Bakounine lettre à Albert Richard « Il faut que l’anarchie, le soulèvement de toutes les passions [...] »

mercredi 20 mai 2009, par Bakounine

Bakounine lettre à Albert Richard « Il faut que l’anarchie, le soulèvement de toutes les passions [...] »

[Les parties en gras sont de Bakounine]

Le 1er Avril. 1870. Genève (1)

Cher ami. Je me trouve encore ici et j’attends tous les jours la nouvelle de l’arrivée du parent que tu sais pour aller à sa rencontre.

Dans l’Internationale de Genève réaction complète. La fabrique a triomphé sur toute la ligne en mon absence, et il ne s’est trouvé personne pour arrêter ce triomphe. L’Egalité est devenue un journal réactionnaire. Voici le programme : Coopération et politique locale du radicalisme bourgeois. Désormais l’Internationale de Genève ne sera plus qu’un marchepied pour faire monter les Perret et les Grosselin au pouvoir. Le père Becker, devenu faible à force d’âge, s’est mis à la remorque de la réaction : il prend aussi le parti de la politique locale.

Mais l’âme et la cheville intrigante de cette conspiration réactionnaire, c’est une sorte de compatriote à moi, le petit Juif (2) russe Outine, celui-même que tu as vu à Bale. C’est un [illisible] petit ambitieux de la pire espèce. Jaloux du renom qu’on m’a fait, il a profité de mon absence pour me calomnier ici de la manière la plus infâme, répandant les bruits les plus absurdes, les insinuations les plus sales contre moi. Il n’a point d’intelligence, il est incapable de formuler une pensée, mais il ne manque pas d’une certaine habileté intrigante, il est flatteur, insinuant et il est infatigable dans l’intrigue (3). D’abord il avait courtisé Perron ; maintenant il ne le salue même plus. Il est l’ami de Perret, de Grosselin, de Duplex, de Crosset, de toute la sale boutique réactionnaire, dont il s’aide pour se pousser, grâce à eux, il est envoyé comme délégué de trois sections au Congrès de la Suisse Romande- qui va s’ouvrir le 4 Avril à La chaux de Fonds, et de plus il est nommé délégué par la commission réactionnaire de l’Egalité .

Ce Congrès sera très important pour l’avenir de l’Internationale dans la Suisse romande. Il y aura une grande bataille. Elle se livrera principalement sur la question de l’abstention ou de la participation des ouvriers dans la politique locale. Nous tous, les sections des Montagnes, nous sommes pour l’abstention. Les ouvriers proprement genevois, la fabrique, pour la participation. En ce moment, Outine est leur représentant, leur champion.

Il est à peu près résolu, qu’ou bien nos amis de la Montagne triompheront et alors le Conseil Fédéral et la Rédaction de l’Egalité seront transportés chez eux, ou bien si nos amis succombent, que les sections des Montagnes et avec elles peut-être, celles de Lausanne, de Vevey, de Neufchâtel, de Bienne, se sépareront de Genève pour former une Fédération à part. De son côté la fabrique de Genève à déclaré hautement que si le Congrès rejette la participation à la politique locale, elle se séparera des sections des Montagnes. Outine est le rédacteur du projet Genevois et il en sera le défenseur principal. Si Genève l’emporte, et si l’Egalité lui reste, Outine en sera le Rédacteur.

Il en profitera naturellement pour se mettre en rapport avec le socialisme français. Mon cher, je te demande [intercalé : donc énergiquement, impérieusement] au nom de notre Intimité, de prévenir tous nos amis de France et surtout Mme D. T., Mme D. Z., Mr. E. A., Mr. D. U., sans oublier Mr. D. Z., de cette sale et réactionnaire intrigue. Outine doit être mis au ban de notre intimité, comme un être malfaisant, et tous les bons, tous ceux qui marchent avec nous, soit directement, soit indirectement, doivent s’en garder comme d’une peste. Car son intrigue est insinuante, perfide, dissolvante. Avertis donc tous ceux qui se trouvent sous ton influence ou sous celle de nos amis.

