témoigna durant trois jours Ils furent tous déclarés coupables. Le juge condamna Haywood à quatorze ans de prison (23), d’autres à vingt ans. Trente-trois accusés en prirent pour dix ans et il y eut également quelques peines moins lourdes. Le total des amendes s’élevait à 2,5 millions de dollars.
Les militants wobblies subirent une répression féroce, faisant des centaines de mort. Des milliers de wobblies furent arrêtés, emprisonnés et souvent torturés, certains furent même envoyés en Russie Soviétique.
Mais la répression n’explique pas seulement le déclin progressif des IWW, l’attrait de la jeune Révolution russe émoussa aussi les militants syndicalistes révolutionnaires. Un appel de Zinoviev (1920) parut dans « Solidarity », l’organe des IWW, leur demandant d’adhérer à la 3ème Internationale. Pour Zinoviev, la Révolution russe était une grève générale contre le capitalisme, et la dictature du prolétariat était le comité de grève. L’Internationale Communiste utilisait ainsi un langage parfaitement compréhensible et attractif pour les syndicalistes révolutionnaires... Les IWW s’y refusèrent mais un nombre certain de militants, individuellement, gagnèrent la cause communiste. Moscou travailla beaucoup à gagner les syndicalistes révolutionnaires américains, comme cela se fit avec les syndicalistes révolutionnaires français. Dans le 4ème Congrès de l’IC (novembre 1922) il est dit : « Aux Etats-Unis, l’union de tous les éléments de gauche du mouvement ouvrier syndical et politique commence à se réaliser. (...) Néanmoins, la tâche essentielle du Parti sera d’attirer à lui les meilleurs éléments des IWW. » Pour meilleurs éléments le Parti Communiste entendait les syndicalistes qui reconnaissaient l’intérêt de la lutte parlementaire...

En 1924, lors du 16ème Congrès des IWW, la déstabilisation du mouvement, l’emprisonnement des principaux leaders, l’infiltration communiste (24), provoquèrent des débats houleux, se finissant par une scission. Même si les IWW continuèrent à jouer un rôle appréciable dans certaines industries : mines, scieries, de même que chez les dockers jusqu’au début des années 30, ils n’exercèrent plus d’influence notable sur le prolétariat américain.
Pour Foster (ami de Monatte et Rosmer), qui avait quitté les IWW en 1912, les wobblies pendant presque deux décennies, avait occupé et gâché la fine fleur militante de l’avant-garde ouvrière américaine à créer des coquilles vides, coupées des masses prolétariennes, majoritairement organisées dans l’AFL, au lieu de faire un travail révolutionnaire au sein du vieux « Labor ». Big Bill lui avait d’ailleurs répondu à cette occasion que les IWW ne voulaient pas sauver l’AFL mais la détruire...
Ce débat reste encore vivant aujourd’hui, la CNT française ayant choisi quant à elle la construction d’un syndicat révolutionnaire autonome, comme les IWW, au contraire d’autres camarades sincèrement syndicalistes qui tentent de regrouper des tendances « lutte de classe » à la CGT ou ailleurs (comme Foster, puis Debs en 1914) (25). Au vu du développement syndical de la CNT française, aussi lent et précaire soit-il, nous ne pouvons qu’être renforcés dans cette conviction.

En conclusion, on peut avancer que les IWW ont jusqu’à maintenant été la seule organisation révolutionnaire « de masse » aux EU, même si elle n’a jamais pu réellement supplanter l’AFL dans le prolétariat américain ni s’implanter durablement. Les IWW, en cumulant les adhérents de 1905 à 1917, auront encarté 1 million de travailleurs. Le pragmatisme et le volontarisme wobbly resteront néanmoins dans la mémoire ouvrière internationale (26).

Mais la lutte pour un mouvement ouvrier industrialiste aux EU n’avait pas disparu, et réapparut, notamment avec la création du CIO (27), mais ceci vaudrait une prochaine formation...

Les IWW continuent toujours d’exister avec quelques sections syndicales, en tentant de reconstruire un syndicalisme révolutionnaire, similaire en cela à la CNT française, même si, comme la CNT espagnole, le poids de la gloire passé est encore pesant sur la stratégie syndicale du nouveau millénaire. Les wobblies continuent de publier « The Industrial Worker », mensuel des IWW.

