Pourront-ils faire taire les voix de ceux qui ont des rêves ?

samedi 6 février 2010, par Tévez Nora

Pourront-ils faire taire les voix de ceux qui ont des rêves ?

Un an à peine après la disparition d’un adolescent de 16 ans de nos quartiers de La Matanza [banlieue de Buenos Aires].

Luciano Arruga, de condition modeste, mais de condition humaine intransigente. Il semble qu’en dépit de son jeune âge, et de sa “condition modeste”, de ses besoins élémentaires insatisfaits y de son adolescence... “à risque”... de par sa condition humaine IL N’A PAS VOULU TRANSIGER... et dans un brusque élan, un débordement, tout en étant en détention ?, en retard ? Ou enlevé sans cause apparente, il a disparu du commissariat de Lomas del Mirador.... Il a été vu par des camarades à lui pour la dernière fois dans ce commissariat, on y a entendu les échos des tortures infligées et... comme si le sang pouvait être nettoyé par l’eau de javel... simplement... on l’a disparu. Luciano n’apparaît plus depuis un an . . . La dernière fois qu’il a été vu c’était dans ce commissariat... les tortures ont été entendues... l’eau de javel a tout nettoyé... les traces...

Les traces ne peuvent guérir avec de l’eau de javel dans notre société, elles appartiennent à la dictature. Tu ne l’acceptes pas, tu ne te laisses pas corrompre, tu penses autrement, tu agis autrement, tu ne te “soumets pas”, tu en sais trop... je te disparais. Le génocide, la corruption structurelles des institutions de “GESTION” et sécurité publiques, la torture dans des commissariats, les arrestations illégales, los “militants d’en bas”, sont des traces qui inéludablement nous mènent à des moments ... où on t’interdisait, on te virait, on t’exilait, on te disparaissait, ...comme Luciano n’est-ce pas ?... Pourquoi ne nous rendent-ils pas au moins son corps adolescent. Serait-il porteur de nombreuses tortures ? ....

Indignés par une AUTRE disparition en démocratie, indignés par l’impunité de la corruption structurelle, indignés par un autre génocide qui renouvelle à chaque fois, ceux qui ont déjà eu lieu, les existants, les zébrés de douleur sur la toile de notre histoire récente, INDIGNÉS... par l’INJUSTICE qui fait saigner, par la JUSTICE qui se tait et “archive”, par l’impunité de ceux qui se sont lavés les mains à l’eau de javel, qui ont torturé par le passé, nos enfants, car selon la conception d’Erich Fromm, chaque enfant de 16 ans est mon propre enfant et chaque être humain disparu est un peu d’humanité que le génocide détruit ... notre propre humanité !!

Indignés, un groupe” de jeunes défendant des bannières avec des principes qui semblent en désuétude, en chute libre dans la société moderne liquide, se sont élevés contre cette disparition, ont soutenu la famille, l’ont accompagnée, l’ont prise dans leurs bras... Si comme le dit l’écrivain Galeano, nous pouvions récupérer les étonnants pouvoirs de l’accolade entre les personnes ... nous y trouverions nos plus profondes forces pour multiplier l’humanité.

Ils ont publiquement dénoncé le fait survenu le 31 janvier 2009, les voix se sont multipliées et les organisations de droits de l’homme ont accompagné la dénonciation, et en particulier le Frente Popular Darío Santillán, ils ont dressé une de ces bannières, celle qui s’oppose à l’intolérance, au génocide qui se répète sous d’autres formes, avec d’autres signes structurels voilés en démocratie, avec d’autres schémas d’action et d’autres lamentablement récurrents...comme la torture dans des commissariats...

Ils n’ont pas toléré lé silence, comme maintenant ... je ne peux plus le tolérer non plus...

Ils m’ont appris bien davantage que ce que j’ai engrangé en 20 ans d’enseignement... et c’est pour cela que j’écris ces lignes pour tenter de surmonter les silences démesurés et mettre en pleine lumière un des ces individus injustes qui sillonnent notre société....

Un autre 31 janvier, cette fois en 2010, il y a quelques jours à peine, Juan (22 ans) uns de ces jeunes qui crient contre les injustices comme celle contre Luciano Arruga, qui soutient qu’œuvrer pour la pauvreté et pour la combattre nous humanise, illumine l’espoir en un monde meilleur, a reçu un appel d’un numéro non identifié... lui disant “Aujourd’hui c’est une soirée très spéciale pour toi et nous voulions t’offrir une chanson “ ... et immédiatement on lui a passé une marche funèbre.

Le code pénal pourrait définir le cas comme menaces violentes, les tribunaux archiveraient l’affaire en quelques mois ... la coaction vise la paralysation entraînée par la peur, le silence et le manque d’engagement vis-à-vis d’autrui. Elle détruit aussitôt la conception de “l’autre”, c’est un signe de génocide, c’est un peu encore le Plan Condor [liquidation des « rouges » dans plusieurs pays d’Amérique du Sud sous l’égide des USA de Kissinger dans les années 1970],... comme je le disais, il y a renouvellement des formes...mais avec le même fond.

Juan travail sans recevoir aucun salaire dans les quartiers pauvres de La Matanza, il est à l’écoute, il aide à dessiner et à chanter un espoir, il étudie, il n’a jamais commis de délit, il milite dans une organisation sociale qui voit le monde différemment que la majorité dans cette société moderne liquide, où les liens humains se défont lorsque l’intérêt disparaît. Les humains sont constructeurs de liens.

Juan a été menacé. Il sait sans aucune suggestion de ma part que la peur ne doit pas paralyser davantage de gens, il sait sans suggestion, que pour construire un monde meilleur, il faut plus d’accolades afin d’humaniser et essentiellement plus de courage. Cela renforcera les principes de ceux qui comme nous rêvent encore ... On ne fera pas taire les voix de ceux qui sont sensibles à la disparition d’un adolescent qui nous appartient, qui est de nos quartiers, qui est à toi et à moi, dans cette grande humanité.

J’ai besoin que toi non plus tu ne taises pas et que tu m’accompagnes en rendant publique cette dénonciation.

Juan est mon fils.

Nora TEVEZ. Enseignante du District de La Matanza- Inspectrice - Avocate - Tº I - Fº 467 - CALM -