Si notre parti succombe, la séparation et l’organisation indépendante des sections des Montagnes aura lieu, et alors nous aurons pour Organe non l’Egalité, mais le Progrès du Locle, qui passera probablement alors à Neufchâtel, sous la direction de Guillaume. Ce sera alors le Progrès que nous devrons soutenir par nos correspondances et en lui procurant beaucoup d’abonnements.

Outre son importance locale, la bataille qui va se livrer à La chaux de Fonds aura un immense intérêt universel. Elle sera l’avant coureur et le précurseur de celle que nous devrons livrer au prochain Congrès Général de l’Internationale :

Voulons-nous la grande politique du socialisme universel ou la petite politique des bourgeois radicaux revue et corrigée au point de vue de des ouvriers bourgeois ?

Voulons-nous l’abolition des patries [illisible] bourgeoises et des Etats politiques et l’avènement de l’Etat universel, socialiste et unique ?

Voulons-nous l’émancipation complète des travailleurs ou seulement l’amélioration de leur sort ?

Voulons-nous créer un monde nouveau ou replâtrer le vieux ?

Telles sont les questions que nous devons étudier et préparer pour le prochain Congrès. Vous Section Lyonnaise, proposez le à Londres. De notre côté seront : les Espagnols, les Belges, les Italiens, les sections des Montagnes de la Suisse et j’espère, la majorité des Français. Et nous aurons contre nous non les instincts ouvriers, mais les ambitions et les vanités des chefs du parti de la Démocratie socialiste, et sous l’influence de ces mêmes chefs allemands, en grande partie Juifs, c’est-à-dire exploiteurs et bourgeois d’instinct, y compris l’école de Marx, nous aurons aussi contre nous les délégués Anglais et Américains.

Serrons donc nos rangs et préparons-nous au combat. Car il y va du triomphe de l’Internationale et de la Révolution.

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Mr. Liebknecht continue d’en agir perfidement avec moi et en général avec tous les révolutionnaires russes. Il a réimprimé, il est vrai, mon Appel aux jeunes Russes et la lettre de Netchayev, mais en même temps il a publié contre nous un article à la fois stupide et infâme écrit par un drôle qui s’appelle Borkheim, un petit Juif, instrument de Marx. Remarque que tous nos ennemis, tous ces aboyeurs contre nous sont des Juifs : Marx, Hess, Borkheim, Liebknecht, Jacobi, Weis, Kohn, Outine et beaucoup d’autres, sont des Juifs, tous appartiennent à cette nationalité remuante, intrigante, exploitrice, et bourgeoise par tradition, par instinct -Marx, le plus distingué parmi eux, possède une grande intelligence-, tous les autres ne sont rien que des revendeurs en détail de ses idées. Marx a rendu de grands services au socialisme. Mais il faut avouer en même temps que c’est un fort mauvais coucheur, un caractère détestable, vaniteux, irascible, jaloux, susceptible ; sournois, perfide et capable de grandes vilenies, et intrigant au possible, comme le sont d’ailleurs tous les Juifs.

J’ai commencé une série de lettres en réponse à ces aboyeurs juifs et allemands. Je veux en finir avec eux. La première lettre, déjà terminée, se traduit en allemand et sera envoyée au Volksstaat Journal de la Démocratie socialiste des ouvriers allemands, rédigé par Liebknecht ; après quoi, je la ferai paraître en français dans la Marseillaise et dans le Progrès du Locle. Appelle je te prie sur ces lettres l’attention des amis.


As-tu bien lu et fais lire à nos amis principaux toute la lettre que je t’ai envoyée dernièrement par Schwitzguebel, surtout la seconde partie, la conclusion ? Je tiens beaucoup à recevoir votre réponse bien précise à cette conclusion.