BAROUX Sébastien (revu en avril 2005).

(1) A noter que le gouvernement français soutint le Sud réactionnaire et féodal lors de cette guerre civile, il est rare que nos politicards d’aujourd’hui s’en vantent...plus prompts à parler du soutien de la monarchie française aux indépendantistes des colonies américaines !

(2) Mentionnons la NLU (National Labor Union), première tentative nord-américaine de créer un syndicat national dès 1866. L’année suivante, la NLU adhère à la Première Internationale. William Sylvis (1828-1869) était son dirigeant, et peut donc être considéré comme le premier grand leader syndicaliste américain. La NLU disparut en 1873.

(3) Ces militants anarchistes ou socialistes anti-autoritaires étaient souvent des émigrants européens de fraîche date (d’Allemagne notamment comme Johan Most, mais aussi de Tchéquie, certains comme Parsons sont des américains de « pur souche »). Ces militants sont organisés dans l’International Working People’s Association (IWPA), fondée à Pittsburgh en octobre 1883, suite au Congrès Anarchiste International de Londres de 1881 (elle compte dans ses rangs des anciens de l’Association Internationale [1855-1859] et de l’AIT [1ère Internationale] ). L’IWPA regroupe des milliers de membres à travers tout le pays (Chicago, New York, mais aussi parmi les mineurs des Appalaches, dont des militants français comme Edouard David ou Louis Goarzion). A Chicago, l’IWPA est à l’origine de la constitution de la CLU (Central Labor Union), qui regroupe des milliers de travailleurs (métallurgistes entre autres) et qui aura un rôle dirigeant lors des grèves de 1886. L’IWPA se décomposera vers 1887, même si certains groupes subsistent jusqu’en 1890.
Pour la petite histoire, si l’IWPA a marqué le mouvement ouvrier américain, elle est aussi un maillon important de notre propre histoire : en effet, elle jouera un rôle dans les débuts du syndicalisme révolutionnaire français. Lors du congrès de la Fédération Nationale des Syndicats (1887), deux anarchistes lyonnais (délégués par des syndicats de cette ville), y interviennent en abordant la journée de 8h et la grève générale dans une motion de soutien aux martyrs de Chicago. De plus Joseph Letortelier, après un voyage aux E-U où il a rencontré des anciens de l’IWPA, sera influencé par leur expérience et deviendra en France un grand propagandiste de la grève générale.

(4) L’anglais « federation » se traduit couramment par le français « confédération ».

(5) La mafia syndicale américaine, popularisée par un certain cinéma, restera un problème majeur du mouvement ouvrier (dockers, camionneurs...), plusieurs grandes grèves éclatant contre ces dirigeants mafieux. Il faudra attendre la fin des années 70, voire les années 80 pour que le syndicalisme commence à être épuré de ces parasites, souvent d’ailleurs plus au profit du patronat local (ravi de raser un syndicat), que des travailleurs.
(6) « Le Talon de Fer » devint le roman le plus populaire chez les syndicalistes révolutionnaires américains, les IWW le diffusant à des milliers d’exemplaires. London fut inspiré par la Commune de Paris pour la description qu’il fit de la Commune de Chicago. Sa nouvelle « La Force des Forts » fut diffusée à 800 000 exemplaires.

(7) Emile Pouget (1860-1931), un des créateurs du premier syndicat des employés à Paris (1879), anarchiste, journaliste populaire et révolutionnaire (avec son brûlot « Le Père Peinard »), participa activement aux premières années de la CGT française. Au Congrès de Toulouse en 1897, il fait voter une résolution sur le sabotage et le boycottage, rédacteur de « La Voix du Peuple » (organe de la CGT) à partir de 1900, il y impulsera les idées d’action directe et de révolution sociale. Artisan de la fusion de la Fédération des Bourses et de la CGT.

(8) La CGT française à ses débuts relatera dans sa presse l’expérience industrielle des IWW, et certaines amitiés se noueront entre militants. « La Vie Ouvrière » puis « La Révolution Prolétarienne » de Monatte continueront d’évoquer les congrès et évolutions des IWW (entre 1908 et 1910, Big Bill rencontrera Monatte et Rosmer en France). William Z. Foster était l’un des wobblies qui connaissait le mieux la CGT, et fut influencé par les idées défendues dans « La Vie Ouvrière »

(9) Voir son livre « Maman Jones, autobiographie », introduction de Paule Lejeune, Actes et mémoires du peuple, éditions F. Maspéro, 1977. Mother Jones raconte ses combats pour les droits ouvriers, cette infatigable militante donna sa vie pour les mineurs et leur famille durant près de cinquante ans.