Tu me dis toujours : "Nous sommes d’accord sur les points principaux". Hélas !, mon ami, je crains beaucoup que nous ne soyons en désaccord parfait sur ces points. D’après tes dernières lettres et les dernières nouvelles que j’ai reçues de toi, je dois penser que tu restes plus que jamais le partisan de la centralisation, de l’Etat révolutionnaire. Tandis que j’en suis plus que jamais l’adversaire, et ne vois de salut que dans l’anarchie Révolutionnaire, dirigée sur tous les points par une force collective invisible, la seule dictature que j’admette, parce que seule elle est compatible avec la franchise et la pleine énergie du mouvement révolutionnaire. (4)

Ton [illisible] plan révolutionnaire se résume en ces mots : Aussitôt que la Révolution éclate à Paris - Paris organise : provisoirement la commune révolutionnaire. Lyon, Marseille, Rouen et d’autres grandes villes se soulèvent simultanément et envoient aussitôt [intercalé : à Paris] leurs délégués révolutionnaires qui forment ensemble une sorte de Convention Nationale ou de Comité de Salut public pour toute la France. Ce Comité décrète la Révolution, décrète l’abolition du vieil Etat, la liquidation sociale, la propriété collective - organise l’Etat-Révolutionnaire avec une force suffisante pour réprimer la réaction intérieure et extérieure -

N’est ce pas là ton idée ?

Notre idée, notre plan est tout opposé. D’abord, il n’est pas du tout prouvé que le mouvement révolutionnaire doive absolument commencer à Paris. Il n’est pas impossible du tout qu’il commence en province. Mais supposons que conformément à la tradition, ce soit Paris qui commence. Paris, selon notre conviction, n’a qu’une initiative toute négative, c’est à dire franchement révolutionnaire à prendre : celle de la destruction et de la liquidation, non celle de l’organisation. Si Paris se soulève et triomphe, il aura le devoir et le droit de proclamer la liquidation complète de l’Etat politique, juridique, financier et administratif, la banqueroute publique et privée, la dissolution de tous les pouvoirs, de tous les services, de toutes les fonctions et de toutes les forces de l’Etat, l’incendie ou feu de joie de l’incendie de tous les papiers, actes privés et publics. Paris s’empressera naturellement de s’organiser pour soi même, tant bien que mal, révolutionnairement, après que les travailleurs réunis en associations auront fait main basse sur tous les instruments de travail, capitaux et bâtiments. Restant armés et organisés par rues et par quartiers, ils formeront la fédération révolutionnaire de tous les quartiers, la commune fédérative. Et cette commune aura bien le droit de déclarer qu’elle ne s’arroge pas le droit de gouverner ni d’organiser la France, mais qu’elle appelle le peuple et toutes les communes, soit de la France, soit de ce qu’on appelait jusqu’à cette heure l’Etranger, de suivre son exemple, de faire chacune chez soi une révolution aussi radicale et aussi destructive pour l’Etat, pour le droit juridique et pour la propriété privilégiée, et après l’avoir faite, de venir se fédéraliser avec elle, soit à Paris, soit sur tel autre point qu’on voudra, pour que toutes les communes révolutionnaires [intercalé : françaises et étrangères] envoient leurs délégués pour une organisation commune des services et des rapports de production et d’échange nécessaires, pourl’établissement de la charte de l’Egalité, base de toute liberté, charte absolument négative par son caractère, précisant beaucoup plus ce qui doit être aboli à jamais, que les formes positives de la vie locale qui ne peuvent être créés que par la pratique vivante de chaque localité, et pour organiser une défense commune contre les ennemis de la révolution, aussi bien que la propagande, arme de la révolution, et la solidarité pratique révolutionnaire avec les amis de tous les pays contre les ennemis de tous les pays.

Les provinces, au moins les points principaux, tels que Lyon, Marseille, Saint Etienne, Rouen et autres ne doivent pas attendre les décrets de Paris pour se soulever et pour s’organiser révolutionnairement. Ils doivent se soulever simultanément avec Paris, et faire ce que doit faire Paris, la révolution négative et la première organisation par un mouvement spontané ; de manière à ce que l’assemblée révolutionnaire fédérale des délégués des Provinces et des communes n’aient pas à organiser la France, mais soit l’expression d’une organisation spontanément faite par chaque point. J’entends les points révolutionnaires, non ceux qui se trouveraient encore à l’état de réaction. En un mot, la révolution doit être et doit rester partout indépendamment du point central, qui doit en être l’expression, le produit, et non la source, la direction et la cause.