(10) Le Congrès Continental eut lieu en 1774 afin de former le gouvernement provisoire des colonies américaines engagées dans la guerre d’Indépendance contre l’Angleterre.

(11) Par « certaine » autonomie, il faut comprendre que le Conseil Exécutif Général des IWW avait un droit de regard (et de veto) sur toutes les décisions prises par les sections locales dans le cadre de leurs actions et/ou négociations, comme le stipulent les articles I (section 2, paragraphe A) et II (section 5) de leurs statuts constitutifs.

(12) En anglais, wobbly signifie bringuebalant. Une légende attribue ce surnom au mauvais anglais d’un serveur chinois parlant à des syndicalistes IWW.

(13) Pour le syndicalisme révolutionnaire, l’action directe s’entend par toute démarche de la classe ouvrière effectuée sans intermédiaire, sans délégué ou politicard professionnel. Un syndicalisme d’action directe prône l’action des masses par et pour elles-mêmes, par conséquent sans passage par un parti politique dans l’aquarium parlementaire.

(14) Suite à un mécontentement populaire, une agitation sociale secoue l’empire tsariste (qui vient de subir une déroute militaire par les japonais), une grève éclate en janvier 1905 aux usines Poutilov à Saint-Pétersbourg, qui gagne rapidement de nombreuses entreprises aux alentours. Une manifestation imposante mais pacifique se déroule le 9 janvier, dirigée par le pope Gapone, avec près de 140 000 ouvrières et ouvriers. Le pouvoir prend peur et ouvre le feu sur la foule : on dénombrera plusieurs centaines de travailleurs assassinés et plusieurs milliers de blessés, ce « dimanche sanglant » est le prélude à une vague insurrectionnelle en Russie, c’est le commencement de la Révolution de 1905. Beaucoup de wobblies avaient gardé contact avec leur patrie d’origine (lithuaniens, polonais, russes, aussi des juifs socialistes de la zone de résidence), d’où l’intérêt porté à la Russie.

(15) Le bilan financier établi par le Comité Exécutif le 25 juin laissa apparaître près de 2000 dollars de déficit. Les frais de représentation pour une seule soirée étant tellement exorbitant, on ne pouvait louer le Madison Square Garden plus d’une soirée. Même si le spectacle avait été plein à craquer, le bide financier fut « désastreux pour la solidarité », d’après les mots d’Elizabeth Gurley Flynn (« La Vérité sur la Grève de Paterson », anthologie IWW établie par J. Kornbluh, University of Michigan Press, 1964). Pour John Reed, le spectacle des grévistes avait néanmoins montré « la grandeur de leur révolte » (« John Reed » de Robert Rosenstone, Points Actuels, 1976, Librairie F. Maspéro).

(16) Durant l’été de 1916, la ville d’Everett fut le théâtre de terribles affrontements, point culminant atteint lors du massacre de 11 syndicalistes des IWW par les forces de l’ordre.

(17) Pour Victor Griffuelhes, secrétaire de la CGT, la grève est un « exercice révolutionnaire » qui doit entraîner le prolétariat en vue de la Révolution sociale. Une fois de plus nous voyons confirmer la similarité et l’influence de la centrale révolutionnaire française sur les IWW. Si leur fameux préambule de 1905 a précédé d’un an la fameuse charte du syndicalisme révolutionnaire français dite « Charte d’Amiens », nous pouvons ajouter que de nombreux textes CéGéTistes furent lus et diffusés par les IWW, comme « Le Sabotage » de Pouget, traduit en anglais avec une introduction d’Arturo Giovannitti. Néanmoins la CGT tentera de pousser les wobblies à revenir au sein de l’AFL, par souci d’unité, chère aux syndicalistes français, conseil suivi par Foster.

(18) L’adoption du chat noir par les wobblies semble lié à la lutte des ouvriers agricoles de l’Agricultural Workers’ Organisation (l’AWO affilié aux IWW), le chat noir est traditionnellement vu aux Etats-Unis comme porteur de mauvais œil (peut-être l’influence des esclaves africains qui voyaient dans l’os d’un félin noir des vertus magiques). Dès 1915 on voit dans la presse wobbly un chat noir représentant le sabotage, qui amène le travailleur vers la démocratie industrielle (dessins de Ralph Chaplin par exemple). Le chat noir sera popularisé aussi par certaines chansons IWW (« That sabo-tabby kitten » ou encore « The kitten in the weat »). Le chat noir devient populairement le symbole du sabotage ouvrier, il fait naître la peur chez les grands propriétaires fonciers...

(19) Joe Hill, d’origine suédoise (la maison où il naquit est devenue un local syndical de la centrale anarcho-syndicaliste SAC), fut exécuté le 19 novembre 1915, accusé d’un double meurtre par le gouverneur de l’Utah. Même le président des Etats-Unis Woodrow Wilson intervint en sa faveur pour tenter de l’épargner.

(20) Labriola, théoricien socialiste italien, impressionné, comme Sorel en France avec la CGT, par le syndicalisme révolutionnaire italien (incarné par l’USI) et qui tenta d’en théoriser les pratiques.

(21) Différentes sections IWW apparurent en Amérique du Sud. Notons la section chilienne qui rejoignit l’AIT reformée à Berlin en 1922 (Internationale du Syndicalisme Révolutionnaire). Ricardo Florès Magon, communiste libertaire mexicain fut en étroit contact avec les IWW. Lire à ce propos le livre d’Adolfo Gilly, « La Révolution Mexicaine », éditions Syllepse, 1995.
Le syndicalisme industriel a influencé un grand nombre de militants ouvriers. Citons pour exemple James Connolly, leader syndicaliste révolutionnaire irlandais tué lors de l’insurrection de Dublin (1916), qui fut membre des IWW entre 1905 et 1910 ; ou encore Fritz Wolffheim, théoricien des Unions industrielles dans l’Allemagne de 1914-1918 (il passera au KPD, KAPD, puis deviendra nationaliste), qui a milité quelques temps dans les IWW de Californie (1912-1913).

(22) Certains militants anarchistes considéraient la besogne ouvrière quotidienne comme une perte d’énergie, allant jusqu’à la mépriser, puisque selon eux ou bien l’amélioration matérielle sous le capitalisme était impossible (le patronat récupérant toujours ailleurs ce qu’il avait concédé à un endroit), ou bien cela était nuisible, car l’amélioration des conditions de vie risquait de détourner les ouvriers du but final : la Révolution. Conception néfaste qui fit qu’une partie des anarchistes n’eurent guère d’influence sur les masses, ce qui les conduisit souvent à l’isolationnisme « ivoirien » et laissa apparaître un certain nombre de déviationnismes (comme l’individualisme petit-bourgeois).

(23) Après deux ans passés dans la prison de Leavenworth, Big Bill qui venait d’avoir cinquante ans, fut libéré sous caution. Il décida de rejoindre la Russie Soviétique, vécut quelques années à Moscou et y mourut. Ses cendres furent enterrées sous le mur du Kremlin. Il avait donné sa vie pour la Révolution.

(24) Voir à ce sujet le livre de James P. Cannon, ponte de l’opposition de gauche aux Etats-Unis, « L’Histoire du Trotskysme Américain » éditions Pathfinder. Ou encore l’excellentissime « The Rambling Kid » de Charles Ashleigh, éditions Charles H. Kerr, 2004, livre qui n’avait connu qu’une édition en Angleterre en 1930, roman semi autobiographique sur le militantisme d’un IWW, qui s’en alla en URSS (comme l’auteur), pour finir dans le Parti Communiste Anglais. Ce dernier ouvrage étant, hélas ! , réservé aux anglophiles...

(25) Dans la droite ligne du courant personnifié par les camarades de la « Révolution Prolétarienne » notamment dans l’entre-deux-guerres, de certains anarcho-syndicalistes dans la CGT socialiste (puis CGT stalinienne), voire à ses débuts dans FO (CGT-Force Ouvrière) de l’après-guerre, ou aujourd’hui dans le Courant Syndicaliste Révolutionnaire.