Il faut que l’anarchie, le soulèvement de toutes les passions locales, le réveil de la vie spontanée sur tous les points, soient bien grands pour que la Révolution soit et reste vivante, réelle, puissante. Les révolutionnaires politiques, les partisans de la dictature ostensible, une fois la révolution ayant obtenu un premier triomphe, recommandent l’apaisement des passions, l’ordre, la confiance et la soumission aux pouvoirs révolutionnaires établis. De cette manière, ils reconstituent l’Etat.

Nous, au contraire nous devons fomenter, éveiller, déchaîner toutes les passions -nous devons produire l’anarchie- et pilotes invisibles au milieu de la tempête populaire, nous devrons la diriger, non par un pouvoir ostensible quelconque, mais par la dictature collective de tous les Alliés, dictature sans écharpe, sans titre, sans droit officiel, et d’autant plus puissante, qu’elle n’aura aucune des apparences du pouvoir. Voici la seule dictature que j’admette. Mais pour qu’elle puisse agir, il faut qu’elle existe, et pour cela il faut la préparer et l’organiser d’avance ; car elle ne se fera pas toute seule, ni par des discussions, ni par des expositions et débats de principes, ni par des assemblées populaires.

Peu [illisible] mais d’alliés mais bons, mais bons, mais énergiques, mais discrets, mais fidèles, mais surtout libres de vanité et d’ambition personnelle, des hommes forts, assez sérieux, ayant l’esprit et le cœur assez haut placés pour préférer la réalité de la force à ces apparences vaniteuses. Si vous formez cette dictature collective et invisible, vous triompherez, la révolution bien dirigée triomphera. Sinon, non. Si vous vous amusez à jouer aux Comités de Salut public et à la Dictature officielle, ostensible, vous serez dévorés par la réaction que vous aurez créée vous mêmes.

Cher ami, j’admire les instincts généreux et l’intelligence si vive des ouvriers français. Mais je crains beaucoup leur tendance à l’effet, aux grandes scènes dramatiques, héroïques et bruyantes. Beaucoup de nos amis -parmi lesquels je te range- se préparent à jouer un grand rôle dans la prochaine révolution - celui d’hommes d’Etats de la Révolution. Ils se promettent de devenir les Danton, les Robespierre, les Saint Just du socialisme révolutionnaire ; et ils préparent déjà les beaux discours et les coups d’éclat qui doivent étonner le monde. Ils se feront naturellement des masses populaires un marchepied, un piédestal pour leur ambition démocratique, pour leur gloire ! Ils feront pour le salut de tous de la dictature, du gouvernement, de l’Etat. Illusion ridicule et déplorable. Ils ne feront que de la vanité et ne serviront que la réaction. Ils seront eux mêmes la réaction

Rappelle toi bien ceci, mon ami et mon frère, le mouvement socialiste actuel, tout opposé en cela au mouvement politique qui ne tend qu’à la domination et à l’exaltation des individus, le mouvement de l’émancipation populaire ne comporte pas le triomphe et la dictature des individus. Si les individus triomphent, ce ne sera plus le socialisme, mais la politique, l’affaire des bourgeois, et le mouvement socialiste périra. S’il ne périt pas, ce seront les individus vaniteux, ambitieux et glorieux, les dictateurs en herbe, qui feront un fiasco terrible.

Il n’y a plus qu’un seul pouvoir, une seule dictature dont l’organisation soit salutaire et possible : C’est cette dictature collective et invisible des alliés, au nom de notre principe - et cette dictature sera d’autant plus salutaire et puissante, qu’elle ne sera revêtue d’aucun pouvoir officiel, ni d’aucun caractère ostensible.

Mais pour la former il faut des hommes réellement forts, élevés par leur intelligence et par leur cœur au-dessus des ambitions vulgaires et qui soient assez sérieusement ambitieux pour ne vouloir que le triomphe de leur idée et non de leur personne et pour préférer la puissance réelle aux apparences de la force - pour comprendre enfin que notre siècle est celui des forces collectives, non des forces individuelles, et que la collectivité broyera tous les individus qui voudront s’imposer à elle.