(26) En parlant de pragmatisme, force est de constater qu’aucun théoricien ne sortit des rangs wobblies, au contraire de la plupart des syndicats révolutionnaires (CNT-E, CGT-SR, USI, FORA, FAU-D, anarcho-syndicalisme russe, etc...). Cela ne veut pas dire que les IWW se désintéressaient des théories socialistes, tous leurs efforts d’éducation de la classe ouvrière et leurs lectures prouvant le contraire, mais leur travail révolutionnaire fut tellement intense, quotidien, qu’il n’y eut que peu de place pour un recul réflexif et théorique. Néanmoins avouons qu’il pointe parfois plus qu’une certaine moquerie de ces « intellectuels socialistes » ayant plus avoir avec un milieu aisé que la classe ouvrière. A souligner la brochure de Ralph Chaplin « The General Strike » (1925), disponible sur le site web www.fondation-besnard.org

(27) Fraction organisée au sein de l’AFL regroupant dix fédérations syndicales industrialistes (un million de membres) en un Committee for Industrial Organization, exclue en août 1936, qui devint en 1938 le Congress of Industrial Organizations, proche du PCA.

OUVRAGES PRINCIPAUX UTILISES :

- « IWW, le Syndicalisme Révolutionnaire aux Etats-Unis » de L. Portis aux éditions Spartacus (2ème édition oct. 2003)

- « Le Mouvement Ouvrier aux Etats-Unis, de 1866 à nos jours » de D. Guérin, collection Maspéro (2ème édition janv. 1977)

- « Le Syndicalisme d’Action Directe aux Etats-Unis », article de T. Porré paru dans le Monde Libertaire d’avril 1972

A LIRE :

- « Une Histoire Populaire des Etats-Unis », d’Howard Zinh, éditions Agone, 2003

- « Histoire de l’Anarchisme aux Etats-Unis d’Amérique 1826-1886 », de Ronald Creagh, La pensée sauvage, 1981

- « La NRA aux Etats-Unis » de Robert Marjolin, paru dans le n° 15-16 de « l’Homme Réel » sous le titre « Syndicalisme et Corporation », mars-avril 1935

- « Les IWW et l’internationalisme » de Larry Portis, paru dans « De l’Histoire du Mouvement Ouvrier Révolutionnaire », actes du colloque international « Pour un Autre Futur », éditions CNT Région Parisienne/ Nautilus, 2001

- « Histoire du Premier Mai » de Maurice Dommanget, tome 1, éditions du groupe Fresnes Antony de la Fédération Anarchiste, 1986

- « The Seattle General Strike in 1919 », Root & Branch, march 1972

- « Maman Jones, Autobiographie », de Mary Jones, collection Actes et mémoires du peuple, éditions Maspero, 1977

- « Terres Promises » de Nathan Weinstock, avatars du mouvement ouvrier juif au-delà des mers autour de 1900 Etats-Unis, Canada, Argentine, Palestine, éditions Metropolis, 2001

- « The Rambling Kid » de Charles Ashleigh, a novel about the IWW, Charles H. Kerr publishing company, 2004

- « Joe Hill : The IWW and the Making of a Revolutionnary Working class Counterculture » de Franklin Rosemont, Charles H. Kerr publishing company, 2002

- « John Reed » de Robert Rosenstone, Maspero, 1982

Sans oublier les nombreux romans de John Dos Passos, John Reed, Jack London...

Sur la politique de l’IC et de l’ISR :
- « L’Histoire du Trotskysme Américain » de James P. Cannon, Pathfinder, 2002
- « Textes sur les Syndicats », de Lénine, les éditions du progrès, 1970
- « Les Quatre Premiers Congrès Mondiaux de l’IC 1919-1923 », Maspero, 1971
- Les brochures de l’ISR parues dans la Petite Bibliothèque de l’Internationale Syndicale Rouge dont :
- « Résolutions et Statuts Adoptés au Premier Congrès des Syndicats révolutionnaires », vol. 1,Moscou 3-19 juillet 1921
- « Programme d’action de l’ISR », vol. 2, de Losovsky
- « Rapport entre l’ISR et l’IC », vol. 9, de Dudilieux
- « Les Anarchistes et le Mouvement Syndical », vol. 10 de A. Nin
- « L’Activité de l’ISR », vol. 12, de Losovsky

B.S.