Ton intelligence est trop grande pour ne pas comprendre tout cela. Mais ton cœur et ton caractère seront ils à la hauteur de ton intelligence. Voici la question. Qu’est ce qui l’emportera en toi : l’amour de la justice et de l’égalité ou le délire de te mirer dans une pose historique ? Auras-tu la force de vaincre en toi-même ce charlatanisme italien, que tu considères comme un excellent moyen pour magnétiser les masses, cette manie de poser et cette soif de la gloire qui te tourmentent encore aujourd’hui ?

Tu vois, je te parle avec le laisser-aller d’un ami et d’un frère qui se croit en droit de tout dire, parce qu’il se sent dans le cœur un amour immense pour toi, et qui, tout en reconnaissant une grande dose d’individualisme en toi, compte sur ton intelligence et sur ton cœur qui sont encore plus grands que tes défauts, et qui en un mot, a foi dans ton amitié. Si tu me la gardes après avoir lu cette lettre, je me féliciterai de te l’avoir écrite.

Encore un mot. Dans une de tes lettres, tu m’as dit que je pourrai devenir le Garibaldi du mouvement social. Tu as vraiment trop bonne opinion de moi, cher ami. Sois certain que je me connais bien et que je ne trouve en moi même ni aucune des qualités ni aucuns des défauts nécessaires pour constituer un héros ; et d’ailleurs je ne me soucie pas le moins du monde de me faire un nom historique.

Sais-tu à quoi se réduit toute mon ambition ? Elle est grande, mais elle ne vise ni à la gloire ni au bruit :

C’est de vous aider à former cette force collective invisible qui seule pourra sauver et diriger la révolution.

Réponds moi tout de suite, je te prie, à l’adresse de Perron

Ton dévoué M.B.

Bientôt, j’espère nous nous verrons et je ne viendrai pas la bouche pleine et les mains vides.

Notes de Frank Mintz

1) Le texte est tiré du CDR des œuvres complètes édité par l’Institut international d’histoire sociale (IIHS) d’Amsterdam. Le texte brut a été revu sur le plan de l’orthographe et de quelques répétitions.

2) On remarque l’antisémitisme grossier de Bakounine, dû d’une part à une généralisation hâtive judaïsme/centralisme et à une ignorance d’un fort prolétariat juif russe qui, vers 1890-1905- passera au Bund (parti socialiste juif non sioniste) et avec une assez forte proportion à l’anarchisme militant, notamment en 1918-1921 dans les rangs du mouvement makhnoviste.

3) Outine était fort apprécié de Karl Marx comme militant. « Dans les 1870 il cessa toute activité politique. Outine, revenu en Russie en 1878, il s’installa dans l’Oural comme ingénieur » (wikipedia en russe).

4) On note à peu près les mêmes termes dans les statuts secrets de l’Alliance de 1868 : Au moyen d’une force invisible qui n’aura aucun caractère public et qui ne s’imposera à personne ; au moyen de la dictature collective de notre organisation qui sera d’autant plus puissante qu’elle restera invisible, non déclarée et sera privée de tout droit et rôle officiels. (Souligné par Bakounine)
http://www.fondation-besnard.org/article.php3?id_article=682

Dans la lettre en russe de Bakounine, écrite deux mois plus tard à Netchayev, on a également des termes très proches. Ce programme peut être formulé clairement en quelques mots : liquidation totale du monde étatique et juridique et de la prétendue civilisation bourgeoise par une révolution violente, spontanée du peuple, invisiblement dirigé de façon pas du tout par une dictature officielle, mais par celle anonyme et collective d’amis de l’émancipation complète du peuple de n’importe quel joug, solidement organisés en société secrète et agissant partout et toujours dans un seul et même but et d’après un programme unique.(Traduction de l’IIHS corrigé d’après le russe, ci-joint)

Программа ясно высказывается в нескольких словах : всецелостное разрушение государственно-юридического мира и всей так называемой буржуазной цивилизации посредством народно-стихийной революции, невидимо руководимой отнюдь не официальною, но безыменною и коллективною диктатурою друзей полнейшего народного освобождения из-под всякого ига, крепко сплоченных в тайное общество и действующих всегда и везде ради единой цели, по единой программе.
http://www.fondation-besnard.org/IMG/pdf/Pis_mo_k_Sergeyu_Nechaevu.pdf